LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN
Titre: The Bride of Frankenstein
Réalisateur: James Whale
Interprètes: Boris Karloff

 

Colin Clive
Elsa Lanchester
Ernest Thesiger
Dwight Frye
 
 
Année: 1935
Genre: Fantastique / Epouvante / Classique
Pays: USA
Editeur  
6 /6
Critique:

Dès 1933, l'idée d'une suite à FRANKENSTEIN germe dans l'idée des producteurs, qui souhaitent offrir à Karloff et Lugosi le parfait véhicule pour accroître encore leur popularité de stars de l'épouvante. Karloff devait y reprendre le rôle du monstre et Bela Lugosi incarner le cruel Dr Praetorius. Cette séquelle (Frankenstein lives again!) ne vit jamais le jour et il fallut attendre 1935 pour découvrir la suite longtemps annoncée du classique de James Whale. Lequel retourna finalement à la source littéraire en nous présentant, lors de la scène introductive, les différents créateurs du mythe, à savoir Mary Shelley, Byron ("je suis le plus grand pêcheur d'Angleterre") et le poète Shelley.

Quatre années se sont écoulées depuis le premier film. Autant dire, apparemment, une éternité puisque le cinéaste désire nous rappeler les événements précédents. Percy et Mary Shelley discutent avec Lord Byron, lequel félicite la jeune femme pour son roman, Frankenstein, passant en revue les principales séquences du récit avant que Mary ne déclare "ce n'était pas la fin, je vais vous raconter la suite". Nous retrouvons donc la foule en colère devant le moulin en ruines, le bourgmestre étant persuadé que le Monstre a péri.

Mais les parents de la petite fille assassinée ne sont pas convaincu et explorent les ruines. Ils découvrent le Monstre, toujours bien vivant, qui les tue et s'enfuit. Henry Frankenstein, de son côté, récupère et s'apprête à épouser, enfin, Elisabeth. Il reçoit la visite du maléfique Dr Pretorius, lequel poursuit également des recherches sur la création de la vie. Il veut s'associer avec Frankenstein et, pour le convaincre, lui présente une bande d'homoncules, de petits êtres humains "cultivés" en bocal. Pendant ce temps, le Monstre trouve un peu de repos auprès d'un vieil ermite aveugle et commence à découvrir les joies de l'amitié, du vin et des cigares. "Fumer…bon" déclare alors très sérieusement Boris Karloff, en ces temps non encore dominés par le politiquement correct. Toute la scène sera bien plus tard parodiée avec talent par Mel Brooks dans FRANKENSTEIN Jr.

Evidemment les paysans ignorant débarquent et ruinent tous les efforts de socialisation entrepris. Le Monstre part se cacher et Pretorius le découvre. Le savant lui explique son projet: lui créer une copine, ce qui a l'air de plaire au Monstre. Pour s'assurer de la collaboration de Frankenstein, Pretorius utilise alors la force de persuasion du Monstre, lequel kidnappe en plus Elizabeth. Les deux savants retournent bosser, créent finalement la copine promise mais celle-ci n'aime pas son incroyable fiancé et ils sont tous deux détruits, en compagnie de Prétorius, alors que Henry et Elizabeth échappent à la mort.

Le véritable méchant de l'histoire est évidemment Pretorius (Ernest Thesiger), un individu prêt à tout, qui respire la malveillance. Le savant possède une seule faiblesse, le gin. Ou le cigare. C'est une sorte de génie du mal sarcastique, pas vraiment conscient de sa cruauté semble t'il. Un personnage de bon vivant diabolique, à la fois sympathique, fascinant et inquiétant. Son assistant difforme, Karl (Dwight Frye), est obligé à commettre moult méfaits pour lui procurer les "matières premières" nécessaires, entre autre le cœur d'une femme saine et en bonne santé. Le baron, lui, est placé en retrait: il subit les événements et ne les dirige plus, contrairement à l'œuvre initiale. Si il commet le "mal" c'est uniquement contraint et forcé par son collègue Pretorius, qui n'hésite pas à utiliser le Monstre et à enlever Elisabeth pour l'obliger à l'assister dans ses recherches. Le baron sera d'ailleurs absout lors du final puisque le monstre l'autorise à "fuir et vivre", alors que Pretorius, lui, "reste et meurt". Dans la première version du script, Frankenstein périssait avec sa créature (on voit son cadavre lors de la séquence finale) mais il fut finalement décidé de le laisser vivre.

Le Monstre, pour sa part, devient ici nettement plus humain, poursuivant sa transformation entamée dans le premier film. De brute épaisse, il passe progressivement au statut de personnage pathétique et ambivalent, animé d'un terrible besoin d'amitié et miné par sa solitude imposée. Cette fois, il commence à parler et prend pleinement conscience de son état: un assemblage imparfait de corps divers, de chair morte. "J'aime les morts, je hais les vivants" nous dit-il.

Pour parachever la réussite du métrage, Jack Pierce assure à nouveau le maquillage du Monstre, lequel revient le visage à demi-brulé, les cheveux et les mains calcinés suite à l'incendie final qui le voyait "périr" à la fin du premier FRANKENSTEIN. Les effets optiques de John P. Fulton sont également étonnants, en particuliers la séquence fameuse des homoncules, ces petites créatures façonnées par Pretorius et maintenues captives, costumées de manières outrées, dans des bocaux de verres. De nombreuses autres séquences issues de BRIDE OF FRANKENSTEIN sont depuis devenues légendaires et souvent copiées, reprises ou parodiées. Avec plus ou moins de talent. Pour les meilleures parodies, citons surtout le FRANKENSTEIN JR de Mel Brooks et son ermite maladroit. Pour les pires, oublions généreusement les pantalonnades et autres nudies comme LADY FRANKENSTEIN, CETTE OBSEDEE SEXUELLE et autres ratages.

LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN demeure, 70 ans après sa réalisation, un modèle du cinéma fantastique et un chef d'œuvre impérissable qu'un remake palot et raté (THE BRIDE, en 1984) ne fera sûrement pas oublié. Son scénario intelligent, sa photographie superbe, sa mise en scène adéquate et son casting brillant (quoique certains seconds rôles, en particuliers Una O'Connor surjoue de la même manière que dans L'HOMME INVISIBLE) en font un classique, soutenu par un humour fort présent, allant du burlesque (le Monstre apprenant à parler, boire et fumer) au sarcasme en passant par les traits d'une amusante noirceur.

Depuis, plusieurs remakes furent annoncés, dont un que devait écrire Anne Rice au début des années 90. Mais on ne vit rien venir. Et ce n'est peut-être pas plus mal!

Fred Pizzoferrato - Mars 2007