BODY LOVE
Titre: Body Love
Réalisateur: Lasse Braun
Interprètes: Catherine Ringer

 

Jean-Gérard Sorlin
Glenda Farrel
Jack Gatteau
Gilda Arancio
Tony Morena
Carmelo Petix
Année: 1978
Genre: Porno / Erotique
Pays: Allemagne / Pays Bas / France
Editeur  
Critique:

Né à Alger en 1936, Lasse Braun (de son vrai nom Alberto Ferro) se lance dans le business de la pornographie – alors interdite – au début des années ’60. Son souhait est alors de la rendre populaire et commerciale. Il souhaite aussi élever le produit au-delà de la médiocrité afin, par la suite, de pouvoir inonder le marché. Docteur en droit, Lasse Braun va militer en Scandinavie pour officialiser le porno ce qui aboutira à sa légalisation effective, au Danemark, en 1969.

Mais, dès 1967, le cinéaste s’installe à Stockholm, crée AB Beta Films et commence à tourner ses premiers « loops » en 8mm vendus sous le manteau via un circuit de près de cinquante milles clients. Il place ainsi des annonces dans les magazines pour hommes, écoule ses courts métrages et fait rapidement d’importants profits. En 1973, Lasse Braun réalise son premier long-métrage, FRENCH BLUE, tourné en Hollande et projeté l’année suivante, trois soirs consécutifs, au marché du film du Festival de Cannes. En 1975, le producteur Reuben Sturman investit 300 000 dollars (une très belle somme pour l’époque et le genre) dans le second long-métrage de Braun, SENSATIONS, qui met en vedette sa petite amie de l’époque, Brigitte Maier.

Le film obtient un grand succès à Cannes puis aux Etats-Unis et s’impose comme un des premiers classiques européens du cinéma X, régulièrement cités parmi les « chefs d’œuvres » du genre. BODY LOVE, pour sa part, sera tourné en 1976 dans un château près d’Amsterdam.

L’intrigue, basique, traite de l’initiation d’une demoiselle, Monique, qui n’aime que les femmes…du moins jusqu’à la très longue et explicite orgie finale programmée pour son dix-huitième anniversaire. La nymphette est incarnée par la toute jeune Catherine Ringer, future chanteuse des Ritas Mitsouko, dissimulée sous le pseudonyme de Lolita da Nova. Pour accroitre le prestige d’un film que Lasse Braun veut classieux et « de bon goût », le cinéaste invite le compositeur allemand Klaus Schulze (ex Tangerine Dream) à en composer la bande originale.

Celui-ci, au départ, refuse catégoriquement de travailler pour un porno. Toutefois, il apprend que Braun, un de ses fans, a déjà essayé d’utiliser certains de ses morceaux pour illustrer BODY LOVE, sans toutefois y parvenir. Schulze accepte finalement de visionner le long-métrage et se déclare intéressé, d’autant que les dialogues, peu nombreux, laissent au musicien l’opportunité de créer de longs instrumentaux planants dont les rythmiques sensuelles s’accordent à merveille avec les séquences chaudes filmées par Braun. Exploité sur disque, cette bande originale fut un grand succès pour le musicien, qui exploita ensuite un second album « Body Love Volume 2 » sans rapport avec le film.

Tourné simultanément avec LOVE INFERNO au château de Groeneveld, BODY LOVE s’inscrit dans la lignée des classiques libertins de l’érotisme « hard » des seventies. Le scénario développe, dès lors, quelques discours sur la libération sexuelle et les bienfaits de la pornographie « libératrice ». Le film propose, bien sûr, une demi-douzaine de scènes osées, d’un viol simulé à une domination exercée par Catherine Ringer à l’égard d’une jeune fille transformée en esclave sexuelle.

Le tout se déroule dans une atmosphère « cosy », bourgeoise et distinguée, loin des vidéos X contemporaines. Plus sensuel que gynécologique (malgré des scènes explicites), BODY LOVE s’apparente à ce que l’on dénomme le « porno chic » et témoigne d’un temps révolu où les films hard se voulaient réellement scénarisés (fussent sommairement !) et accordaient autant d’importance à l’érotisme suggestif qu’à la pornographie explicite.

BODY LOVE culmine dans un climax efficace (quoique longuet) qui consiste en une longue orgie d’inspiration très « flower power » : des dizaines de protagonistes, immobiles tels des statues, s’animent lentement pour participer à une frénétique partouze d’une vingtaine de minutes rythmée par les transes synthétiques et spatiales de Schultze. Mémorable !

Joliment photographié, filmé avec soin et interprété avec conviction par des comédiens crédibles menés par la belle et quasi innocente Catherine Ringer, BODY LOVE constitue un joli voyage pour les adeptes du hard de la grande époque qui se laisseront porter par la beauté des images et les rythmiques cosmique de la bande originale. Plaisant.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013