BRUCE CONTRE ATTAQUE
Titre: Xiong Zhong / The Ninja strikes back
Réalisateur: André Koob (Bruce Le / Joseph Kong / Dick Randall)
Interprètes: Bruce Le

 

Casanova Wong
Harold Sakata
Hwang Jang Lee
Bolo Yeung
Dick Randall
Chick Norris (aka Corliss Randall)
Année: 1982
Genre: Bruceploitation / Aventures
Pays: Hong Kong / France
Editeur  
Critique:

Bruce Le, simplement crédité au générique sous le prénom générique de « Bruce », reste avec Bruce Li (alias Ho Chung Tao) le plus célèbre imitateur du véritable Bruce Lee, précocement décédé en 1973. Durant la seconde moitié des années ’70, les faux « Petits Dragons » se multiplient (avec Dragon Lee, Bruce Lea, Bruce Thai, Bronson Lee et bien d’autres) et le phénomène, appelé familièrement « bruceploitation », génère – au bas mot ! - une centaine de titres souvent lamentables.

Certains se veulent des suites des classiques de Lee (BIG BOSS 2, FIST OF FURY 2, RETURN OF THE FIST OF FURY, WAY OF THE DRAGON 2), d’autres des versions alternatives de son JEU DE LA MORT inachevé (LES 6 EPREUVES DE LA MORT, GOODBYE BRUCE LEE, TRUE GAME OF DEATH) ou encore des biographies fantaisistes et racoleuses (LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE, STORY OF THE DRAGON).

Enfin, certaines bruceploitation présente un héros identifié comme « Bruce », sorte de défenseur acharné de la veuve et de l’orphelin usant des arts martiaux pour faire régner la justice à travers des métrages comme RETURN OF BRUCE ou le BRUCE CONTRE ATTAQUE qui nous occupe aujourd’hui.

Parfait exemple de kung fu bis complètement saugrenu empruntant tous les tics et schéma narratifs possibles des véritables films de Bruce Lee pour accoucher d’un patchwork délirant, BRUCE CONTRE ATTAQUE se révèle objectivement nul mais aussi fort plaisant au second degré.

Pour prendre ses distances avec un marché saturé, Huang Kin Lung, alias Bruce Le tente, au début des années ’80, de varier les plaisirs et de rêve de s’exporter de manière internationale. L’acteur a, en 1979, fondé sa propre compagnie (Dragon Films, forcément) et réalisé le très bis CONTRAT POUR LA MORT, suivi d’un CHALLENGE OF THE TIGER, coproduit par le maître du nanar Dick Randall dans lequel Bruce Le côtoie le très « has been » Richard Harrison.

Peu après, Bruce Le rencontre André Koob, un Français dont la société, Eurogroup, s’occupe de la distribution de nombreux films d’horreur. Persuadé du potentiel commercial du kung-fu, dont il est, apparemment, devenu fan, Koob propose à Bruce Le de produire son prochain long-métrage, tout simplement intitulé BRUCE CONTRE ATTAQUE. Si Koob se prétend alors le réalisateur du « chef d’œuvre » la mise en scène est, en réalité, essentiellement assurée par Bruce Le lui-même, associé à Joseph Velasco (alias Joseph Kong), spécialiste du genre (BIG BOSS A BORNEO, LE DEFI FU NINJA, LE CRI QUI TUE).

Le coproducteur Dick Randall, grand pourvoyeur de série Z d’exploitation (EMMANUELLE A CANNES, SADIQUE A LA TRONCONNEUSE, SUPERSONIC MAN) a, probablement, également filmé quelques scènes, tout comme le « légendaire » Jean Marie Pallardy (REGLEMENT DE FEMMES A O.Q. CORAL, PRENDS MOI DE FORCE, L’ARRIERE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS, L’AMOUR CHEZ LES POIDS LOURDS,…que du bon !). Le résultat donne donc ce BRUCE CONTRE ATTAQUE rigoureusement incompréhensible mais sympathique et distrayant.

Un ancien criminel, Bruce, décide, une fois sorti de prison, de se ranger et de vivre tranquillement avec sa copine. Malheureusement, ses anciens associés dans le crime, parmi lesquels Harold Sakata et Bolo Yeung, refusent cette « démission » et lui ordonne de kidnapper une jeune femme, Sophie, fille de l’ambassadeur des Etats-Unis (joué par Dick Randall). Mais Bruce se retourne contre ses ex-partenaires et décide de sauver Sophie avec l’aide d’agents du FBI et du petit ami de sa sœur, un expert en arts martiaux, interprété par Casanova Wong.

