BLOOD SPORT: TOUS LES COUPS SONT PERMIS
Titre: Bloodsport
Réalisateur: Newt Arnold
Interprètes: Jean-Claude Van Damme

 

Donald Gibb
Leah Ayres
Forest Whitaker
Bolo Yeung
Roy Chiao
Norman Burton
Année: 1988
Genre: Aventures / Arts Martiaux
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Revu un quart de siècle après sa sortie, BLOODSPORT rappellera bien des souvenirs aux fans d’arts martiaux cinématographiques. A l’époque, en 1988, les rares long-métrages hongkongais du genre étaient uniquement disponibles dans des versions tronquées et affreusement doublées, mal présentées sous des jaquettes hideuses et des titres mensongers.

Pour contenter sa soif de tatanes, l’amateur, après avoir épuisé les Bruce Lee et autre Jackie Chan, devait se résoudre à emprunter dans son vidéoclub de médiocres Chuck Norris, un film de Ninja « deux en un » de Godfrey Ho ou une série B de la Cannon comme AMERICAN WARRIOR. Dans ce contexte morose, la sortie à grande échelle de BLOODSPORT constitua une véritable bénédiction pour les fans frustrés qui découvrirent en Jean-Claude Van Damme un athlète émérite que l’on pensait, à l’époque, destiné à devenir la prochaine superstar de l’action.

L’intrigue, elle, n’avait rien de bien palpitant et, supposée basée sur l’histoire véridique d’un champion de Full Contact, plongeait (refrain connu !) sa vedette dans l’enfer des compétitions martiales clandestines. Pour honorer la mémoire de son défunt maître Tanaka, un expert japonais des arts martiaux, le militaire Frank Dux déserte et part pour Hong Kong où se déroule, tous les cinq ans, un tournoi d’arts martiaux mystérieux, le Kumité. Sur place, Dux compte fleurette à une belle journaliste décidée à couvrir l'événement et tente d’échapper à des agents américains venus l’arrêter. Il se lie également d’amitié avec un combattant très « grande gueule », Jackson, qui rêve de défaire le champion en titre, l’impitoyable Chong Li. Malheureusement, lorsqu’il le rencontre finalement sur le ring, Jackson est grièvement blessé par son terrible adversaire. Dux se jure alors de venger son ami et de prendre le titre de Chong Li pour devenir, à son tour, le champion incontesté du Kumité.

Simpliste, le scénario reprend les grandes lignes du classique OPERATION DRAGON, la dimension espionnage en moins, et se contente de multiplier les scènes d’affrontements à mains nues. On remarque aussi une parenté flagrante avec la saga ROCKY et, en particulier, le quatrième volet dont BLOODSPORT constitue un décalque éhonté. Même la ballade nostalgique de Balboa se voit en effet décalquée par Van Damme, lequel se remémore, dans un bus, ses souvenirs récents. La chanson hard FM « Fight to survive » empile, pour sa part, tous les plans et riffs des tubes composés par Survivor pour la saga de Stallone.

Peu porté sur la crédibilité, BLOODSPORT multiplie les invraisemblances, à commencer par ce tournoi soi-disant secret mais sponsorisé par l’Association Internationale des Arts Martiaux. D’ailleurs, tous les touristes venus à Hong Kong semblent le connaître (« Tu viens pour le Kumité ? Moi aussi ! ») et chacun rêve d’y briller. Toutefois, BLOODSPORT se révèle bien rythmé et sympathique. Le cinéaste Newt Arnold (1922 – 2000) emballe son intrigue basique avec une belle énergie et confère une jolie efficacité aux nombreux combats qui émaillent l’intrigue.

Assistant réalisateur sur près de soixante films (dont PAT GARRET ET BILLY LE KID, LE PARRAIN II, BLADE RUNNER ou ABYSS), Arnold n’a réalisé que trois long-métrages (outre BLOOSPORT, il a signé deux films d’horreur oublié : HANDS OF THE STRANGER en 1962 et BLOOD THIRST en 1971) mais démontre une réelle aptitude à cadrer des joutes martiales de manière mémorable. Si celles-ci sont classiques et manquent de folie, elles permettent en tout cas à Van Damme d’exhiber ses muscles lors de belles démonstrations qui compensent son jeu d’acteur hésitant et limité.

Au niveau des autres combattants, Bolo Yeung, inévitable méchant du cinéma kung-fu, reste l’attraction principale du long-métrage, lequel le remit sous les feux des projecteurs à plus de quarante ans et lui permis d’exploiter cette nouvelle notoriété dans BLOOD FIGHT et autre SHOOT FIGHTER. Dans son rôle de pur salaud, avare en parole, Bolo Yeung s’avère particulièrement impressionnant, tuant ou mutilant ses adversaires pour satisfaire ses penchants sadiques. L'affrontement final, quoique sympa, reste cependant en deçà des attentes, Van Damme prenant immédiatement l'avantage pour ne plus le lâcher durant ces quelques huit minutes de coups de pieds agressifs. Considéré comme un véritable expert, Bolo Yeung doit d’ailleurs recourir très rapidement à une tricherie indigne (il aveugle Van Damme, lequel se voit forcé de lutter les yeux fermés) mais insuffisante à lui assurer la victoire.

En dépit de ses nombreux défauts, BLOODSPORT demeure une des meilleures productions martiales hollywoodiennes des années ’80. Quoiqu’il ait pris un bon coup de vieux, le film dépasse encore de la tête et des épaules les innombrables imitations ayant pullulé à la fin des eighties (de BLOOD FIST à KICK FIGHTER). Dans la filmographie en dent de scie (doux euphémisme !) de Van Damme, BLOOD SPORT fait figure de jolie réussite et reste un de ses meilleurs films, à voir ou à revoir avec plaisir.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013