BOURREAUX S.S. II - ERIKA, LES DERNIERS JOURS DE LA S.S.
Titre: Kaput lager - gli ultimi giorni delle SS / Achtung! Desert Tigers! / Les Derniers Jours de la S.S. / Erika / The Desert Heroes
Réalisateur: Ivan Katansky alias Luigi Batzella (Paolo Solvay)
Interprètes: Richard Harrison

 

Isarco Ravaioli
Gordon Mitchell
Lea Lander
Agnes Kalpagos
 
 
Année: 1978
Genre: Nazi-exploitation
Pays: Italie
Editeur  


Critique:

Dans la longue série des décalques plus ou moins crapuleux inspirés des ILSA et autres SALON KITTY, ce film s'avère une déception totale. BOURREAUX SS - N°2 est réalisé par Ivan Katansky, un pseudonyme ronflant qui cache en fait le besogneux Luigi Batzella ou Paolo Solvay, déjà coupable de NAZI HOLOCAUSTE, alias LA BESTIA IN CALORE, une production de sinistre mémoire considérée comme la plus outrancière du genre et bannie dans de nombreux pays.

Pour les non familiers, le filon des atrocités nazies (ou japonaises) à été longuement creusé par des tâcherons divers. Bien sûr, les premiers classiques furent américains (CAMP SPECIAL N°7 de Robert Lee Frost qui précède la trilogie ILSA) mais les Italiens (et dans une moindre mesure les Chinois) se montrèrent ensuite fort inspirés par les tortures et autres actes de barbarie commis en temps de guerre. A la suite de l'excellent SALON KITTY de Tinto Brass, de nombreux sous-produits sortirent sur les écrans, s'inspirant du film précité, de ILSA LOUVE DES SS ou encore de PORTIER DE NUIT, une tentative plus intellectuelle et modérée mais sans doute guère plus convaincante.

Parmi les principaux représentants de ce genre, dit Nazi-exploitation ou même nazi-porn, citons, LA DERNIERE ORGIE DU 3EME REICH (L'Ultima Orgia del terzo Reich de Cesare Canavari), LES DEPORTEES DE LA SECTION SPECIALE SS (Le Deporte della sezione speciale SS, de Rino di Silvestro), BOURREAUX SS / SS CAMP 5 (SS Experiment Camp de Sergio Garrone, 1976), SS GIRLS (La Casa Privata per le SS de Bruno Mattei), etc. Sans oublier des productions plus obscures telles LES NUITS CHAUDES DE LA GESTAPO, les pornos comme HITLER'S PARTOUZE, ORGIES EN CUIR NOIR ou KOLOSSAL ORGIES, les tentatives françaises d'Alan Payet pour Eurociné style TRAIN SPECIAL POUR HITLER ou HELGA - LA LOUVE DE STILBERG. Et, bien sûr, les catégorie3 chinoises, ou leurs ancêtres, comme CAMP D'AMOUR POUR CHIENS JAUNES (The Bamboo House of Dolls), CONFORT WOMEN, HORRIFYING WOMEN EXPERIENCES, MEN BEHIND THE SUN (et ses trois suites), etc.

Tous reprennent un même schéma en changeant la nationalité des sadiques, passant des nazi aux tortionnaires nippons. Et tous sont médiocres, ce qui n'empêchent pas certains amateurs de leur vouer un semblant de culte, le mélange de mauvais goût, d'érotisme sale et de tortures gore leur conférant un parfum de souffre, à l'image des nunsploitation ou des Women In Prison.

Bref, après ce préambule, revenons au film qui nous occupe, lequel constitue - disons le tout net - un des pires représentant du genre. BOURREAUX SS N°2 (alias ERIKA, alias LES DERNIERS JOURS DE LA S.S. alias plein d'autres titres racoleurs) commence fort (enfin, façon de parler!) par la ballade de quelques soldats au milieu du désert africain, suivi de la destruction de deux ou trois chars. Une scène filmée avec sens du rythme et de l'action à côté duquel l'épisode le plus mou de Derrick ressemble à un thriller de John Woo. Dès cette introduction le spectateur constate également que les acteurs sont, pour leur part, très mauvais et meurent avec un effarant manque de conviction. La production n'ayant pas les moyens de tartiner les cadavres de ketchup, les cadavres tombent sans qu'une seule goutte de sang ne souille des uniformes sans doute loués à la journée. D'où une première déception pour l'amateur de cinéma d'exploitation violent et sanglant. Les grenades ont également la fâcheuse habitude d'exploser à dix mètres de leurs victimes, lesquelles s'empressent pourtant de s'écrouler en poussant de pathétiques râles d'agonie.

