LE POING FATAL DE BRUCE
Titre: Blind Fist of Bruce / mang quan gui shou / La puissance aveugle
Réalisateur: Kam Bo
Interprètes: Bruce Li aka Bruce Ho Chung Tao

 

Simon Yuen
Tiger Yueng
Yim Chan Tang
Kong Do
 
 
Année: 1979
Genre: Kung Fu / Comédie / bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1979, LE POING FATAL DE BRUCE (aussi connu sous les titres « La puissance aveugle » ou, à l’international, « Blind Fist of Bruce ») est une petite comédie kung-fu ni désagréable ni vraiment mémorable malgré une action soutenue et réussie.

Avec Bruce Li dans le rôle principal, le long-métrage s’oriente immédiatement sur les terres de la bruceploitation mais l’ensemble se rapproche davantage des Jackie Chan des années ’70. L’intrigue, vue et revue mais pas plus mauvaise qu’une autre, s’inspire outrageusement de DRUNKEN MASTER qui avait rendu Jackie Chan célèbre quelques temps auparavant.

Pour accentuer la ressemblance avec le titre précité, les producteurs ont d’ailleurs convoqué le maître chinois en personne, Simon Yuen. Ce-dernier devint célèbre à la fin de sa vie (il décéda en janvier 1979 à l’âge de 66 ans) grâce à ce personnage de vieux combattant alcoolique appelé Mendiant So (ou « old dirty bastard » pour les anglophones), ensuite réutilisé sans vergogne dans d’innombrables déclinaisons de DRUNKEN MASTER. Simon Yuen en personne est d’ailleurs apparu dans plusieurs d’entre elles, certaines étant sorties plusieurs années après son décès, comme STORY OF THE DRUNKEN MASTER, WOLRD OF THE DRUNKEN MASTER, DANCE OF THE DRUNKEN MANTIS, etc.

Dans LE POING FATAL DE BRUCE, l’acteur varie légèrement le propos puisqu’il incarne un vieux maître non pas alcoolique mais aveugle, ce qui, hélas, permet beaucoup moins de variations humoristiques.

Le film se veut donc à mi-chemin entre le kung fu « old school » traditionnel (les méchants sont très méchants, les combats sont violents et un viol suggéré ajoute une pincée d’exploitation érotique) et une comédie dans la lignée de DRUNKEN MASTER ou du CHINOIS SE DECHAÎNE avec Jackie Chan, un style destiné à dominer le cinéma martial hongkongais durant plusieurs années.

L’intrigue, elle, n’offre aucune surprise : Bruce Li joue un pauvre banquier timide qui rêve de maitriser les arts martiaux. Régulièrement maltraité par des gangsters, il apprend les rudiments du kung-fu auprès de deux maitres aussi incompétents l’un que l’autre qui lui enseigne des styles folkloriques et inefficaces comme la technique de l’éléphant ou la griffe du chat. Le pauvre Bruce est, par conséquent, toujours incapable de se défendre contre les bandits. Heureusement, il finit par croiser la route d’un grand maître aveugle qui accepte de l’entrainer de manière sérieuse à la véritable boxe chinoise. Pendant ce temps, les deux soi-disant professeurs sont recrutés par la pègre…Au final, nous apprenons (sans grande surprise) que le big boss des truands est un ancien élève de l’aveugle et qu’il est responsable de sa cécité. Bruce va devoir venger son maître !

Si LE POING FATAL DE BRUCE n’a rien de désagréable il a, surtout, le tort de venir après des dizaines de produits similaires au point de rendre, aujourd’hui, sa vision un brin ennuyeuse. Difficile, par exemple, de sourire devant les pitreries des deux instructeurs qui apprennent à Bruce Li des styles ridicules après avoir observé des chiens ou des chats. Les scènes d’entrainement avec Simon Yuen, pour leur part, répondent à tous les clichés du genre, le vieux brigand étant d’ailleurs très visiblement doublé lors de ses nombreux combats.

L’aspect bruceploitation se révèle, en outre, réduit et Bruce Li ne reprend, cette fois, aucun des tics coutumiers du Petit Dragon préférant marcher dans les pas de Jackie Chan sans en posséder, malheureusement, les dispositions humoristiques. L’acteur démontre néanmoins d’indéniables et appréciables qualités martiales et se révèle, ici, bondissant et survolté. Son kung fu acrobatique, riche en sauts et en coups de pieds énergiques s’avère de bonne tenue et capable de rassasier les aficionados. Ses adversaires se montrent, eux aussi, à la hauteur et la dernière demi-heure qui, comme souvent dans ce genre de production à petit budget, joue la carte de l’enchainement de duels et de l’action quasi non stop, constitue un joli morceau de bravoure. Hélas, le climax final, au cours duquel Bruce Li et Simon Yuen (ou plutôt sa doublure) s’associent pour vaincre le grand méchant se montre, de son côté, décevant et longuet, un léger bémol vite oublié devant la profusion de combats de qualité qui le précède.

En dépit de ses nombreux défauts, LE POING FATAL DE BRUCE demeure une série B acceptable : les actrices sont jolies, l’intrigue basique mais potable et les combats très corrects et fort nombreux, avec des chorégraphies sans chichis mais efficaces et rageuses.

Le rythme légèrement assoupi de la première heure, durant laquelle la comédie prédomine, s’accélère durant les trente dernières minutes, riches en action et tout à fait réjouissantes pour les inconditionnels du cinéma kung fu.

Si, parmi la riche filmographie de Bruce Li, il est permis de préférer EXIT THE DRAGON, ENTER THE TIGER ou FIST OF FURY 2, ce modeste film reste cependant dans une honnête moyenne et, dans le domaine encombré de médiocrité de la bruceploitation, c’est loin d’être négligeable. Un petit film plaisant même s’il a peu de chance de rester longtemps dans les mémoires.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2012