BIG BOSS A BORNEO
Titre: Bruce Lee In New Guinea
Réalisateur: Joseph Kong
Interprètes: Bruce Li

 

Dana
Chan Sing
Larry Lee
Bolo Yeung
Lau Kar Yung
San Kuai
Année: 1978
Genre: Kung Fu / Bruceploitation / Fantastique
Pays: Hong Kong
Editeur Bach Films
Critique:

BIG BOSS A BORNEO annonce immédiatement la couleur de part son titre hallucinant de bêtise (la version originale s’avère d’ailleurs tout aussi hilarante : « Bruce Lee In New Guinea ») : une pure série Z kung-fu comme il en pullulait à la fin des seventies. Les nombreux successeurs de Bruce Lee se bousculaient alors aux portillons de la gloire et Bruce Li (alias Ho Chung Tao) était sans doute le plus célèbre et le plus doué, devant Bruce Le et Dragon Lee. Ce courant, dénommé « bruceploitation » par les amateurs, donna bien sûr beaucoup plus de daubes que de chefs d’œuvres, ou même de films simplement corrects, mais a gardé ses fans, lesquels apprécient les efforts souvent pathétiques des imitateurs de Bruce Lee, bien moins doués que lui cela va sans dire.

Sans doute fatigué de copier le Petit Dragon dans des métrages comme GOODBYE BRUCE LEE ou FIST OF FURY 2, Bruce Li participe à un gros délire très sérial mélangeant aventures exotiques, arts martiaux et fantastique, saupoudré d’une pincée d’horreur et d’un doigt (bien placé) d’érotisme. Si le film mérite totalement le qualificatif de nanar il n’est pourtant jamais ennuyeux, bien au contraire! Le scénario multiplie les rebondissements idiots, les envoutements stupides et autres twists pour maintenir l'intérêt et, incroyablement, la recette fonctionne, à condition évidemment de ne pas se monter trop exigeant.

Un anthropologue nommé Kwong Man Lee (ou parfois, plus simplement… Bruce Lee !) est agressé en pleine rue par une bande de racailles. Bien sûr, les petites frappes ne font pas long feu face à la puissance martiale de Lee, bientôt rejoint par un de ses potes qui lui propose de se rendre sur une île dominée par le Culte du Serpent. Les deux amis, escortés par deux guides rigolards, partent sur la fameuse île et, à peine arrivé, Lee tente de sauver une jeune fille poursuivie par des affreux. Malgré l’intervention de Lee, la demoiselle est assassinée par un dard empoisonné. « Mais pourquoi sont ils aussi méchant ? » se demande l’un des guides et accessoirement le spectateur, à quoi notre licencié en anthropologie répond « ce sont des primitifs ignorants ».

Bref, Lee constate que la Secte du Serpent est à présent aux mains du méchant prêtre Sale Con (pardon San Kon… ou quelque chose d’approchant) de la Secte du Démon. Ce dernier a réduit en esclavage la population insulaire, y compris la belle princesse An Ka Wa. Notre valeureux anthropologue décide alors de rendre la justice et de restaurer le bon droit mais le Prêtre maîtrise la redoutable technique du serpent et s’avère un adversaire coriace. Néanmoins, Lee trouve accueillant les bras (et le reste) de la princesse An Ka Wa et emporté par son enthousiasme ne prend pas le temps d’enfiler une capote. Ce qui devait arriver… arrive !

Voilà Bruce Lee papa (va-t-on appeler le bébé Brandon ? L’histoire ne le dit pas) ce qui n’est pas au goût de San Kon, lequel lance un sort sur la descendance de notre héros. Pour sauver le petit, Lee va devoir tout d’abord trouver une perle magique convoitée par des aventuriers sans scrupules (ils le sont tous… sauf Indy, bien sûr) et ensuite s’entrainer pendant des mois afin de défaire le grand prêtre de la Secte du Démon.

L’intrigue de BIG BOSS A BORNEO s’avère, avouons le, totalement débile mais qu'importe, les rebondissements sont nombreux et les péripéties exotiques changent agréablement des décalques miteux de LA FUREUR DE VAINCRE constituant la majorité des « bruceploitation »! La version française, calamiteuse, ajoute au charme du film et offre quelques répliques anthologiques. Il faut avoir vu, par exemple, un de nos héros, canardé par les affreux depuis une minute, se tourner vers la caméra et déclarer très sérieusement "je crois qu'ils sont armés" pour mesurer la dimension surréaliste du métrage.

De plus, de nombreux passages du scénario ne servent strictement à rien (par exemple le personnage de la cousine de Lee apparaît au détour d’une scène pour disparaître ensuite sans influer sur l’histoire), à part meubler pour permettre au film d'atteindre la durée réglementaire. N'oublions pas, également, la présence de séquences définitivement « nanar » comme ce gorille dressé (un figurant en costume miteux) multipliant les poses combatives pour chasser les méchants! On connaissait déjà la technique du singe, utilisée dans de nombreux kung fu (en particulier l’excellent MAD MONKEY KUNG FU) mais la vision d’un authentique anthropoïde adepte des arts martiaux laisse songeur. Bref, c'est ultra-Z mais également jouissif au second degré!

Bien sûr, la mise en scène du spécialiste Joseph Kong (BRUCE CONTRE ATTAQUE, LE DEFI DU NINJA, CLONES OF BRUCE LEE) vole au ras des pâquerettes mais nul n’espérait la moindre application pour un tel produit de seconde zone. Heureusement, les combats sont nombreux et, au bout de trente secondes de projection, Bruce Li, en plein jogging, met une trempe à une bande de voleurs de rue. Ensuite, ça n'arrête plus et tout le monde se castagne à la moindre occasion, pour un oui ou pour un non (« je te préviens »… « moi aussi je te préviens »…et hop, baston !) et avec conviction. Des combats nerveux, rapides, violents pour rire et efficaces en dépit de chorégraphies rudimentaires.

On repère tout de même le méchant attitré de dizaines de kung fu, le musculeux Bolo Yeung, vu dans OPERATION DRAGON, BLOODSPORT, LE FLIC DE HONG KONG, etc. Un soupçon de nudité et une musique puisant à droite et à gauche, en particuliers dans le funk et les bandes originales de Western spaghetti, ajoutent encore aux charmes de ce divertissant BIG BOSS A BORNEO. Les costumes, pour leur part, se révèlent risibles, en particulier ceux du Grand Maître avec son masque de crâne sans doute récupéré après les soldes d'Halloween. La mignonne Dana, une actrice méconnue spécialisée dans l'exploitation (CAMP D’AMOUR POUR CHIENS JAUNES, GOLGO 13, LA FUREUR DU KUNG FU), n'est guère mieux lotie avec sa minirobe ridicule et ses bottes à haut talons peu pratiques pour courir dans la jungle! Mais le pompon du ringard revient aux effets spéciaux carrément calamiteux, en particuliers ceux censés illustrer l'envoutement d'un bébé.

Pourtant, malgré ses innombrables défauts, BIG BOSS A BORNEO reste sympathique. Si l’ensemble est médiocre, certaines répliques et situations arrachent sans problème un sourire au spectateur conciliant. Les soirs de grandes fatigue intellectuelle le métrage reste une valeur sûre dans le domaine du nanar sympathique et un bon moment assuré, à condition de pouvoir apprécier à sa juste valeur ce pop-corn movie délicieusement ringard.

 

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011