BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS
Titre: Los ojos azules de la muñeca rota
Réalisateur: Carlos Aured
Interprètes: Paul Naschy

 

Diana Lorys
Eva León
Inés Morales
Pilar Bardem
Eduardo Calvo
Antonio Pica
Année: 1976
Genre: Giallo
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Au début des années ’70, la popularité du giallo dépasse les frontières de la Péninsule pour inspirer les cinéastes en Espagne, en Grande-Bretagne et même en France ou en Turquie. BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS, par exemple, constitue un bel exemple de giallo ibérique et met en vedette la grande star de l’épouvante, le sympathique Paul Naschy, surtout célèbre pour avoir incarné une douzaine de fois le lycanthrope Waldemar Daninsky. Cependant, l’acteur joua également dans une poignée de gialli comme LES CRIMES DE PETIOT, UNA LIBELULA PARA CADA MUERTO, EL ASESINO ESTA ENTRE LOS TRECE ou ce BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS de bonne facture même si l’intrigue ne déborde pas d’originalité.

Un certain Alain Dupreil (joué par Naschy) sort de prison après dix ans d’emprisonnement pour viol et tentative de meurtre. Il change d’identité et cherche du travail sous le pseudonyme de Gilles, parcourant les routes en souffrant de cauchemars récurrents. Ses pérégrinations le conduisent dans le Nord de la France où il rencontre une jeune femme, Claude, qui se propose de l’employer à l’entretien de la maison qu’elle occupe en compagnie de ses deux sœurs. Gilles fait ainsi connaissance de la cadette, la nymphomane Nicole, et de Ivette, paralysée après avoir été rejetée par son fiancé. L’ancien taulard tombe rapidement amoureux de Claude, malgré son handicap, un bras mutilé à la suite d’un accident qui la contraint à porter une disgracieuse prothèse manuelle. Peu après, une infirmière, Michelle, se joint aux trois jeunes femmes pour les aider dans leur vie quotidienne en dépit des craintes et soupçons que nourris Ivette à l’égard de la nouvelle venue. Se soumettant de bonnes grâces aux désirs trop longtemps refoulés des sœurs, Gilles voit pourtant son passé le rattraper lorsque de jolies blondes aux yeux bleues sont assassinées dans la région et retrouvées énuclées. La police enquête et ne tarde pas, bien sûr, à soupçonner Gilles…mais est il vraiment l’assassin ?

A la mise en scène de BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS nous retrouvons un familier de l’horreur, Carlos Aured, complice de Naschy sur plusieurs titres (LA VENGANZA DE LA MOMIA, HORROR RISES FROM THE TOMB, L’EMPREINTE DE DRACULA) avant de se reconvertir dans l’érotisme plus ou moins hardcore (LE TRIO PERVERS, JE SUIS UNE PETITE COCHONNE). Une filmographie finalement restreinte (quatorze titres en autant d’années) et peu marquante pour un cinéaste décédé en 2008, à l’âge de 71 ans. Ce BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS se révèle toutefois de belle facture et comporte quelques scènes intéressantes qui sauront satisfaire les amateurs.

Souvent confiné dans une vaste maison à l’atmosphère étouffante, BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS prend son temps et s’intéresse à la psychologie des sœurs, lesquelles sont toutes les trois troublées par la présence de Paul Naschy. Les interprètes féminines se révèlent d’ailleurs excellentes, que ce soit Maria Perschy, Ines Morales, Diana Lorys ou Eva Leon, des familières du cinéma de genre espagnol. Le grand Paul Naschy, de son côté, porte le métrage sur ses larges épaules de macho satisfait empreint de romantisme viril et, comme toujours, tombe à peu près toutes les filles passant à sa portée.

Au niveau de l’énigme policière proprement dite, BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS attend trois quart d’heures avant de proposer un premier meurtre mais, dans sa seconde moitié, le rythme s’accélère et les crimes se succèdent. Relativement graphiques et sanglants, ils se concluent par des énucléations et se montrent efficaces et brutaux.

Inspiré par les gialli italiens de l’époque, lesquels utilisaient souvent une comptine pour accompagner les meurtres, Carlos Aured reprend à son compte, et de manière saugrenue, « Frère Jacques » (!), complètement déstructuré, pour créer un climat d’étrangeté et d’innocence pervertie durant les crimes. Curieux et mémorable. Notons encore une scène cruelle et gratuite, inspirée du mondo, montrant l’égorgement d’un cochon de manière bien saignante et qui semble avoir pour unique objectif d’augmenter le quota « choc » du métrage.

L’érotisme, pour sa part, reste surtout allusif mais BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS possède, dans ses meilleurs moments, une honnête force suggestive. Parfois un peu lent ou même languissant, le film ne traine cependant pas trop en longueurs et sa durée restreinte (une heure et demie pile poil) le rend agréable. Les twists des quinze dernières minutes sont, quant à eux, intéressants et originaux, nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue mais Carlos Aured se permet certaines audaces surprenantes. La révélation de l’identité du coupable s’avère, elle, quelque peu attendue, tout comme ses motivations, mais les fausses-pistes disséminées permettent de douter jusqu’au bout des indices proposés. Le final reste, de son côté, efficace et empreint d’une véritable tristesse, assez surprenante et audacieuse.

Contrairement à de nombreux gialli, BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS demeure, en outre, cohérent et globalement vraisemblable jusqu’à sa conclusion, un petit « plus » toujours appréciable. Quoique réalisé en Espagne, BLUE EYES OF THE BROKEN DOLLS constitue en résumé un bel exemple, très classique mais plaisant, du giallo comprenant tous les éléments nécessaires au genre.

Par ses qualités d’interprétation, son climat morbide, son érotisme déviant et ses quelques meurtres gore, le film de Carlos Aured s’impose comme une belle (petite) surprise qui, sans prétendre être un chef d’œuvre oublié, n’en reste pas moins fort agréable à suivre.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011