BRUTAL RIVER
Titre: Khoht phetchakhaat
Réalisateur: Anat Yuangngern
Interprètes: Chartchai Ngamsan

 

Jirapat Wongpaisarn
Worapod Cha'am
Lukana Lisani
 
 
 
Année: 2005
Genre: Aventures / Horreur
Pays: Thailande
Editeur  
Critique:

Le cinéma d’épouvante à base d’animaux de belle taille aimant dévorer d’imprudents vacanciers a connu une belle popularité à la sortie du chef d’œuvre LES DENTS DE LA MER, engendrant de nombreux décalques partout dans le monde. L’Italie et l’Australie se jetèrent dans la mêlée mais l’Asie ne fut pas non plus en reste. La Thaïlande, par exemple, possède une longue tradition de métrages mettant en scène d’énormes crocodiles attaquant de pauvres villageois terrorisés.

L’un des premiers, CROCODILE, tourné en 1978, fut ainsi suivi de la très Z coproduction américano-thaïlandaise LES MACHOIRES DE LA MORT confectionnée en 1981 par le redoutable Dick Randall (CLONES OF BRUCE LEE). Au cours des années suivantes, la Thaïlande produisit encore une demi-douzaine de titres à base de reptiles géants, dont plusieurs adaptations d’une fameuse légende locale, celle du KRAI THONG. L’arrivée de ce BRUTAL RIVER en 2005 relança ce petit sous-genre en illustrant une intrigue très classique d’une épuisante linéarité.

Dans un petit village thaï, en 1964, un pécheur disparaît. Les recherches permettent rapidement de découvrir son bateau mis en pièces et une rumeur commence à courir : la victime serait tombée sous les crocs d’un crocodile gigantesque. Tandis que les attaques se multiplient, les villageois s’organisent pour tenter de mettre un terme aux exactions du monstrueux animal mais celui-ci échappe à tous les pièges tendus pour le supprimer.

Sur le papier, aussi conventionnelle que puisse paraître cette intrigue, BRUTAL RIVER semble intéressant pour les amateurs de ce genre de métrage, ne serait ce que par le cadre exotique où se déroule l’action. Hélas, le résultat à l’écran peine vraiment à passionner et l’ennuie pointe souvent son nez durant les petites 85 minutes de projection. La mise en place, tout d’abord, s’avère bien longue et s’apparente à un guide touristique de la Thaïlande, pays où il fait bon vivre et où chacun est heureux. Du moins au milieu des années ’60, une époque plus tranquille et plus simple où les villageois pouvaient subsister pratiquement en autarcie, vivant de leur pèche et se contentant de flirter chastement à l’écart du monde moderne. La présentation des personnages se déroule donc sur fond d’images paradisiaques et laisse la part belle aux intermèdes romantiques niais abusant des ralentis et des arrêts sur images peu esthétique.

La musique, pour sa part, se met au diapason mais n’oublie pas de sortir la grosse artillerie en soulignant chaque scène de suspense par un effet sonore angoissant tellement outré qu’il produit, paradoxalement, l’effet inverse et provoque plus de rires que de frissons. Chaque réplique un tant soit peu importantes pour l’intrigue est ainsi lourdement suivie d’une petite phrase musicale assez outrée et ridicule. Les passages orientés vers le film d’aventures recyclent, eux, la plupart des clichés déjà entendus trop souvent dans le cinéma américain et les mélodies « épiques » semblent tout droit sorties d’un blockbuster des années 80. Bref, rien de folichon à se mettre entre les oreilles.

Une fois les premières attaques survenues et la certitude qu’il s’agit bien d’un crocodile gigantesque, les autorités locales prennent la situation en main : la région vivant essentiellement de la pèche et du tourisme, la présence dans les eaux d’une bestiole de cette taille demande une intervention énergique. La police traque donc le monstre et, dans le même temps, la veuve de la première victime promet une grosse somme d’argent à quiconque lui rapportera de quoi se confectionner un sac. Les villageois, très excités, partent évidemment à la chasse et, bien sûr, autant de personnes sur les eaux de la rivière entrainent davantage de mort. Le cinéaste illustre donc une série d’agressions plus ou moins spectaculaires, lesquelles sont heureusement suffisamment nombreuses pour maintenir un minimum l’intérêt. Hélas, la mise en scène se révèle d’une complète platitude et le montage, effectué en dépit du bon sens, rend l’action peu lisible. L’abondance de fondus au noir pour conclure chaque scène rend en outre BRUTAL RIVER assez maladroit. Une impression d’inachevé et de bâclage encore accentuée par des effets spéciaux souvent peu convaincants. Soulignons toutefois que la bestiole n’a pas trop à rougir devant la concurrence américaine représentée par les productions dans le style du diptyque CROCODILE. Les effets gore, eux, brillent par leur absence, à l’exception d’une brève amputation des jambes d’un baigneur.

L’intervention d’un sorcier destiné à conjurer le monstre et quelques références aux légendes et coutumes locales confèrent toutefois un minimum d’originalité à ce film qui peut se reposer sur des décors naturels de toute beauté souvent excellemment photographié. Certes, ces rares qualités ne parviennent pas à sauver ce BRUTAL RIVER fort paresseux mais cela permet néanmoins de suivre le métrage jusque son terme sans abuser de l’avance rapide de sa télécommande. Ce n’est pas grand-chose mais il faudra s’en contenter.

Dans la masse des « creature features » sorti au cours des années 2000 suite à la démocratisation des images de synthèse, BRUTAL RIVER se situe dans la moyenne inférieure mais se laisse néanmoins regarder d’un œil distrait. Le cinéaste se contente d’empiler les clichés et ne cherche aucunement à innover mais la beauté exotique du cadre naturel change agréablement des petites bourgades américaines habituellement vues dans ce style de produit.

A réserver toutefois aux inconditionnels du genre.

Fred Pizzoferrato - Mars 2010