LA FIANCEE DE LA JUNGLE
Titre: The Bride and the Beast
Réalisateur: Adrian Weiss
Interprètes: Charlotte Austin

 

Lance Fuller
Johnny Roth
William Justine
Gil Frye
Jeanne Gerson
 
Année: 1958
Genre: Fantastique / Aventure
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

LA FIANCEE DE LA JUNGLE constitue l’unique réalisation d’Adrian Weiss mais doit sa petite réputation, auprès des amateurs de cinéma déviant, par la participation au scénario du fameux Ed Wood. Depuis le long-métrage à succès signé Tim Burton, nul n’ignore plus l’étrange personnalité d’Ed Wood, ses méthodes de travail artisanales et sa fascination trouble pour l’angora.

Typique du cinéaste, LA FIANCEE DE LA JUNGLE déroule par conséquent une intrigue particulièrement cornichonne qui devrait toutefois susciter l’intérêt des accros au nanar. Le chasseur Dan Fuller conduit sa jeune épouse Laura Carson dans son manoir afin d’y passer leur nuit de noce. Sitôt arrivé les jeunes gens constatent que Spanky, le gorille apprivoisé de Fuller enfermé dans une cage, se montre bruyant et agité. Fascinée par l’animal, Laura descend le voir et suscite manifestement le désir du gorille, lequel réussit à briser ses barreaux, à la nuit tombée. Alors que les jeunes mariés dorment (dans des lits séparés !) et que Laura fantasme sur la bête (!!), Spanky surgit et commence à déshabiller la jeune femme. Son mari se réveille et se résout à abattre un Spanky bien excité. Peu après, Dan Fuller sollicite l’avis d’un de ses amis, le docteur Carl Reiner, qui soumet Laura à une séance d’hypnotisme et découvre que la jeune femme est probablement la réincarnation d’une guenon ( !!!). Quelques jours plus tard, Dan et Laura partent en Afrique afin de se changer les idées et de traquer deux tigres échappés d’un navire qui sèment la terreur dans la jungle.

Oeuvrette déjantée, LA FIANCEE DE LA JUNGLE débute comme un étrange récit fantastique teinté d’un érotisme bizarroïde avant de virer soudainement au film d’aventures dans la jungle. En effet, sitôt arrivé en Afrique, l’intrigue abandonne complètement les prémices zoophiles du début pour se consacrer à la languissante traque des félins mangeurs d’homme. Il faudra attendre les cinq dernières minutes pour voir le scénario se reconnecter, un peu artificiellement, à la première et simiesque intrigue, Adrian Weiss suivant alors les traces de Laura, enlevée par d’affectueux gorilles bien décidés à en faire leur femelle attitrée.

Déstabilisant, LA FIANCEE DE LA JUNGLE consacre en réalité à peine une demi-heure de son temps de projection à la relation bestiale entre Laura et les gorilles, pourtant prometteuse. Bien audacieux pour l’époque, le métrage se permet des dialogues sans équivoque, à l’instar de cette réplique de la demoiselle « je frémis en pensant à cette étrange sensation que j’ai éprouvée quand le gorille s’est montré si tendre avec moi ». Les trois quart d’heures restant, malheureusement, semblent là uniquement pour meubler et se résument à un chassé croisé lassant entre un intrépide chasseur et deux fauves anthropophages. Histoire de caser des stock-shots de tigres même si le métrage se déroule en Afrique, un journal nous apprend que les félins se sont échappés après le naufrage d’un navire. « Incroyable mais vrai » s’exclame d’ailleurs un des protagonistes manifestement pas dupe des absurdités proposées. N’empêche l’idée est audacieuse et permet à LA FIANCEE DE LA JUNGLE d’utiliser de nombreuses séquences animalières puisées dans d’autres productions comme le plus fortunée MAN EATER OF KUAMON de Byron Haskin ou le BRIDE OF THE GORILLA de Curt Siodmak.

Certaines répliquent ne manqueront pas, cependant, d’enthousiasmer les amateurs de nanars, Laura affirmant par exemple « j’ai l’impression que la jungle n’est pas de tout repos » après que son mari l’ait sauvée de la piqure d’une tarentule et mis en garde contre « les crocs du lion et la patte de l’éléphant ». En ce qui concerne le casting, difficile de vraiment juger les interprètes, réduits à des silhouettes stéréotypées déclamant des dialogues alternativement creux, ridicules ou simplement imbuvables lorsqu’ils se veulent philosophiques. Disons simplement que Charlotte Austin est bien mignonne et que Lance Fuller, vu dans des titres plus prestigieux comme LES SURVIVANTS DE L’INFINI, LA CHEVAUCHEE DES BANNIS ou TAZA FILS DE COCHISE se promène mollement devant la caméra et échoue à se montrer crédible en chasseur intrépide.

La mise en scène, pour sa part, essaie de sauver les meubles mais les trop nombreux stock-shots ruinent complètement cette entreprise anémique dont seules quelques idées un peu folles justifient une vision pour les plus curieux.

Exhumé par les courageux éditeurs français d’Artus, LA FIANCEE DE LA JUNGLE est proposé dans une édition satisfaisante, l’image étant de bonne qualité pour un titre aussi rare vieux de plus d’un demi-siècle. A une version française un peu sourde, on préfèrera l’originale plus dynamique et, comme souvent avec Artus, nous avons droit à un bonus passionnant de trois quart d’heures dans lequel l’éminent Christopher Bier nous dresse l’historique des hommes singes à l’écran. A l’image des bonus des naziexploitations jadis sorties par Artus, cet entretien se révèle fort intéressant et justifie presque, à lui seul, l’achat de la galette.

En résumé, LA FIANCEE DE LA JUNGLE a tout de la curiosité destinée aux amateurs de bizarreries cinématographiques, lesquels excuseront son indigence pour se délecter de quelques séquences outrancières et de l’une ou l’autre réplique divertissante.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2010