BODY COUNT
Titre: Camping del Terrore
Réalisateur: Ruggero Deodato
Interprètes: Bruce Penhall

 

David Hess
Mimsy Farmer
Luisa Maneri
John Steiner
Ivan Rassimov
Charles Napier
Année: 1987
Genre: Slasher / Horreur / "Giallo"
Pays: Italie / USA
Editeur  
Critique:

Les liens entre le giallo et le slasher sont, pour l’amateur, évidents, tant le premier influença le développement du second. Dès le début des seventies, les précurseurs BAIE SANGLANTE et TORSO (pour ne citer que les titres les plus réputés) annonçaient les futures hécatombes perpétrées par les psychokillers américains. Certains slashers de la grande époque reprennent même des codes directement empruntés au giallo comme en témoignent LES YEUX DE LAURA MARS, HAPPY BIRTHDAY TO ME, LES YEUX DE LA TERREUR, UN TUEUR DANS LA VILLE et quelques autres.

Toutefois, le slasher, à son tour, exerça une importante influence sur le « néo giallo » des années ‘80 via des long-métrages hybrides comme MADHOUSE, FOU A LIER, BLOODY BIRD ou ce BODY COUNT qui nous occupe aujourd’hui. Néanmoins, ce vieux briscard de Ruggero Deodato (CANNIBAL HOLOCAUST) propose surtout un slasher pur jus qui s’éloigne grandement du glorieux cinéma populaire de la Péninsule.

Excepté quelques coquetteries visuelles (essentiellement une fascination esthétiques pour les lames de couteau), un brin d’érotisme, l’un ou l’autre sursaut de violence brute, la présence au scénario du maestro Dardano Sacchetti (prudemment caché sous le pseudonyme ronflant de David Parker Jr) et une musique référentielle de Claudio Simonetti (ex Goblin), le lien entre BODY COUNT et le giallo s’avère, hélas, fort ténu.

En 1987 le cinéma bis italien, jadis florissant, s’épuisait en effet à copier, souvent maladroitement, les modes venues des Etats-Unis à coup d’imitations plus ou moins convaincantes de ZOMBIE, MAD MAX 2, NEW YORK 1997, ALIEN ou CONAN LE BARBARE. Guère étonnant que Deodato marche, avec quelques années de retard, sur les traces de VENDREDI 13 et ses dérivés, lesquels reprenaient, pour leur part, les recettes inventées dix ans plus tôt par Mario Bava à l’occasion de l’excellent BAIE SANGLANTE. Bref, la boucle est bouclée…

Un groupe de collégiens caricaturaux (le gros lard, la blonde nymphomane, le body builder gonflé aux hormones, etc.) décide de s’octroyer quelques jours de vacances au fin fond du Colorado. En compagnie d’un certain Ben, la petite troupe arrive dans un camping dirigé par un couple dysfonctionnel composé de Robert (David Hess) et Julia (Mimsy Farmer). L’endroit, isolé et abandonné, est victime de sa sinistre réputation : un être surnaturel, un Shaman bestial et à peine humain, hanterait, en effet, les lieux afin de supprimer toute personne qui se risque dans cette forêt maudite…

Quoique manifestement conçu pour concurrencer les Etats-Unis sur leur propre terrain, BODY COUNT laisse transparaître, dans quelques rares plans, son identité italienne. Deodato fait preuve, par exemple, d’une relative complaisance au niveau du gore : les armes blanches tranchent à vif dans la chair et le sang gicle joyeusement. Les demoiselles mini jupées, pour leur part, courent à perdre haleine dans la forêt et laissent voir leurs petites culottes d’un blanc immaculé. D’autres, moins timides, se désapent pour un oui ou pour un non et exhibent fièrement leur poitrine, voire leurs fesses pour les moins complexées. Classique mais toujours plaisant.

Années ’80 oblige, on n’échappe pas à la musique synthétique à l’époque très branchée mais aujourd’hui bien vieillotte (pourtant signée par Claudio Simonetti, ici en petite forme) ni aux clichés et blagues douteuses comme cet inévitable farceur qui se déguise en tueur masqué pour amuser la galerie. Heureusement, dans ce marasme déjà vu et revu, quelques passages s’avèrent plus originaux et amusants, en particulier ce teenager lubrique qui zieute une jolie jambe féminine avant de s’apercevoir, horrifié, que le membre a été sectionné.

Le casting, de son côté, flatte le cinéphile « bis » et propose une suite de trognes que l’on aime retrouver, fut-ce dans un film moyen. Aux côtés de jeunots rapidement transformés en chair à saucisses, BODY COUNT permet de revoir les quadragénaires Mimsy Farmer (QUATRE MOUCHES DE VELOUR GRIS, FRISSONS D’HORREUR, SOS CONCORDE) et David Hess (DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, LA PROIE DE L’AUTO STOP, LA MAISON AU FOND DU PARC), deux habitués du cinéma de Deodato. A leurs côtés, on remarque, dans des rôles plus secondaires, l’Anglais John Steiner (TENEBRES, CALIGULA), l’inévitable Charles Napier (SUPERVIXENS, RAMBO 2) et l’Italien Ivan Rassimov (EMANUELLE EN ORIENT, LE DERNIER MONDE CANNIBALE) qui terminait là une belle carrière « populaire » débutée 20 ans plus tôt dans le classique LA PLANETE DES VAMPIRES de Mario Bava. Cette agréable brochette de comédiens rend l’entreprise sympathique à défaut de convaincante.

Le final, à mi-chemin entre le giallo et un épisode de Scooby-Doo, voit le mystérieux assassin démasqué avant un ultime twist, divertissement mais parfaitement stupide, typique de ce style de film.

Imitation éhontée de VENDREDI 13 et consorts, BODY COUNT constitue, en résumé, une oeuvrette plutôt plaisante qui se suit sans trop d’ennui pour les inconditionnels du cinéma horrifique bis des années ‘80. Cependant la portion « giallesque » y est franchement congrue et ce long-métrage s’adresse davantage, par conséquent, aux aficionados du slasher.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012