LA VIE FANTASTIQUE DE BRUCE LEE
Titre: Bruce Leen The Man The Myth /
Li Xiao Long zhuan qi / Bruce Lee True Story
Réalisateur: Ng See-yuen
Interprètes: Bruce Li

 

David Chow
Carl Scott
Unicorn Chan
Chang Kuei
Alan Tsui
Chi-Min Chin
Année: 1976
Genre: Bruceploitation / Kung fu
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

BRUCE LEE THE MAN THE MYTH est un des premiers exemples de biographies fantaisistes consacrées à Bruce Lee, une sous-catégorie dans le registre souvent peu glorieux de la Bruceploitation. Comme souvent, pour ne pas dire toujours, ce style de « biopic » se fiche totalement de la vérité historique et ne fait aucun effort pour coller aux événements authentiques. Les familiers de la vie du Petit Dragon seront sans doute atterré des libertés prises mais Ng See Yuen, cinéaste bien connu des amateurs de kung fu rentre dedans (SECRET RIVALS, INVINCIBLE ARMOUR), préfère offrir un spectacle de pure exploitation riche en séquences d’action qu’une biographie authentique. Le résultat s’avère, par conséquent, agréable à suivre pour les amateurs de cinéma bis nerveux peu regardant sur la véracité.

Ng See Yuen a investi une somme d’argent conséquente dans le métrage et multiplie les lieux de tournage partout dans le monde, de Seattle à Hong Kong en passant par Rome, Bangkok, Long Beach et San Francisco. Si nous sommes loin d’une superproduction, le tout se révèle plus fortuné que les pathétiques imitations de LA FUREUR DE VAINCRE tournées dans une prairie.

Au niveau martial, BRUCE LEE THE MAN THE MYTH assure un niveau correct et présente différents styles, le Jeet Kune Do (popularisé par Bruce Lee) devant alternativement défaire le karaté japonais, le kung Fu traditionnel, le kickboxing thaïlandais ou le « combat de rue ». Avec BRUCE LEE THE MAN THE MYTH, nous suivons en effet Bruce Lee à différentes étapes (majoritairement fantasmées ou largement traficotées) de sa carrière : ses débuts, son envol pour les USA, son retour à Hong Kong, son détour par la Thaïlande puis par Rome. Que fait l’acteur à ces différents endroits ? Il prépare des films, effectue des repérages ou tourne une séquence de combat lui permettant de démontrer l’excellence de son art.

Sur cette base réelle, Ng See Yuen brode une intrigue essentiellement composée de rencontres dégénérant en bastons énergiques. En effet, partout dans le monde, Bruce Lee croise le chemin de gangsters qui désirent le combattre et de maîtres des arts martiaux qui souhaitent le défier pour prouver la supériorité de leur technique martiale. Parfois, Lee rencontre de petites frappes qui lui veulent du mal, pour le plaisir, car ce sont des méchants et que les méchants font de mauvaises choses. Ces passages, certes répétitifs, sont distrayants et permettent une grosse quantité de combats martiaux sympathiques en dépit de chorégraphies rudimentaires et d’adversaires pas toujours au top niveau.

Le personnage de Bruce Lee, pour sa part, ne bénéficie d’aucun développement et existe uniquement en tant qu’artiste martial, s’entraînant quotidiennement pour botter le cul d’un nombre incalculable d’adversaire. Sa vie de famille est quasiment ignorée, sa supposée liaison extraconjugale laissée de côtés, ses problèmes de santé à peine évoqués. Bref, niveau intrigue, BRUCE LEE THE MAN THE MYTH se distingue par sa platitude et se termine logiquement par la mort de l’acteur dans l’appartement de Betty Ting.

Pour ne pas terminer le métrage sur cette note déprimante, Ng See-yuen présente dans les dernières minutes deux rumeurs populaires. La première veut que le Petit Dragon ait en réalité été victime d’un gang, la seconde prétend qu’il a simulé sa mort avant de se retirer du monde pour méditer loin de la foule déchainée et de la célébrité. Le métrage se clôt par conséquent sur les images d’un Bruce Lee annonçant son retour, attendu pour 1983…un peu raté comme prédiction.

Si on accepte les nombreux travestissements de la réalité, BRUCE LEE THE MAN THE MYTH se révèle plaisant et agréablement rythmé. Le comique involontaire ne manque pas, lui non plus, comme en témoigne la salle d’entraînement farfelue de Bruce Lee, équipée d’un équipement électrique saugrenu. L’acteur s’y livre à des exercices intensifs relevant davantage du masochisme que du développement physique.

Dans le rôle titre, Bruce Li (alias Ho Chung Tao) se laisse aller à une imitation pure et simple de tous les tics popularisé par le Petit Dragon. En dépit de capacités martiales limitées et d’un charisme discutable (ne parlons même pas de son talent d’acteur), Bruce Li s’impose néanmoins comme un des imitateurs les plus efficaces et « respectueux » du Maître.

Enfin, la musique, comme dans la plupart des productions hongkongaises de cette époque, puise à droite et à gauche, piochant dans le catalogue du jazz et du funk sans oublier des emprunts à James Bond. Bref, encore une fois, du grand n’importe quoi mais un ensemble agréable aux oreilles.

Même si les producteurs n’ont guère respecté la vie de Bruce Lee et se sont permis de nombreuses inexactitudes et facilités, BRUCE LEE THE MAN THE MYTH s’avère divertissant et saura contenter les amateurs de « bruceploitations ». La vie quotidienne de Lee, ses convictions et sa philosophie personnelle sont totalement occultés par Ng See-yuen mais les combats, au-dessus de la moyenne, occupent une large part du temps de projection et maintiennent l’intérêt du spectateur.

Sans doute le meilleur « biopics » consacré à Bruce Lee durant les seventies même si, évidemment, BRUCE LEE THE MAN THE MYTH ne prétend pas être un chef d’œuvre, loin de là !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011