BRUCE LEE L'INVINCIBLE
Titre: Bruce Lee The Invincible / Game of the Dragon
Nan yang tang ren jie / Karatéka l'invincible
Réalisateur: Chi Lo
Interprètes: Bruce Li

 

Michael Chan
Chen Sing
Mars
Alan Chan
Eric Tsang
 
Année: 1978
Genre: Kung Fu / "Bruceploitation"
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Petite série Z kung fu opportuniste, BRUCE LEE L’INVINCIBLE ne met, évidemment, pas en scène Bruce Lee mais bien son imitateur le plus populaire, le sympathique Bruce Li. Exploitation oblige, le métrage n’a, de toutes manières, pas le moindre lien avec le Petit Dragon, aussi ténu soit il. Aucun personnage ne se nomme Bruce Lee (ni même Bruce !) et les clichés habituels de la « bruceploitation » (survêtement de jogging jaune, cri qui tue et autres grimaces) répondent aux abonnés absents, ne laissant au spectateur qu’un très classique kung fu movie fauché et ringard.

Le seul passage reprenant les codes des « faux Bruce Lee » réside dans un final gentiment hargneux au cours duquel notre héros use d’un nunchaku en poussant quelques cris aigus caractéristiques. Pauvre mais les fans de bruceploitation devront s’en contenter. Heureusement, BRUCE LEE L’INVINCIBLE dispose de suffisamment d’atouts bis pour divertir un public complice et indulgent.

L’intrigue reste, cependant, simple et pas franchement passionnante : un méchant, après sa défaite face à deux maîtres des arts martiaux, part vivre en Malaisie. Malheureusement, notre brigand y poursuit une existence vouée au crime, kidnappant la cousine d’un étudiant en kung fu afin de la forcer à l’épouser. Apprenant cela, le Sifu, aidé de Bruce Li, voyage en Malaisie, décidé à stopper le vilain personnage et ses sbires. Si BRUCE LEE L’INVINCIBLE s’apparente à un très routinier kung fu sans imagination multipliant les combats à mains nues dans une prairie il n’hésite pas, heureusement, à verser dans l’outrance. Le film parvient ainsi, grâce à quelques scènes délirantes, à éviter de sombrer dans l’ennui en proposant quelques moments stupides qui rendent l’ensemble distrayant à souhait.

On note, tout d’abord, la présence, dans les jungles de Malaisie, de très curieuses tribus d’indigènes affublés de short de sports et de bandeaux sur le front. Néanmoins, ces primitifs ne peuvent concurrencer l’apparition incongrue de deux gorilles de combats au service des méchants. Des grands singes que l’on ne verra d’ailleurs jamais dans le même plan afin de rogner sur le budget en utilisant un seul costume. Celui-ci s’avère bien miteux et l’anthropoïde manque cruellement d’expression mais le figurant, qu’on imagine suant sous la combinaison poilue, effectue de belles acrobaties et se démène à combattre nos héros. Hélas, les primates ne font pas le poids face à la puissance martiale de nos combattants. Le premier gorille meurt donc les yeux expulsés hors de ses orbites sanglantes (de jolies balles de ping pong) et le second s’écroule, le crane fracassé, après une petite danse d’agonie assez pitoyable. Irrésistible au second degré.

Une autre idée déjantée réside dans la transformation du grand maître, lequel altère son visage pour dissimuler son identité à la manière de MISSION : IMPOSSIBLE. Une sage précaution vu sa célébrité dans le monde des arts martiaux. Après son changement de tête notre Sifu déguisé est incarné par Mars, le fameux second rôle de moult productions martiales, entre autre avec Jackie Chan.

Pour rester dans les séquences semblant tomber comme un cheveu sur la soupe, L’INVINCIBLE BRUCE LEE retrace, au cours d’un flashback didactique, la vie trépidante du brave combattant ayant inventé, après avoir observé la nature, les techniques du serpent, du tigre et du dragon. Sans doute encore insatisfait, il part ensuite enseigner aux moines de Shaolin et y développe le redoutable « Shaolin Fist ». Beaucoup pour un seul homme mais on est un véritable héros ou on ne l’est pas ! Enfin, un autre passage divertissant intervient lorsque la cousine kidnappée échoue dans une sorte de maison close où la « Madame » lui enseigne sévèrement les bonnes manières et l’obéissance. Involontairement drôle !

Même si ils peuvent dissuader les puristes du cinéma martial de tenter l’aventure, tous ces moments ringards et « nanar » permettent, par contre, aux fins gourmets de suivre L’INVINCIBLE BRUCE LEE avec un vrai plaisir déviant. Le film échappe ainsi à la banalité des milliers de kung fu au budget famélique sorti au cours des seventies pour tutoyer les plus distrayantes bandes d’exploitation martiales que sont, par exemple, CLONES OF BRUCE LEE, LE BRAS ARME DE WANG YU CONTRE LA GUILLOTINE VOLANTE ou KUNG FU CONTRE YOGA.

Bien évidemment, la mise en scène de L’INVINCIBLE BRUCE LEE se révèle d’une grande pauvreté et désamorce l’impact des combats, lesquels sont toutefois suffisamment nombreux pour maintenir l’attention. Les chorégraphies, quoique sommaires, s’avèrent, pour leur part, correctes et suffisamment nerveuses pour satisfaire les aficionados.

L’interprétation, de son côté, manque cruellement de conviction et le doublage calamiteux n’arrange guère la situation, particulièrement lors des séquences dramatiques (l’enlèvement de l’héroïne, par exemple) qui témoigne du jeu affligeant des acteurs. Seul Bruce Li tire honorablement son épingle du jeu et, même si beaucoup lui ont reproché un manque de charisme, il possède indéniablement une réelle présence, en particuliers lors des scènes de combats dans lesquelles il démontre d’appréciables qualités physiques.

En résumé, L’INVINCIBLE BRUCE LEE n’est surement pas un grand film mais, en dépit de sa médiocrité, la présence d’une poignée d’éléments farfelus rapproche le résultat final non d’un pénible navet mais, plutôt, d’un plaisant nanar. Le résultat intéressera sans doute les allumés s’étant précédemment délecté du similaire, mais plus « réussi » et délirant BIG BOSS A BORNEO.

A réserver toutefois à un public sachant à quoi s’attendre.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011