VIERGES POUR LE BOURREAU
Titre: Il boia scarlatto / Bloody Pit of Horrors / Des filles pour le bourreau
Réalisateur: Massimo Pupillo
Interprètes: Mickey Hargitay

 

Walter Brandi
Luisa Baratto
Rita Klein
Alfredo Rizzo
Barbara Nelli
Femi Benussi
Année: 1965
Genre: Horreur / Exploitation / Giallo
Pays: Italie
Editeur Artus films
Critique:

Soi-disant inspiré par les écrits du Marquis de Sade, VIERGES POUR LE BOURREAU, aujourd’hui fort daté, demeure toutefois une sympathique série B d’exploitation qui s’inspire du Grand-Guignol dans sa représentation de tortures outrancières et délirantes.

L’intrigue, elle, se révèle simpliste et languissante durant sa première heure mais reçoit heureusement un véritable coup de fouet durant son dernier tiers, complètement hystérique et riche en scènes mémorables.

Rick, écrivain de roman photo horrifique, parcourt l’Italie avec son éditeur Max Parks, sa secrétaire Edith, le photographe Dermid et une demi-douzaine de jeunes hommes et demoiselles peu farouches prêts à poser de manière suggestive. Tout ce petit monde recherche un endroit suffisamment inquiétant pour servir de décor aux illustrations du prochain chef d’œuvre de l’écrivain, une nouvelle aventure de son super criminel « Le Squelette ». Leurs investigations les mènent vers un imposant castel médiéval, fermé, qu’ils pensent inoccupé. Raul, un des mannequins masculins, ouvre la porte de la demeure en escaladant les murailles et tous se préparent à une séance photo olé olé. Cependant, loin d’être à l’abandon, le château est habité par un certain Travis, lequel leur demande promptement de quitter les lieux. Toutefois, reconnaissant dans une des jeunes filles un amour de jeunesse, Travis change d’avis et autorise ses invités improvisés à rester pour la nuit. Le photographe commence aussitôt à prendre divers clichés de la demeure qui se révèle inquiétante à souhait.

Selon la légende locale, le château fut jadis habité par un taré sadique, surnommé le Bourreau Ecarlate, exécuté au Moyen-âge. D’ailleurs, son corps momifié repose toujours dans la Vierge de Fer, un instrument de torture médiévale dans lequel il périt jadis. Et, selon les rumeurs et superstitions, son esprit malfaisant hante toujours les lieux à la recherche de jeunes vierges à sacrifier. Bien sûr, les invités de Travis ne prennent pas ces histoires très au sérieux mais, au cours de la soirée, un des modèles masculins, Perry, meurt accidentellement dans la chambre de tortures. En dépit du choc causé par sa mort et des protestations de l’équipe, Max souhaite continuer les séances de photographies. Criblé de dettes, l’éditeur doit, en effet, absolument terminer ce travail et, après avoir reçu une augmentation de salaire, les top modèles acceptent de reprendre le boulot. Hélas, Travis, complètement fou, a développé de fumeuses théories sur la perfection physique et la puissance avant d’embrasser totalement la personnalité du célèbre Bourreau Ecarlate. Masqué de cuir rouge et le torse huilé, le maniaque massacre chacun de ses invités...

Quasiment un demi-siècle après son tournage, VIERGES POUR LE BOURREAU constitue encore une aberration cinématographique à la fois risible et fascinante. Empruntant aux bandes dessinées italienne de type « fumetti », à l’épouvante gothique, au serial, à la littérature de gare et au giallo, le long-métrage de Massimo Pupillo possède surtout une poignée de séquences démentielles, à l’image de la mise à mort de la belle Kinojo, interprétée par Moa Tahi. La demoiselle se voit, en effet, piégée dans une sorte d’immense toile confectionnée à l’aide de câbles reliés à des arcs qui menacent de décocher leurs flèches mortelles tandis qu’une araignée mécanique aux pattes enduites de poison descend lentement vers elle. Ce stratagème, complètement fou, anticipe sur les délires colorés de certaines productions hongkongaises des seventies comme le déjanté WEB OF DEATH de Chu Yuan et s’impose comme un des meilleurs moments de ce long-métrage inégal mais divertissant.

Directement héritée de l’Inquisition, les autres tortures sont moins imaginatives mais toujours originales et relativement corsées pour un film datant quand même du milieu des années ’60. Un chevalet étire le corps d’une jeune fille, du liquide glacé ou brulant est versé sur le dos des victimes, un supplicié est soumis au bûcher après avoir été enfermé dans une cage d’acier, etc. VIERGES POUR LE BOURREAU, quoique dépassé d’un point de vue graphique, reste impressionnant par son imagination morbide et échevelée qui renvoye directement aux couvertures tape à l’œil des romans « pulp » ou des bandes dessinées de gare « réservées aux adultes ».

Dans le rôle principal du « Bourreau écarlate », Mickey Hargitay (ex époux de Jayne Mansfield apparut dans quelques curiosités bis comme BLACK MAGIC RITES ou le giallo érotique AU DELA DU DESIR) livre une composition déjantée à souhait, empreinte d’un narcissisme éhonté et d’un homo-érotisme évident. Le corps huilé, vêtu comme un catcheur mexicain, l’acteur se délecte, devant un miroir, de la vision de son corps et de sa perfection « physique » avant de maudire la jalousie des êtres inférieurs !

Dans le dernier tiers du long-métrage, Hargitay, hystérique et manifestement dans un état second, se déchaîne et torture avec délectation une demi-douzaine de nymphettes fort peu vêtues. Un grand moment de cabotinage en roue libre.

Le reste du casting parait, fatalement, bien pâle en comparaison malgré la présence d’une future reine du giallo Femi Benussi (UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL, NUE POUR L’ASSASSIN) et du « bisseux » Walter Brandi (SS GIRLS, LE MASSACRE DES VAMPIRES).

Les péripéties ont beau être prévisibles, le rythme déficient, la musique inappropriée (la soupe jazzy lounge convient décidément très mal à l’horreur gothique) et la mise en scène piteuse, VIERGES POUR LE BOURREAU garde, malgré tout, un fort potentiel de sympathie. Voulu sérieux et terrifiant, le long métrage ressemble surtout à un catalogue de clichés et sombre dans la parodie involontaire mais, pourtant, il est difficile de s’y ennuyer en dépit d’une première moitié fort languissante qui eut gagné à se voir écourtée.

Quoiqu’il en soit, les amateurs de curiosités kitsch passeront sans doute un bon moment devant ce spectacle joyeusement foutraque et délirant, sorte de proto-giallo mâtiné de slasher, à la fois gentiment érotique et délicieusement suranné. Aujourd’hui auréolé d’une petite réputation culte, cette aberration « bis » tranche résolument avec le bon goût et ses outrances la rendent, au final, franchement plaisante et amusante à suivre. De la pure exploitation à savourer sans arrière pensée.

Merci à Artus pour l'envoi de ce dvd.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2012