BLACK DRAGONS
Titre: Black Dragons
Réalisateur: William Nigh
Interprètes: Bela Lugosi

 

Joan Barclay
George Pembroke
Clayton Moore
Robert Frazer
Edward Peil Sr.
Robert Fiske
Année: 1942
Genre: Thriller / Science-fiction / Espionnage
Pays: USA
Editeur Hantik Films
Critique:

Réalisé en 1942, BLACK DRAGONS marque un net fléchissement dans la carrière de Bela Lugosi. A cette époque, l’acteur n’est déjà plus la star de l’épouvante popularisé par DRACULA mais garde un statut enviable auprès des amateurs. Déjà usé par les addictions (à la morphine) et l’arthrite, le sexagénaire alterne seconds rôles dans des productions prestigieuses (LE FILS DE FRANKENSTEIN, LE LOUP GAROU, NINOTCHKA) et premier rôle dans des produits de consommation courante généralement estampillés « Monogram ».

En quelques années, Lugosi va ainsi oeuvrer à neuf reprises pour cette petite compagnie au budget microscopique. Le tournage de BLACK DRAGONS débute le 22 janvier 1942, soit six semaines après le bombardement de Pearl Harbour. L’objectif des producteurs est donc clairement patriotique et le premier titre envisagé pour ce film n’est autre que le très explicite « Yellow Menace ».

La mise en scène se voit, pour sa part, confiée à William Nigh, spécialiste du tournage vite fait mal fait qui signa plus de 120 long-métrages en une trentaine d’années. Avec le recul nécessaire et en dépit de sa médiocrité, BLACK DRAGONS se laisse aujourd’hui regarder d’un œil distrait, essentiellement pour son intrigue alambiquée et, surtout, la présence de Lugosi sans qui le film aurait sombré dans l’oubli. Six agents secrets japonais appartenant aux « Black Dragons » sont transformés, via chirurgie plastique, en doubles d’importants hommes d’affaires américains.

Bien évidemment, les vils asiatiques prennent la place des honnêtes businessmen et utilisent leur position privilégiée pour saper la puissance ricaine de l’intérieur. Mais, un par un, les « Black Dragons » sont retrouvés assassinés et leur corps jetés devant l’ambassade japonaise, fermée pour raison de sécurité. La présence à côté des cadavres d’un poignard de cérémonie oriente l’enquête vers un physicien malade, le Dr. Saunders, lequel vit reclus chez lui, aidé dans sa vie quotidienne par un certain Colomb (Lugosi). Ce dernier est un espion nazi, employé puis trahi par les Japonais, et qui, à présent, cherche à se venger.

En réalité, le scénario de BLACK DRAGONS demeure obscur durant les cinquante premières minutes du film (lequel, heureusement, n’en dure que soixante !) et un flashback confus et brouillon nous révèle la vérité dans les derniers instants. Lugosi, trahi par ses employeurs, parvient à leur fausser compagnie en s’opérant lui-même avant de prendre la place d’un autre prisonnier qui doit être libéré prochainement. La séquence, absurde, sombre dans le ridicule mais possède cependant un côté serial rafraichissant qui permet d’en digérer la bêtise.

Excepté pour les nostalgiques indulgents, BLACK DRAGONS n’a toutefois pas grand-chose à offrir, l’indigence des moyens, la paresse de la mise en scène et l’aspect très convenu et brouillon de l’intrigue constituant autant de bémols à peine compensés par la présence de Lugosi. Ce dernier, en dépit d’un temps de présence restreint, s’affirme comme l’attraction principale, pour ne pas dire unique, du long-métrage. Dans son rôle de Nazi convaincu, l’acteur cabotine joyeusement et transcende des passages hallucinants, comme lorsqu’il salue les Japonais d’un vigoureux « Heil Hitler » et se voit répondre par un vibrant « Banzaï ».

Sorte de génie du mal utilisant ces victimes soumises comme autant de pantins destinés à exécuter ses sinistres besognes, Lugosi rend le métrage inquiétant même si ses affirmations de l’époque (« c’est le film le plus terrifiant auquel j’ai participé) relèvent surtout d’une tapageuse et mensongère publicité. Le reste du casting, hélas, s’avère d’une transparence sidérante, entre un héros falot qui mène très mollement son enquête et une charmante demoiselle réduite à jouer les potiches inutiles.

En résumé, BLACK DRAGONS s’adresse essentiellement aux « completistes » de Bela Lugosi ou aux inconditionnels de ces petites séries B typiques des années ’40 mêlant policier, espionnage et fantastique, saupoudré d’une petite rasade d’épouvante et d’une grosse louche de patriotisme.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011