LA NUIT DES MALEFICES
Titre: The Blood on Satan's Claw
Réalisateur: Piers Haggard
Interprètes: Patrick Wymark

 

Linda Hayden
Barry Andrews
Michele Dotrice
Wendy Padbury
Anthony Ainley
Charlotte Mitchell
Année: 1971
Genre: Fantastique / Horreur / Historique
Pays: Grande Bretagne
Editeur Artus
Critique:

Cette production de la compagnie anglaise Tigon s’inscrit dans la lignée de leur grande réussite de 1968, LE GRAND INQUISITEUR et, plus généralement, dans cette vague de métrages basés sur le satanisme, les superstitions et l’inquisition à la manière de LA MARQUE DU DIABLE.

La Tigon, responsable de nombreux métrages horrifiques entre le milieu des années ’60 et le début de la décennie suivante, versa ensuite dans l’exploitation, une tendance déjà perceptible avec cette NUIT DES MALEFICES qui annonce, timidement, les excès ultérieurs des films consacrés au Diable et ses envoutements.

La principale différence entre LA NUIT DES MALEFICES et les titres précités (ou encore LE TRONE DE FEU) réside dans le rôle du juge « inquisiteur ». Généralement, celui-ci est dépeint comme un pervers refoulé, un sadique aimant torturer de supposées sorcières qui, en réalité, sont simplement des jeunes filles désirables et inaccessibles à ses pulsions libidinales trop longtemps contenues. Dans LA NUIT DES MALEICES, par contre, le juge chargé de la chasse aux sorcières est le véritable le héros de l’histoire, résolu à éradiquer le Mal, représenté par une congrégation d’authentiques prêtresses de Satan, corrompues et dangereuses.

Dans l’Angleterre du XVIIème siècle, le paysan Ralph Grover découvre dans un champ d’étranges vestiges se situant entre l’Homme et l’animal. Perturbé par ces restes impies, Ralph contacte le Juge local (joué par Patrick Wymark), lequel s’avère cultivé et peu enclin à accepter n’importe quel récit impliquant Satan et ses démons. Une fois conduit par Ralph au champ incriminé, le Juge ne trouve plus nulle trace des fameuses reliques.

Le Juge rend ensuite visite à une de ses anciennes amies, Madame Bahnam, et rencontre le neveu de celle-ci, Peter, accompagnée de sa promise, Rosalind Barton. Le repas se passe assez mal tant Madame Bahnam désapprouve le choix de Peter et oblige la jeune fiancée à dormir dans un réduit poussiéreux, laissant au Juge la chambre d’amis. Au milieu de la nuit, Rosalind se réveille, complètement hystérique, et rien ne permet de calmer la crise de la demoiselle terrifiée. La pauvre se voit condamnée à l’asile et sa main droite, en outre, se change en une horrible griffe couverte de fourrure. Les jours suivants sont très agités au village: Madame Banham disparaît, son neveu sombre dans la folie et les adolescentes se comportent étrangement.

Profitant de l’absence du Juge, que ses obligations conduisent à Londres, la virginale Angel Blake tente lascivement de séduire le révérend Fallowfield avant de l’accuser publiquement de tentative de viol. La situation échappe à tout contrôle lorsqu’Angel sacrifie un jeune garçon, Mark, aux forces du mal. Un des villageois part alors à la rencontre du Juge pour le supplier de revenir extirper le Mal ayant pris possession de la région…

A l’origine, LA NUIT DES MALEFICES était prévu sous la forme d’une anthologie horrifique comprenant trois histoires indépendantes, quoique vaguement connectées thématiquement. Cependant, les producteurs préférèrent finalement opter pour un film plus traditionnel et les différents sketches furent fusionner en une intrigue unique. Malheureusement, cette décision rend l’ensemble quelque peu confus et parfois ennuyeux, les trop nombreux personnages et sous-intrigues, pas toujours très logiques, finissant par perdre en route le spectateur demandeur d’un récit plus maîtrisé et abordable.

L’atmosphère générale, elle, donne volontiers dans le dépressif, servie par une photographie grisâtre, aux teintes estompées, dénuée de chaleur humaine. Des paysages ternes, oubliés de Dieu lui-même et jetés en pâture au démon attendant de prendre possession d’innocentes jeunes filles. La reconstitution historique, malgré un budget restreint, se révèle pour sa part convaincante, tant au niveau des décors que des costumes et de l’ambiance générale, bien rendue et efficace.

La magnifique bande originale, toute en douceur mélancolique, constitue, elle aussi, un réel atout apportant au métrage une indéniable plus-value. De leur côté, les interprètes effectuent un excellent travail, en particulier la jeune Linda Hayden (UNE MESSE POUR DRACULA, EXPOSE, QUEEN KONG, MADHOUSE), dont la performance se voit toutefois amoindrie par un maquillage grotesque soulignant à gros traits (au propre comme au figuré) sa nature démoniaque.

La scène au cours de laquelle la demoiselle tente de séduire le révérend en usant de tous ses charmes vénéneux s’avère splendide et chargée d’un indéniable pouvoir érotique, d’autant que le cinéaste propose juste après un passage où l’ingénue joue à l’enfant effrayé. Un beau contraste entre l’innocence et la perversité.

Patrick Wymark (POUPEE DE CENDRES, LE CRANE MALEFIQUE, REPULSION) incarne avec conviction le juge garant de la moralité et du salut des villageois. L’acteur décéda peu après le tournage d’une crise cardiaque et il s’agit de son avant-dernier film.

Le développement de l’intrigue apparaît donc elliptique, voire erratique, et la véritable nature des enfants possédés reste éludées, le film présentant des individus ordinaires transformés, en quelques minutes, en suppôts de Satan adeptes des sacrifices humains.

En ce qui concerne le climax final de LA NUIT DES MALEFICES, la plupart des spectateurs risque de le trouver décevant et absolument pas à la hauteur de ce qui précède. La matérialisation du Mal, aperçu dans les ultimes minutes, manque ainsi de conviction, handicapée par des effets spéciaux miséreux et ratés. Le combat attendu du Juge et du démon se limite à une timide escarmouche qui prend fin en un clin d’œil. Frustrant. Le long-métrage dispense par conséquent autant de moments intéressants que de passages embarrassants, ce qui ne l’a pas empêché pas de se forger, au fil du temps, une bonne réputation de "cult movie" mineur.

En résumé, LA NUIT DES MALEFICES demeure un métrage intéressant en dépit de ses nombreux défauts et son atmosphère particulière pourra charmer les plus réceptifs. Ses influences variées le destinent principalement aux amateurs d’épouvante « satanique » comme LE GRAND INQUISITEUR mais également à ceux appréciant des œuvres plus atmosphériques, telle THE WICKER MAN. Une découverte intéressante quoique pas pleinement convaincante que l'on appréciera dans le très bon dvd d'Artus Films où Alain Petit revient, dans les bonus, sur les "films démoniaques" sortis durant les années '60 et '70.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2016