LE RETOUR DES MORTS VIVANTS
Titre: El ataque de los muertos sin ojos
Return of the Evil Dead
Mark of the Devil part 5
Return of the Blind Dead
Réalisateur: Amando de Ossorio
Interprètes: Tony Kendall

 

Fernando Sancho
Esperanza Roy
Frank Braña
José Canalejas
Loreta Tovar
Ramón Lillo
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Suite hâtivement confectionnée de LA REVOLTE DES MORST VIVANTS, petite série B devenue un classique de l’épouvante ibérique, ce RETOUR DES MORTS VIVANTS se contente d’en reprendre la plupart des situations sans se soucier de la moindre innovation. L’intrigue, classique, finit logiquement par enfermer une poignée de survivants dans un lieu clos, à savoir une église, cernée par les Templiers aveugles.

On le voit, le film reprend, grosso modo, les ficelles établies une demi douzaine d’années plus tôt par LA NUIT DES MORTS VIVANTS. Malheureusement, les ambitions d’Amando de Ossorio semblent s’être évanouies au « profit » d’une pure oeuvrette d’exploitation visant à offrir au spectateur sa dose, confectionnée avec application mais sans génie, de sexe et de sang.

Voici cinq siècles, les habitants du petit village portugais de Bouzano se révoltèrent contre la tyrannie imposée par les redoutables Chevaliers du Temple. Ceux-ci jurèrent de revenir se venger par delà la tombe mais les villageois, prudent, leur brulèrent les yeux afin qu’ils ne retrouvent jamais le chemin de Bouzano. Aujourd’hui, alors que Bouzano célèbre le cinq centième anniversaire de l’extermination des Templiers, un sacrifice humain ramène les morts à la vie. Après le massacre de presque toute la population locale, une poignée de rescapés se réfugient dans l’église afin d’échapper aux zombies…

Sans surprise, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS déroule une intrigue prévisible sur un rythme suffisamment alerte pour éviter au spectateur de sombrer dans l’ennui, en dépit du manque patent d’intérêt du scénario. Les Templiers eux-mêmes restent l’attraction principale du film et leur look particulier s’avère toujours intéressant, le cinéaste parvenant, dans les meilleurs moments, à instaurer une atmosphère macabre de bon aloi, agrémentée d’un onirisme réussi.

Même si la cécité des zombies est absurde (pourquoi des morts revenus à la vie après plusieurs siècles auraient ils gardé cette infirmité et comment, d’ailleurs, peuvent ils revenir « entier » et vêtus de haillons après avoir été brulés vifs ?) elle n’en reste pas moins une bonne idée qui permet au cinéaste de mettre en scène de jolies séquences. Ainsi, par exemple, le climax montre les rescapés tenter d’échapper aux goules en faisant le moins de bruit possible. L’utilisation, bien connue, du ralenti dans la saga est, comme toujours, à deux doigts de faire sombrer l’ensemble dans le ridicule mais de Ossorio, par sa conviction, évite la plupart du temps cet écueil. L’histoire des Templiers, pour sa part, est présentée dans un flashback introductif, riche en passages sanglants, puis de nouveau quelques minutes plus tard, pour les distraits qui n’auraient pas compris la malédiction pesant sur le petit village.

Les mises à mort gore, relativement nombreuses, restent cependant sommaires et se limitent, la plupart du temps, à un plan d’une victime agonisant la bouche emplie de sang. Sauvons néanmoins les inévitables mains tranchées, poitrine poignardée et autre décapitation, cadrées en gros plans et sympathiquement saignantes en dépit de trucages rudimentaires. Une des séquences horrifiques les plus mémorables concerne un détestable individu qui, par traitrise, envoie une fillette servir d’appât aux Templiers tandis qu’il tente de fuir en s’emparant d’une voiture. Mais tout finira mal par le salopard. Le climax voyant les Templiers s’écrouler lentement, victimes des premières lueurs d’une aube salvatrice, possède, pour sa part, un pouvoir de fascination non dénué de poésie macabre, accentuée par une jolie musique toute en douceur, même si la raison de cette décomposition reste obscur, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS semblant confondre « zombies » et vampires.

Au niveau de l’érotisme, le métrage reste sobre mais de Ossorio n’évite pas une inutile tentative de viol (une constance de la saga) placée là de manière purement mercantile afin de titiller les bas instincts du spectateur.

De son côté, l’interprétation, menée par Tony Kendall (alias KOMMISSAR X), oscille entre le passable et le faiblard et la caractérisation des différents protagonistes demeure minimale. Si LE RETOUR DES MORTS VIVANTS introduit une sous-intrigue concernant un ancien couple reformé devant l’adversité, cela sent davantage le remplissage que l’envie effective d’offrir la moindre épaisseur à des personnages réduits à de simples silhouettes.

Avec son budget restreint, de Ossorio ne peut pas accomplir de miracles, et le manque de moyen se ressent souvent cruellement, par exemple dans le recyclage d’images issues du premier volet. Les maquillages sont, eux-aussi, sommaires, en particuliers lors d’une séquence peu convaincante voyant deux des zombies embrasés par des torches.

Petite série B raisonnablement divertissante, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS constitue une curiosité estimable mais guère passionnante. L’intrigue simpliste, le manque de moyen et le classicisme de l’ensemble destinent essentiellement le film aux inconditionnels du cinéma horrifique européen des seventies. Si le tout se suit sans trop d’ennui, difficile de prendre vraiment plaisir à cette séquelle sans doute trop vite conçue pour convaincre. Plaisant, cependant...

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2012