Une réplique anthologique s'inscrit pourtant dans nos mémoires. Les soldats alliés se demandent s'ils n'ont pas été repérés par les allemands, puisque eux ont repérés les allemands (ce qui, finalement, n'est pas si bête! - relisez la phrase si vous ne me croyez pas). Heureusement, un militaire fait remarquer que les nazis font plus de bruit qu'eux: quatre chars d'assaut roulant dans le désert sont, en effet, plus bruyants qu'une poignées de bidasses. Mais passons.

Suivent alors quelques explosions, des jets de flamme et de prudents mouvements de troupes, provenant visiblement de stock-shots issus de mauvais films de guerre! Et, finalement, les soldats sont capturés et se retrouvent dans un camp de concentration risible limité à trois pièces peu meublées. Le cinéaste illustre alors les habituelles saynètes sadiques dénuées d'inspiration: des femmes nues sont lavées à grand coup de brosses, une autre fille ("elle a deux défauts: elle est juive et elle est vierge") est fouettée et des espions sont castrés. Ce sera la seule scène gore - et encore la suggestion l'emporte - de ce film inepte.

Pour corser le tableau, un Don Juan de bas étage est forcé d'avaler un verre de pisse à la santé de l'affreux commandant. Celui-ci compose un vrai méchant comme on les aime, un sadique taré et irrécupérable dans la tradition. Pour donner le ton, il fouette des cadavres de bédouins (oui, déjà mort donc!) et éructe des discours grandiloquent sur les "races inférieures". Il couche aussi avec un travesti enfariné au terme d'une orgie molle et très peu érotique. Mou et très peu érotique étant d'ailleurs les meilleurs adjectifs pour décrire ce BOURREAUX SS 2 pathétique. Alors que le métrage avance, nous découvrons l'inévitable doctoresse, responsable des expériences horribles commises dans le camp. Elle est nazie, blonde, lesbienne et nymphomane et se prénomme Erika. Oui, c'est moins classe qu'Ilsa mais le scénariste n'a guère le choix, les meilleurs prénoms sont déjà utilisé. Greta, vous dites? Désolé c'est pris. Helga? Pris aussi! Elsa? Pris! Bon, ben on garde Erika alors! Cette demoiselle dirige les sévices et aime être fouettée par une assistante peu convaincue des joies du saphisme qui préfère le Don Juan cité plus haut. Chacun ses - mauvais - goûts! Bref, un beau fatras de scènes sans inspiration jouant la carte de la nudité prudente, de l'action soporifique et de la violence pataude.

Pour relier ces séquences disparates, Luigi Batzella filme, en plan fixe, un mirador éclairant la nuit. Un stock-shot sans doute. Mais nous arrivons déjà au terme du métrage: lassés des sévices subis, quelques prisonniers s'évadent finalement pendant que les nazis violent leurs victimes avec une belle complaisance. Après une fusillade laborieuse, les alliés s'échappent et emmènent Erika pour des raisons assez imprécises. Cette dernière finit par abattre deux des trois survivants au terme d'une escarmouche mollassonne dans une oasis. Le dernier soldat lui tend alors une pelle tandis qu'apparaît un carton où figure une citation de Nietzsche, histoire de se montrer un poil cultivé. Et le film se termine ainsi. Comment ça c'est con? Ben oui, je sais, mais bon, c'est comme ça, je n'ait pas écrit le scénario!

Un tel niveau de médiocrité, un tel mépris du spectateur, une telle nonchalance dans la mise en scène laissent sans voix. Patchwork de scènes ratées interprétées par des comédiens de dernière zone et une dizaine de filles nues mimant aussi mal la souffrance que le plaisir, BOURREAUX S.S. - N°2 s'avère incapable de retenir l'attention et lésine trop sur la violence et les tortures (arguments principaux de ce genre de produit, inutile de se voiler la face) pour contenter les fans. Reste le racisme forcené de l'ensemble, finalement si énorme et caricatural que le métrage paraît de toute manière inoffensif.

En clair: évitez ce film, à moins d'être un inconditionnel du troisième degré. Et si vous aimez vraiment ce genre de cinéma, revoyez plutôt ILSA LA LOUVE DES SS ou SALON KITTY.

Fred Pizzoferrato - Juin 2007