LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS
Titre: La noche de las gaviotas /Blind Dead IV
Night of the seagulls / Zombi 8
Réalisateur: Amando de Ossorio
Interprètes: Víctor Petit

 

María Kosty
Sandra Mozarowsky
José Antonio Calvo
Julia Saly
Javier de Rivera
María Vidal
Année: 1975
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Débuté en 1971 par LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS, la tétralogie consacrée par Amando de Ossorio aux « Templiers Aveugles » trouve sa conclusion dans cette ultime CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS, sorti en 1975 et aussi connu sous le titre "Le Retour des Templiers Maudits".

Tourné dans les décors antiques majestueux de Tossa de Mar et Ampurias, le métrage prend son temps pour installer une ambiance étrange et inquiétante mais ne parvient pas toujours à maintenir l’attention du spectateur. Les références semblent, ici, clairement puisées chez Lovecraft avec cette angoisse pesante imprégnant un petit village portuaire dans lequel les habitants acceptent de sacrifier leur progéniture pour tenir éloigné le Mal.

L’intrigue s’intéresse à un jeune médecin et son épouse, venus s’installer dans une petite localité isolée. Très vite, l’atmosphère angoissante conduit le couple à enquêter sur le village et les étranges réactions des natifs ne les rassurent guère. L’explication réside dans une ancienne malédiction, lancée six siècles auparavant par les Templiers, lesquels sortent de leur tombe tous les sept ans pour réclamer leur dû, à savoir le sacrifice de sept vierges dont le sang abreuve ensuite une idole païenne. S’ils ne reçoivent pas ce macabre tribu, les Templiers promettent de raser le village et d’exterminer tous ses habitants. Une jeune demoiselle, prise en affection par le couple, est choisie pour devenir une des prochaines victimes des morts vivants, promise à l’holocauste au bord de la mer. Si la jeune femme accepte ce sort funeste, le docteur refuse de la laisser mourir et décide de la délivrer, quitte à encourir la fureur des Templiers.

Renouvelant les thématiques et les recettes de ses trois précédents long-métrages consacrés aux Templiers Aveugles, Amando de Ossorio ajoute à l’habituelle tradition gothique de fortes inspirations « lovecraftienne », ponctuées de petites idées sympathiques, comme la présence des mouettes tournant sans cesse dans les cieux du village. En réalité, les oiseaux sont les âmes hurlantes des victimes des morts vivants, condamnées à une éternité de souffrances. Le culte maléfique que rendent les Templiers à un antique dieu aquatique, et non à Satan, renvoie également aux écrits du reclus de Providence et en particulier à sa plus célèbre nouvelle, « Le Cauchemar d’Innsmouth ». LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS reprend encore quelques éléments du classique anglais THE WICKER MAN en envoyant un citadin innocent découvrir les secrets impies d’un petit village isolé dans lequel subsiste d’anciens rituels à base de sacrifices humains.

Si l’intrigue se révèle linéaire et prévisible, le cinéaste parvient néanmoins à développer un climat efficace de décrépitude et de fatalisme, à laquelle s’oppose un jeune couple opiniâtre. Les Templiers Aveugles, eux, interviennent assez peu mais leur présence imprègne les rues de la petite localité portuaire. D’autres scènes, comme l’angoissante procession des femmes, démontrent, elles aussi, la science de Amando de Ossorio pour promouvoir l’étrangeté et générer le frisson. Cependant le rythme languissant s’avère parfois pénible et le récit patine dans sa seconde partie, une fois le mystère éventé, laissant les morts revenir de la tombe pour traquer leurs victimes, hélas peu nombreuses. Les effets gore, brefs, restent pour leur part bien pensés et donnent à cette CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS un soupçon d’énergie relativement divertissante même si on n’échappe pas à quelques moments involontairement drôles, comme la désormais traditionnelle fuite des héros sur les chevaux fantômes galopant au ralenti.

Outre le manque flagrant de nerf déjà mentionné, LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS souffre aussi d’une piètre photographie (en particulier lors des séquences filmées en « nuit américaine »), d’une bande sonore banale et d’un montage sans finesse. L’utilisation de stock shot provenant du premier film et les nombreux plans de crabes dévorant lentement leurs victimes alourdissent le propos et trahissent des contraintes budgétaires obligeant le cinéaste à ruser pour atteindre la durée réglementaire. Les personnages, à peine développés, manquent pour leur part de substance et, sans doute faute d’un budget insuffisant, le climax final se révèle routinier et dénué de puissance.

En dépit de tous ces défauts, LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS garde un charme particulier auprès des fans d’épouvante rétro. La mythologie des Templiers, même maladroitement exploitée, constitue une création originale et intéressante, en particulier dans cet ultime épisode. Les empreints à Lovecraft et le climat gothique confèrent à l’ensemble un surplus d’intérêt mais, malheureusement, le métrage ne tient pas la distance. Handicapé par son rythme léthargique, LA CHEVAUCHEE DES MORTS VIVANTS se suit au final sans beaucoup de passion mais demeure une agréable curiosité, sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011