L'ETRANGLEUR DE BOSTON
Titre: The Boston Strangler
Réalisateur: Richard Fleisher
Interprètes: Henry Fonda

 

Tony Curtis
George Kennedy
Mike Kellin
Hurd Hatfield
Murray Hamilton
Jeff Corey
Année: 1968
Genre: Thriller
Pays: USA
Editeur Carlotta (Blu Ray)
Critique:

Classique du thriller « horrifique » des années ’60, L’ETRANGLEUR DE BOSTON se veut la dramatisation fictionnelle d’une affaire criminelle ayant défrayé la chronique entre juin 1962 et janvier 1964. Durant ce laps de temps, treize femmes ont été agressées sexuellement et assassinées à Boston. Elles étaient d’âge variable (entre 19 et 85 ans), appartenaient à des groupes ethniques différents et vivaient dans différentes parties de la ville. La plupart ont laissé entrer sans méfiance leur meurtrier dans leur appartement.

L’affaire, qui piétine, trouve son terme fin octobre 1964 lorsqu’un homme agresse une jeune femme mais la laisse en vie. Son témoignage mène à Albert DeSalvo qui, emprisonné pour viol, attire les soupçons de son voisin de cellule, George Nassar, qui le suspecte d’être l’Etrangleur. DeSalvo finit par l’avouer à son avocat mais ne sera jamais jugé pour ses crimes. Il est, par contre, condamné à la perpétuité pour divers viols commis quelques années auparavant sous l’alias du « Measuring Man ». DeSalvo est finalement assassiné à son tour par d’autres détenus (jamais identifiés) en 1973.

Depuis, la culpabilité de DeSalvo a été grandement remise en question et d’autres pistes ont été évoquées (plusieurs tueurs sont envisagés, parmi lesquels Nassar lui-même). Le film de Richard Fleisher, réalisé en 1968, choisit cependant d’illustrer la thèse officielle et d’attribuer à DeSalvo l’entière paternité des crimes.

Cette affaire avait déjà inspiré LE TUEUR DE BOSTON de Burt Topper, sorti en 1964, dans lequel Victor Buono personnifiait l’Etrangleur. Néanmoins, si le film de Topper (visible en dvd zone 2 chez Artus Films) possède quelques qualités, il ne peut aucunement rivaliser avec celui de Fleisher, lequel réinvente le « film policier » en optant pour une approche quasiment documentaire et méthodique.

Si L’ETRANGLEUR DE BOSTON accorde une large part à la crédibilité de l’investigation, il n’en oublie pas pour autant de modifier certains faits et en dramatisent d’autres pour rendre l’ensemble plus palpitant. On note, en particulier, cette morsure laissée par une victime de DeSalvo sur sa main qui permettra à la police de le confondre. Une pure invention de scénariste. D

e même la seconde moitié du film, qui voit l’impeccable Tony Curtis prendre peu à peu conscience de sa nature schizophrène et de son implication dans les meurtres est aussi efficace cinématographiquement qu’inexacte historiquement. Dans la réalité, DeSalvo confessa fièrement être l’assassin et aucune des scènes psychanalytiques (parfois un peu faciles mais indéniablement effectives) n’a la moindre base réelle.

Pourtant, même s’il se permet de nombreuses libertés avec les faits (avérés ou simplement supposés), L’ETRANGLEUR DE BOSTON demeure un modèle du thriller basé sur les investigations d’un policier opiniâtre et héroïque (là aussi un aspect, apparemment, grandement exagéré, le véritable enquêteur étant plutôt un incapable dépassé par les événements) décidé à coincer un tueur en série.

L’enquête, bien menée et passionnante, insiste sur les difficultés à coincer un coupable, les seules options étant de s’en remettre à la chance ou au paranormal, comme en témoigne le recours à un médium, Peter Hurkos. Joué par George Voskovec, ce « détective psychique » renommé s’est attribué la résolution de 27 affaires criminelles, quoique les sceptiques remirent, par la suite, en doute sa réelle contribution dans ces diverses enquêtes. Lors de l’affaire de l’Etrangleur, Hurkos passa effectivement quelques temps à Boston mais s’avéra incapable d’établir l’identité du coupable. Il fut par contre condamné pour avoir s’être mêlé à l’enquête déguisé en policier, une manière sans doute commode d’obtenir des renseignements ensuite attribués aux esprits. Cependant, L’ETRANGLEUR DE BOSTON le présente sous un jour positif et capable de diverses prouesses, parfois humoristiques comme lorsqu’il confond un policier arrivé en retard au travail après avoir pris du bon temps avec sa petite amie.

Une autre scène humoristique survient lorsqu’un suspect, amené au commissariat, avoue être non pas le tueur recherché mais bien un véritable « dragueur en série » ayant couché avec plus de cinq cents femmes en quelques mois, à la stupéfaction des détectives pressés d’obtenir son infaillible méthode. De manière plus sérieuse, le film traite aussi des milieux interlopes et de la façon quasi systématique des forces de l’ordre d’accuser les voyeurs et, surtout, les homosexuels de tous les crimes sexuels perpétrés dans la ville.

En dépit des contraintes de la censure, le long-métrage détaille également, de manière suggérée, les divers crimes dont s’est porté coupable d’Etrangleur. Visuellement, le long-métrage s’avère remarquable par son utilisation du split-screen utilisé avec une rare efficacité, et ses choix radicaux, comme l’absence de véritable bande originale ou l’inclusion, dans le récit, d’images télévisées qui l’ancrent dans une réalité très palpable et un climat particuliers consécutif à l’assassinat de Kennedy.

Outre l’excellent Tony Curtis (qui n’apparait qu’à mi-parcours), L’ETRANGLEUR DE BOSTON s’appuie sur les compositions sans reproche de George Kennedy et Henry Fonda.

Grande réussite, L’ETRANGLEUR DE BOSTON conduisit probablement le cinéaste à accepter d’autres biographies de personnages hors normes puisqu’il enchaina avec CHE (consacré à Che Guevara) et L’ETRANGLEUR DE LA PLACE RILLINGTON sur le serial killer anglais John Christie.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2013