BLOOD RAGE
Titre: Nightmare at Shadow Woods
Réalisateur: John Grissmer
Interprètes: Louise Lasser

 

Mark Soper
Marianne Kanter
Julie Gordon
Jayne Bentzen
Ed French
Ted Raimi
Année: 1983 / 1987
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Pour son second et dernier long-métrage, John Grissmer se lance dans le train, alors emballé, du slasher. Cependant, le film, tourné en 1983, ne connaitra qu’une modeste exploitation commerciale dans les salles en 1987, recevant néanmoins davantage de succès en vidéocassette, les effets de maquillages très saignants d’Ed French suffisant à le distinguer un minimum de la masse.

L’intrigue est simple mais ses prémices sont toutefois originales pour un slasher : deux jumeaux, Todd et Terry, se ressemblent en tout point. Un soir, dans un drive-in, Terry tue sans raison un jeune homme puis accuse son frangin, lequel, en état de choc, est incarcéré dans un hôpital psychiatrique. Dix ans s’écoulent et Terry vit heureux avec sa mère, préparant les festivités de Thanksgiving. Lorsqu’il apprend l’évasion de Todd, Terry décide d’exploiter la situation à son avantage : il commet alors de nouveaux meurtres dont il accuse son frère…

Alors qu’on pouvait s’attendre à divers « twists », le cinéaste John Grissmer ne laisse jamais planer le doute sur l’identité du meurtrier, présenté, pratiquement dès le départ, comme Terry, lequel a expédié à l’asile son jumeau après l’avoir accusé d’un crime qu’il a lui-même commis. Cela permet heureusement la mise en place d’un minimum de suspense puisque le spectateur, pour une fois, dispose d’une information inaccessible aux pauvres victimes. Ces dernières ne se méfient jamais de Terry et l’aident à mettre la main sur son frère, le soi-disant meurtrier, aboutissant à leur tragique destin. Agrémenté d’une pincée d’humour (« ce n’est pas de la sauce de canneberge » affirme malicieusement le tueur couvert de sang), BLOOD RAGE débute dans un drive-in où officie un vendeur de capotes déjanté (joué par Ted Raimi) et où est projeté THE HOUSE THAT CRIED MURDER, le premier film écrit et produit par John Grissmer.

La suite de BLOOD RAGE va pourtant abandonner en grande partie ce côté pratiquement auto-parodique et référentiel pour une très classique série de meurtres. Ces derniers, qui valurent au long-métrage sa réputation, se révèlent nombreux (une dizaine) et variés : coups de hache en pleine tête, démembrement à la machette, décapitation, gorge tranchée, fourchette dans le cou, etc. Ed French, petite célébrité du maquillage sanglant des années ’80 ayant œuvré sur CAUCHEMAR A DAYTONA BEACH, C.H.U.D., EXTERMINATOR 2 (et, par la suite, sur de grosses productions comme TERMINATOR 2, STAR TREK VI ou la série télévisée HOUSE M.D.) assure les effets gore, plutôt convaincants étant donné le budget sans doute très réduit.

Du côté de l’interprétation, BLOOD RAGE souffle le chaud et le froid : le jeu outré de Louise Lasser (revue par la suite dans REQUIEM FOR A DREAM) sombre dans le cabotinage mais l’inconnue Julie Gordon n’est pas trop mal dans son imitation effrontée de Jamie Lee Curtis. Elle constitue une « final girl » tout à fait honorable face à un Mark Soper potable dans son double rôle de jumeau.

Le climax, longuet, se résume à l’habituel chassé-croisé entre la pauvre demoiselle en détresse et le sadique, complété par la découverte successive des cadavres de ses différentes victimes. Une conclusion pessimiste et dépressive, pas franchement adaptée au reste du long-métrage, le termine néanmoins sur une note surprenante et mémorable.

Comparé à la moyenne des slashers du début des années ’80, BLOOD RAGE ne démérite pas sans s’élever non plus vers les hauteurs : le rythme reste soutenu (le cinéaste entre rapidement dans le vif du sujet et ne se perd pas à de longues scènes de présentation), la durée adéquate (84 minutes), le massacre bien sanglant, la nudité présente (avec l’indispensable scène de douche et la copulation au bord de la piscine) et le cinéaste parvient même à caser un semblant de suspense et deux ou trois touches d’humour.

Si nous sommes loin d’un classique, BLOOD RAGE s’inscrit toutefois parmi les slashers les plus acceptables de cette période, à découvrir pour les inconditionnels du genre.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2012