FUREUR SAUVAGE
Titre: Brutes and savages
Réalisateur: Arthur Davis
Interprètes: Richard Johnson (Narrateur)

 

Arthur Davis
 
 
 
 
 
Année: 1978
Genre: Mondo
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Fasciné par les civilisations brutales et sauvages, l’explorateur Arthur Davis nous convie à le suivre au cœur de l’Amérique latine afin d’y découvrir les rites étranges des indigènes. Une version plus longue d’environ quinze minutes (surnommée « The Uncivilized Edition » et éditée en dvd par Synapse) débute toutefois en Afrique et propose un montage différent. Nous chroniquons ici la version française d’une durée de 86 minutes.

Le voyage au cœur des peuplades primitives débute par une très longue séquence au cours de laquelle une jeune vierge doit sacrifier un lama à une divinité solaire. Immédiatement, la mauvaise foi et le sensationnalisme transparaissent dans les commentaires qui précisent : « avant le christianisme, c’est elle qui aurait été immolée ».

Ensuite, nous découvrons une cérémonie de mariage au cours de laquelle les nouveaux époux tuent une tortue sacrée afin de s’attirer les faveurs des dieux. La caméra suit les mariés jusque dans la couche nuptiale où ils passent leur nuit de noce façon « film érotique du dimanche soir », musique disco funky comprise.

Le segment suivant laisse la part belle à la cruauté animale et se limite à une série d’attaques : oiseau de proie, serpent, rongeur, crocodile,…la jungle ne pardonne pas et FUREUR SAUVAGE illustre la chaine alimentaire dans toute sa brutalité. Le long-métrage s’offre ensuite un détour par les bidonvilles où les miséreux espèrent que leurs enfants soient filmés afin, nous explique le narrateur, qu’ils soient maudits et meurent…une manière de restreindre le nombre de bouches à nourrir. Le commentaire, une nouvelle fois, se révèle involontairement drôle par son hyperbolisme ridicule : « Nous avons quitté cet endroit déprimé et l’avons renommé…le village de la mort ».

Au second degré, les commentaires pseudo-informatifs et surtout éminemment racistes du narrateur (Richard Johnson dans la version originale) sont, en tout cas, très drôles : « ce sont des sauvages, des primitifs, ils ne connaissent rien à la civilisation, ils ne connaissent que la souffrance physique, toute souffrance morale leur est étrangère ». Un peu plus tard, pour qualifier les paysannes qui cueillent les feuilles de coca, le commentateur dira que « les seules fonctions de ces femmes sont de faire l’amour et de travailler ». Féminisme et mondo sont des mots qui, décidément, vont très mal ensemble.

Toujours dans un souci de sensationnalisme, la narration insiste sur le caractère inédit des images proposées, jamais captées précédemment. Les pénibles conditions de tournages sont également soulignées et Arthur Davis aurait, parait-il, frôlé la mort à plusieurs reprises pour rapporter ces étonnantes séquences, souvent filmées en caméra cachée, prétend le conteur. Difficile, voire impossible à croire : les angles et mouvements de caméra utilisés trahissent immédiatement la supercherie, tout comme les figurants peinturlurés qui se demandent manifestement ce qu’ils font là. Selon certaines rumeurs, l’équipe n’aurait d’ailleurs jamais mis les pieds en Afrique mais aurait essentiellement tourné en Floride, où la plupart des séquences furent reconstituées, notamment la célèbre attaque de crocodile.

Vantée par une publicité putassière (« see a man actually eaten alive by a giant crocodile »), la scène dépeint la traversée d’une rivière par quelques adolescents devant prouver leur virilité en accomplissant cet exploit. Combinant stock-shots et utilisation d’un saurien en carton-pâte (un effet spécial absolument ridicule !), ce passage, supposé être le point d’orgue du métrage, sombre dans l’absurde en dépit des rappels constants du narrateur concernant la dangerosité des crocodiles.

Voulant se parer de considérations sociologiques, FUREUR SAUVAGE traite ensuite du trafic de la cocaïne en Bolivie et insiste lourdement sur la misère des cultivateurs, exploités par des gangs sans scrupules, et sur les ravages de cette drogue qui va « intoxiquer les cités ». La dernière demi-heure de FUREUR SAUVAGE comprend une opération chirurgicale effectuée sur un indigène blessé lors de la reconstitution rituelle d’une guerre oubliée. Probablement d’autres stock-shots intégrés dans le « récit ».

Enfin, nous visitons un musée de l’érotisme où sont exposée de nombreuses statuettes représentées en train d’accomplir divers actes sexuels comme une fellation ou – horreur ! – une sodomie. En dépit du caractère inoffensif de ce segment, le narrateur affirme à nouveau qu’il s’agit d’images volées et s’excuse de leur mauvaise qualité…en réalité rien ne discerne, à ce niveau, cette séquence des précédentes.

Une immonde attaque d’un jaguar blessé par trois crocodiles (encore eux !) nous rappelle combien la jungle est cruelle…surtout lorsque les cinéastes s’en mêlent puisque la scène a probablement été arrangée.

Contrairement à MONDO CANE ou ADIEU AFRIQUE, le cinéaste (hum !) n’accomplit ici aucun effort pour rendre son voyage intéressant : dénué de rythme ou de progression, les vignettes proposées semblent assemblées au petit bonheur la chance, sans la moindre volonté de délivrer un « message » et dans le seul but de choquer ou titiller le spectateur.

Le film alterne ainsi des scènes vomitives d’animaux massacré et d’anodines images de cartes postales, en passant par des visites touristiques et d’absurdes saynètes « sexy » (in)dignes d’un long-métrage érotique des seventies. L’ensemble est, bien sûr, émaillé de stock-shot divers et de passages tirés de documentaires afin de lui conférer un minimum d’authenticité. Sans grand succès...

Bercé par une excellente partition funky de Riz Ortolani, FUREUR SAUVAGE constitue un mondo particulièrement trafiqué et malhonnête, ce qui, paradoxalement, le rend plaisant à suivre pour les amateurs de cinéma d’exploitation à tendance « nanar ».

En effet, toutes les scènes semblent truquées, reconstituées ou, en tout cas, détournées par l’usage de commentaires tendancieux dont les affirmations péremptoires restent toujours sujettes à caution.

Le mélange de cérémonies primitives anodines, de cruautés animales gratuites, de pseudo érotisme « Tahiti douche », d’exotisme de pacotille, de considération sociologiques et de séquences chocs maladroitement assemblées rend, au final, FUREUR SAUVAGE complètement inoffensif et divertissant au second degré. Du moins pour les spectateurs bien disposés.

Cette chronique a été originellement publiée dans Medusa 24

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2014