BLUE HOLOCAUST
Titre:

Buio Omega

Ou: Behind The Darkness
Ou: Folie Sanglante
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes:

 

Kieran Cantier
Francesca Stoppi
Cinzia Monreale
Sam Modesto
Anna Cardini
Mario Pezzin
Année: 1979
Genre: Horreur / Gore
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing

5/6

Critique:

Francesco ne peut oublier Anna, son défunt amour. Il enlève le corps de la jeune femme, l'éviscère et l'embaume afin de le garder auprès de lui. Aidé par sa gouvernante Iris, il commet quelques crimes et s'enfonce dans la folie, incapable de nouer des relations sentimentales normales. La fin des seventies, temps béni des amateurs de gore et d'horreur déviante.

A cette époque, les Italiens savaient choquer le public et ne se privaient pas pour surenchérir dans l'ignoble afin de surpasser les maîtres américains du gore. Joe d'Amato, au service du cinéma populaire depuis des décennies (action, péplum érotico sadique, porno en costumes, western, heroic-fantasy, S-F, horreur...Miam Miam!) y allait franco avec un mépris de l'ellipse et du bon goût rarement égalé.

Dans BLUE HOLOCAUST, son chef d’œuvre, il traite d’amour fou et de pseudo nécrophilie, parvenant à injecter une bonne dose de poésie macabre à cette histoire horrible, aidé par une superbe photographie dont il est également responsable. Pseudo nécrophilie, en effet, puisque jamais le "héros", Francesco, ne fait l'amour au cadavre embaumé de sa fiancée défunte. Mais, ne pouvant oublier la jeune femme, il s'avère incapable de relations normales avec la gente féminine, tombant sous la coupe d'une perverse gouvernante nommée Iris. Celle-ci assiste Francesco dans ses meurtres, à commencer par celui d'une auto-stoppeuse américaine grassouillette qui découvre horrifiée le cadavre d'Anna. Le jeune homme la tue avant de laisser Iris démembrer le corps sous ses yeux horrifiés.

Une séquence horrible malgré la pauvreté des maquillages spéciaux: Iris abat son hachoir sur le corps dénudé, tranchant la chair, sectionnant la tête ou le bras avant de plonger les restes dans une baignoire emplie d'acide corrosif à souhait, réduisant le cadavre à une pulpe répugnante et sanglante. Dans un registre similaire, la scène de l'éviscération et de l'embaumement d'Anna s'appuie également sur des effets simples, genre Grand Guignol, mais d'un réalisme quasiment insoutenable. Joe d'Amato montre les viscères tomber dans un sceau, la bande sonore est saturée des bruits humides et écoeurant du découpage, et le jeune amoureux, après avoir retiré des paquets de tripailles et d'organes internes, finit par dévorer à pleine dents le cœur de sa bien aimée. Le genre de scène gratuite qui aurait facilement pu sombrer dans le ridicule mais le cinéaste évite cet écueil.

Le rythme général est assez lent, comme pour beaucoup de gore des seventies, à l'opposé de ceux - survoltés - des années 80. Mais le cinéaste se permet néanmoins des sursauts de violence convulsives empreints d'un réalisme complaisant fort éloigné des boucheries baroques prônées par Dario Argento et Lucio Fulci à la même époque. Le final, brutal à souhait, voit Francesco se rebeller contre Iris. Au terme d'un combat acharné, la gouvernante est éventrée au couteau alors qu'elle arrache avec ses doigts l'œil du héros.

Même si quelques longueurs et invraisemblances émoussent l'intérêt du métrage, même si la surenchère vomitive se fait parfois au détriment du scénario et en dépit de toute logique, BLUE HOLOCAUST mérite d'être vu, ne serait ce que pour l’originalité de son intrigue. On peut toutefois regretter que le cinéaste se laisse aller à la gratuité. Joe d'Amato truffe son intrigue de scènes peu utiles et dont la seule justification semble être de secouer l'estomac. Mais il plonge également dans les tréfonds les plus sombres et troubles de la psychologie humaine, frôlant la nécrophilie, l'inceste et autres déviations souvent bannies du cinéma, même de genre.

Les Goblins, groupe musical jadis associé à Dario Argento, composent pour leur part une partition électronique bizarre que l’on peut juger géniale ou crispante selon l’humeur. Une musique en tout cas assez froide et parfois glaciale qui accentue le côté desespéré d'un métrage peu porté sur la joie de vivre. En dépit de nombreux défauts et, surtout, d'une interprétation parfois peu convaincante, en particulier de la part du jeune premier incarnant Francesco, le "nécrophile" assassin, BLUE HOLOCAUST s’impose comme un des meilleurs exemples du gore transalpin, outrancier et fier de l'être, tel qu'on le concevait à la toute fin des années 70.

Bien sûr, la réalistation de Joe d'Amato n'est pas toujours à la hauteur du propos et les zooms incessants dénotent son passif de pornocrate râvi de s'approprier une image croustillante…ou, comme ici, répugnante. Mais ce n'est qu'un menu défaut en regard de l'originalité et de la qualité réelle de ce produit poétique et morbide de haute tenue.

Le DVD proposé par Neo Publishing est de très bonne facture et il serait malhonnête d'y trouver à redire compte tenu du prix des plus modique. La copie est excellente, présentée en version originale et en version française. On y trouve également des filmographies, bandes annonces et, surtout, un entretien d'une vingtaine de minutes avec l'actrice Franca Stoppi qui revient sur ce rôle après vingt-cinq années. Une pièce de choix indispensable à toute DVDthèque à mon sens.

 

octobre 2006