BLACK SHEEP
Titre: Black Sheep
Réalisateur: Jonathan King
Interprètes: Nathan Meister

 

Peter Feeney
Danielle Mason
Tammy Davis
Oliver Driver
Tandi Wright
 
Année: 2006
Genre: Comédie horrifique / Gore
Pays: Nouvelle Zélande
Editeur  
Critique:

Depuis la révélation de Peter Jackson, la Nouvelle-Zélande se positionne fièrement sur la scène cinématographique mondiale et les nouvelles productions issues de ce pays sont attendues avec une certaine impatience par les amateurs. Jonathan King, en fidèle disciple du Peter Jackson des débuts, propose avec BLACK SHEEP sa contribution personnelle à la « splatter comedy », autrement dit une petite série B bien gore se voulant la digne héritière de BAD TASTE et BRAIN DEAD. Malheureusement, en dépit de toute sa bonne volonté, King n’accouche que d’un ersatz vaguement divertissant mais, surtout, fort peu innovant des classiques du gore parodique des années 80.

Après 15 ans d’absence, Henry Oldfield revient dans sa propriété familiale, une vaste ferme où l’on élève des moutons. Le jeune homme, à la suite d’un traumatisme enfantin, souffre pourtant d’une peur panique de cet animal. Henry retrouve néanmoins son frère Angus, lequel effectue des expériences génétiques destinées à créer un mouton « amélioré ». Un peu plus tard, deux défenseurs des droits des animaux enquêtent sur les activités de la ferme et l’un deux, Grant, libère accidentellement un mouton mutant…La contagion se répand rapidement tandis que les animaux développent un insatiable appétit pour la chair humaine.

La Nouvelle-Zélande est une nation peuplée de moutons, lesquels sont dix fois plus nombreux que les humains. Une bonne partie de l’économie se base par conséquent sur les produits de cet animal et les blagues concernant les moutons font, apparemment, partie du patrimoine national. Après la fameuse « séquence du mouton » dans le BAD TASTE de Peter Jackson, il semblait logique qu’un cinéaste local réalise un long-métrage horrifique mettant en vedette ces normalement paisibles bestioles. Jonathan King se lance donc dans l’aventure avec un BLACK SHEEP résolument humoristique mais, également, extrêmement gore. Le résultat, malheureusement, laisse sacrément à désirer en dépit de bonnes intentions évidentes.

Marchant sur les platebandes de Peter Jackson ou Sam Raimi, le cinéaste manque pourtant un peu de nerf, la première moitié du métrage paraissant bien trop timide et modérée pour satisfaire les amateurs de gore. Toutefois, BLACK SHEEP offre l’une ou l’autre répliques bien senties même si quelques peu attendues, à l’image de la déjà quasi mythique « Fuck the sheeps » / « no time for that ! ».

 

L’aspect comédie potache ponctuée de gags crus et de dialogues politiquement incorrects prédomine donc durant près d’une heure, les mutants agressifs restant alors confinés au rôle de faire-valoir. Malheureusement, l’humour s’avère franchement répétitif et rarement inspiré, quoique la ringardise de l’ensemble (voulue, évidemment) permette néanmoins de garder le sourire et de pas trouver le temps (trop) long. Il faut attendre le derniers tiers de BLACK SHEEP pour recevoir une large dose de gore décomplexé et de violence cartoonesque tellement excessive qu’elle devient inoffensive. Dans cette dernière demi-heure, Jonathan King met le paquet pour offrir un spectacle tonique accumulant les gags vulgaires et les explosions de tripailles, l’intrigue s’accélérant pour partir en roue libre jusqu’à l’apparition d’un mouton géant rappelant fortement le « boss » final de BRAIN DEAD.

Au niveau des effets spéciaux, l’impression reste mitigée en dépit de l’implication du fameux studio Weta Workshop qui, probablement en raison d’un budget limité, alterne le meilleur et le pire. La qualité générale reste toutefois correcte et les maquillages gore possèdent un petit côté rétro et bricolé relativement appréciable renvoyant une fois encore aux glorieuses années 80. Dommage que les « animatroniques », elles, ressemblent surtout à des effets bâclés à base de peluches fort peu réalistes même si quelques séquences étonnent, en particuliers une transformation assez réussie rappelant le classique HURLEMENTS de Joe Dante.

Le scénario, très linéaire et prévisible, et les protagonistes réduits à des clichés ambulants inscrivent cependant BLACK SHEEP dans le domaine de la série Z. Une impression accentuée par l’amateurisme général d’un métrage aux ambitions limitées. Jonathan King, probablement biberonné à BAD TASTE, EVIL DEAD 2 et LE RETOUR DES MORTS VIVANTS, tente de retrouver le joyeux déliré comico-gore de ses films fétiches mais le résultat ne s’élève jamais au-dessus d’une honnête moyenne.

Dans la masse des « splatter comedies » sorties à la fin des années 2000, BLACK SHEEP reste toutefois regardable, essentiellement grâce à sa délirante idée de base, à quelques dialogues savoureux et à un final bien gore et dynamique. A condition de ne pas en attendre davantage qu’un divertissement horrifique potable, il est donc permis de prendre un certain plaisir devant cette petite production néanmoins fort décevante en regard de son potentiel initial.

A réserver aux fans de bis…

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010