A partir de cette intrigue prétexte qui, en outre, sombre rapidement dans un portnawak indescriptible, Bruce Le et ses copains ont concoctés un métrage rythmé et divertissant qui enchaine joyeusement les scènes de nudité gratuite et les combats vite emballés à la manière d’un sous James Bond de série Z. D’autant que les grandes vedettes du cinéma martial des années ’80, à savoir les Ninjas, sont même de la partie et disposent de super pouvoirs folkloriques pour pourrir l’existence de nos héros.

Si les artistes martiaux impliqués appartiennent à la crème du kung fu bis, les chorégraphies pataudes et la mise en scène d’un amateurisme confondant les mettent, hélas, bien peu en valeur. Toutefois, observer Hwang Jang Lee, Casanova Wong, Bolo Yeung et Bruce Le lever la patte reste un plaisir sans prétention dont on aurait tort de se priver. En dépit de sa médiocrité manifeste, BRUCE CONTRE ATTAQUE s’octroie, en effet, un casting solide et débauche deux grands spécialistes des arts martiaux, qualifiés de « super kickers » en raison de leur aptitudes à décocher des coups de pieds magistraux. Hwang Jang Lee (LE CHINOIS SE DECHAINE, SECRET RIVALS) et Casanova Wong (CHEN LE MAGNIFIQUE, LE JEU DE LA MORT 2, DUEL TO THE DEATH) viennent ainsi étaler leurs capacités physiques aux côtés de l’inévitable « brute » Bolo Yeung-Tze (OPERATION DRAGON, BLOODSPORT).

Afin d’accentuer les références à l’aventure internationale et à James Bond, BRUCE CONTRE ATTAQUE débauche également Harold Sakata, lequel reprend son rôle de Odd Job et joue du chapeau meurtrier comme au bon vieux temps de GOLDFINGER. Malade (il est décédé d’un cancer peu après le tournage), Sakata, condamné à la série Z depuis longtemps (MAKO THE JAWS OF DEATH, DEATH DIMENSION) ne quitta pas le septième art sur un chef d’œuvre. Enfin, le casting se voit complété par André Koob, Jean-Marie Paillardy et Dick Randall eux-mêmes, ce dernier accompagné de son épouse Corliss, créditée sous le pseudonyme effarant de Chick Norris.

Au rayon de la bande originale, les compositeurs ne se sont pas foulés non plus, puisqu’ils balancent essentiellement des extraits de partitions déjà existantes. N’ayant peur de rien, BRUCE CONTRE ATTAQUE recycle ainsi les thèmes musicaux des films de Bruce Lee ou de James Bond, additionné de mélopées au piano signées Richard Clayderman. Grandiose !

Généreux dans son outrance bis, BRUCE CONTRE ATTAQUE voyage de Hong Kong à Paris en passant par Rome, l’occasion pour Bruce Le et Hwang Jang Lee de décalquer, pratiquement à l’identique, le mythique combat entre Bruce Lee et Chuck Norris au cœur du Colisée. Une scène voulue sérieuse et grave, dénuée de musique et entrecoupée de répliques dramatiques (« je vais te tuer » s’époumone Hwang Jang Lee) mais rendue bien ringarde par des trucages visuels désastreux.

En effet, pour rendre hommage à un autre classique martial, THE STREETFIGHTER, les cinéastes se permettent un hallucinant effet de « cassage d’os » façon rayons X de dessins animés. Il faut le voir pour le croire ! Enfin, le passif d’une partie de l’équipe dans le cinéma érotique transparait dans une foultitude de « plans nichons » disséminés à intervalles réguliers et de manière complètement gratuite, donnant un parfum sympathique à un métrage décidément plaisant.

Aussi mauvais et débile qu’il soit, BRUCE CONTRE ATTAQUE n’en fut pas moins un succès relatif, devenu aujourd’hui un petit classique « culte » de la bruceploitation. Même si le métrage s’avère médiocre et mal fichu, sa bonne humeur, son scénario ridicule, son rythme échevélé, son exotisme de carte postale, son érotisme enfantin et ses guest-stars improbables en font un divertissement acceptable qui se suit sans le moindre ennui.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2011