LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE
Titre: Lei Siu Lung yi ngo / Bruce Lee & I /
Bruce Lee, his last days and his last nights
Sex life of Bruce Lee
Réalisateur: John Law Ma
Interprètes: Betty Ting

 

Danny lee
James Nam
Corey Yuen
Li Chiao
Tony Liu
Alan Tsui
Année: 1976
Genre: Kung Fu / Bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Cette coproduction entre la Shaw Brothers et la starlette Betty Ting, chez qui Bruce Lee trouva effectivement la mort, est censée nous révéler ce qui est réellement arrivé à la star du kung-fu lors de ces derniers jours. Mais la bonne volonté s’efface rapidement au profit d’une œuvre d’exploitation grotesque et donc divertissante pour peu que l’on accepte les postulats de base stupides d’un métrage très loin d’un authentique « biopic ».

Betty Ting, dernière supposée maîtresse de Bruce Lee, accusée d’avoir causé son décès, nous raconte les dernières semaines du Petit Dragon à travers le prisme déformant de son regard. Et, histoire de pousser le bouchon du mélodrame et de provoquer quelques épanchements lacrymaux dans les salles de cinéma, Betty Ting se la joue pauvre victime innocente jetée en pâture à des producteurs sans scrupules qui lui demande de se déshabiller et d’exhiber ses seins à la place des vedettes des studios. On en viendrait vite à la plaindre même si chacun sait, aujourd’hui, que toute cette biographie fantasmée est purement mensongère et qu’il n’a sans doute pas fallu beaucoup forcer la demoiselle pour qu’elle participer à des oeuvrettes sexy.

Si le personnage de Betty tel que LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE nous la présente s’avère purement fantaisiste, que dire de Bruce Lee lui-même ? Présenté comme un mégalomane narcissique, obsédé par son image et sa condition physique, s’entraînant dans une salle de sport privée tapissée de ses propres posters géants, le Petite Dragon est décrit comme détestant les Occidentaux et passe son temps à « se la jouer », ou à se battre avec quiconque l’ennuie. Parfois, il organise des combats d’oreillers avec Betty, saute sur le lit au ralenti, lui fait l’amour, se bourre la gueule et fume des joints. Mais Bruce aime Betty, au point de tenter de l’imposer comme la star de son prochain film et de la protéger contre tous les méchants pas beaux et envieux qui la prennent pour une pute et ne voient pas qu’elle est une grande actrice. C’est beau !

John Law Ma, par la suite réalisateur de trois solides kung fu nerveux pour la Shaw (BOXER FROM THE TEMPLE, MONKEY KUNG FU et surtout le bien nommé FIVE SUPERFIGHTERS), ne cherche même pas à relever le niveau, pourtant bien bas, par des combats nombreux. On ne compte en effet qu’une petite poignée d’affrontements desquels on retiendra la reconstitution très approximative de célèbre attaque du dojo de LA FUREUR DE VAINCRE et un long combat contre des petits voyous importunant la star. Les séquences fantaisistes de l’acteur dans le milieu du cinéma sont, d’ailleurs, aussi ridicules qu’amusantes au second degré.

LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE n’est donc pas un bon film, ni même une bruceploitation sympathique (contrairement aux plus respectueux LA VENGEANCE AUX POINGS D’ACIER ou LE DEFI DE LA GRANDE MURAILLE) mais il possède un certain charme. Les admirateurs du Petit Dragon risquent de s’étrangler de fureur mais le métrage de Law Ma demeure bizarrement divertissant en dépit de ses flagrantes libertés et inexactitudes, sans parler d’honteux travestissements de la réalité.

Quoique complètement raté et totalement farfelu, cet étrange mélange de kung fu, de drame poignant, de romance tragique et d’érotisme niais se révèle, finalement, plutôt agréable à suivre. La musique et les chansons, très sirupeuses, ajoutent à l’atmosphère nostalgique typique des seventies et, en définitive, LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE mérite une petite vision distraite, ne serait-ce que par curiosité.

Sans doute conscient de l’aspect racoleur de l’entreprise, le scénariste offre une dernière réplique révélatrice à un tenancier de bistrot s’adressant à une poignée de fans de Bruce Lee (et par la même occasion aux spectateurs) : « Si vous aimez et vénérez vraiment Bruce Lee comment pouvez-vous le caricaturer ainsi ». John Law Ma a, au moins, le mérite d’une certaine honnêteté après 90 minutes proches de la diffamation pure et simple.

Pour peu que l’on sache à quoi s’attendre il y a pourtant moyen de passer un relatif bon moment devant ce gros nanar aussi antipathique vis à vis de la légende de Bruce Lee que plaisant à savourer au second degré.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011