BLOOD FEAST: ORGIE SANGLANTE
Titre: Blood Feast
Réalisateur: Hershell Gordon Lewis
Interprètes: Connie Mason

 

Thomas Wood
Mal Arnold
Scot H. Hall
 
 
 
Année: 1963
Genre: Gore / Horreur / Comédie / Culte / Video-Nasty
Pays: USA
Editeur Mad Movies


Critique:

Ramsès, un égyptien fou, sacrifie une série de jeunes filles afin d'offrir un corps à la déesse Ishtar. Pendant ce temps, un flic mène mollement l'enquête sans savoir que sa fiancée est la dernière victime choisie par Ramsès.

En 1963, Hershell Gordon Lewis, alors producteur de petits films érotiques sans ambition, décide de proposer à un public lassé des nudies quelques sensations inédites. A cette époque, il est en effet impossible d'aller plus loin dans l'érotisme: les films pornos sont encore interdits et condamnés à la clandestinité des bordels. Lewis pense donc à un concept révolutionnaire: il va montrer ce que ses acteurs ont sous la peau au lieu de se limiter à découvrir ce qu'ils ont sous leurs vêtements. Son but avoué consiste à choquer le public en lui assénant une heure et dix minutes de mutilations non-stop en couleur écarlate.

Le réalisateur se doute qu'il trouvera des amateurs pour apprécier ce déluge de sang même si la majorité du public sera horrifiée du résultat (qualifié par un critique de "soirée cinéma amateur à la boucherie du coin!") BLOOD FEAST, tourné en quelques jours pour 70.000 dollars dans des conditions pratiquement amateurs, est ainsi projeté à des spectateurs effarés dont une bonne partie finit la séance aux toilettes ou dans les pommes. Mais des fans apparaissent, ravi de cette surenchère sanguinolente. Et, alors qu'en France le théâtre du Grand-guignol ferme définitivement ses portes, Hershell Gordon Lewis vient d'inventer son équivalent cinématographique, le gore. Plus rien ne sera comme avant dans le petit monde de l'horreur cinématographique.

En somme, BLOOD FEAST, malgré ses innombrables défauts, est à l'horreur ce que GORGE PROFONDE / DEEP THROAT de Gerard Damiano est à l'érotisme: une date! Fini la suggestion, place aux démonstrations interminables, aux tueries sanglantes qui envahissent bientôt les écrans. Langue arrachée à mains nues, cervelle extirpée de la boite crânienne, jambe et bras sectionnés, demoiselle fouettée à mort,…les atrocités vont bon train jusqu'au final ironique qui montre le méchant finir là où est sa place: broyé dans une benne à ordure. Justice immédiate, donc! Quatre décennies plus tard, le film tient encore étonnamment la route.

Bien sur, aujourd'hui, ses outrances délirantes et ses boucheries approximatives se sont parées d'un délicieux parfum comique, largement involontaire en dépit de quelques passages voulus humoristiques. Mais qu'importe, le spectateur s'amuse encore devant un tel étalage de barbaque, même si les maquillages s'avèrent approximatifs et ne peuvent rivaliser avec ceux des futurs cadors du gore comme Tom Savini, Gianetto de Rossi ou Ed French.

Les dialogues, pour leur part, sont risibles, les accents caricaturaux, le manque de moyens manifeste (le poste de police se limite à un bureau), les péripéties idiotes et les costumes (comme la cravate du flic) ringards à souhait. L'explication finale et les déductions du "policier jeune premier" feront, elles, hurler de rire les amateurs de romans policiers: le brave homme ayant mis un temps fou à comprendre une évidence criante.

Evidemment, le scénario constitue un simple prétexte, supporté par des acteurs catastrophiques filmés sans un atome de génie et il vaut mieux passer sous silence la photo, laide à souhait, et la musique assez zarbi, quoique parfois indéniablement efficace et souvent plagiée ensuite. Mais qu'importe, le film est court, drôle, enlevé et pas mal rythmé. Il reste meilleur que bien des gore récents et son intérêt, essentiellement historique, subside puisque, paradoxalement, tous ces défauts concourent à le doter d'un charme suranné mais délicieux.

H.G. Lewis - "The Gore Don" ou "The Godfather of Gore" - poursuivit ensuite sa carrière avec un DEUX MILLES MANIAQUES semi-parodique suivit d'une demi-douzaine de gore (comme COLOR ME BLOOD RED, WIZARD OF GORE ou "l'infamous" GORE GORE GIRLS) et de quelques films érotiques. Après près de trente ans d'inactivité, il est revenu à la réalisation à 80 ans avec le très attendu BLOOD FEAST 2. La boucle est ainsi bouclée.

Fred Pizzoferrato - Novembre 2007