BUDDHA's PALM
Titre: Ru lai shen zhang
Réalisateur: Taylor Wong
Interprètes: Derek Yee

 

Alex Man
Candice Yu
Lo Lieh
Kara Hui
 
 
Année: 1982
Genre: Fantasy / Kung Fu / Shaw Brothers
Pays: Hong Kong
Editeur CTV
Critique:

CTV a sûrement pris un gros risque commercial en éditant ce métrage psychotronique datant de la fin de l'âge d'or de la Shaw Brothers. Quoique vénéré par une poignée de spectateurs lui vouant une sorte de culte décadent, BUDDHA's PALM risque bien de décontenancer, voire rebuter, le public avide d’un cinéma kung fu plus traditionnel ou "normal".

Le métrage, remake d'un vieux classique du Wu Xia Pian, s’inscrit complètement dans un style outrancier, câblé et déjanté en usant de nombreux effets spéciaux. Spéciaux est d'ailleurs le terme qui convient, même si antédiluvien pourrait également s'appliquer à ces éclairs dessinés sur la pellicule ou ces monstres en carton pâte qui paraitraient sans doute davantage à leur place dans une compétition de danse du dragon que dans une œuvre de fantasy voulue spectaculaire. L'ensemble apparaît donc terriblement kitsch mais, surtout, dénué de charme, avec ses emprunts grossiers comme ce sabre laser incongru qui rappelle que STAR WARS venait alors de triompher un peu partout dans le monde.

L'intrigue, simple en apparence, développe une très classique quête typique de la fantasy mais les développements trop rapides de l'action et le manque de caractérisation manifeste des personnages transforment le tout en roman en gare ou en scénario de jeu de rôle hâtivement écrit. L'humour bien lourd et souvent inefficace ne sauve pas les meubles mais reconnaissons à l'ensemble un certain potentiel divertissant pour les inconditionnels du nanar bis gouleyant et mené à cent à l'heure. Nous suivons donc un moine de la dynastie Sung, Rulia Tianzun, qui après sept années de méditation dans la caverne aux milles Bouddhas, a développé une redoutable technique appelée la « Paume de Bouddha ».

 

Après sa mort, son disciple, Gu Hanhun (joué par Alex Man, vu ensuite, entre autre, dans les très divertissants BASTARD SWORDSMAN et RETURN OF THE BASTARD SWORDSMAN, ainsi que dans les passables HIDDEN POWER OF DRAGON SABRE et NEW TALES OF THE FLYING FOX) soupçonne différents personnages du monde des arts martiaux d’avoir assassiné son maître. Hanhun décide donc de le venger…20 ans plus tard le guerrier défiguré Jianfei (Derek Yee, figure familière du Wu Xia devenu dans les années 90 et 2000 un cinéaste réputé via VIVA EROTICA, ONE NIGHT IN MONGKOK ou SHINJUKU INCIDENT) tente d’empêcher son grand amour Ming-ying (la belle Candice Yu, vu dans DEATH DUEL et le décevant dyptique HEAVEN SWORD AND DRAGON SABRE) d’épouser pour des raisons politiques le chef d’un clan rival. Vaincu en combat, Jianfei est sauvé par une créature volante, une sorte de griffon appartenant à Hanhun, à présent aveugle et surnommé Flying Cloud Devil. Ce-dernier décide d’enseigner au combattant amoureux la technique de la « Paume de Bouddha » et de l’envoyer combattra cinq maître du kung-fu…

Difficile de suivre cette histoire passablement embrouillée, d’autant que les personnages possèdent souvent des patronymes compliqués et des surnoms qui le sont tout autant. Mais, évidemment, l’important réside surtout dans les scènes d’affrontements complètement délirantes. Les combats, forcément accélérés, présentent en effet de nombreuses techniques déjantées et des acrobaties impossibles, pas toujours (pour ne pas dire rarement!) convaincantes ou maîtrisées, mais souvent divertissantes.

Quelques pointes de violences surgissent parfois dans cet ensemble sinon plutôt enfantin et BUDDHA’s PALM réussit malgré tout à distraire les plus indulgents, pour peu qu’ils puissent supporter les décors très carton pâtes et les trucages mal fichus. Certains spectateurs seront sans doute sensibles à ce côté amoureusement (?) bricolé et retrouveront une partie de leur âme d'enfant devant ce qui pouvait passer, à l'époque, pour un improbable mélange disco de kung fu, de fantasy, de comic-book et de science-fiction cheap, un peu comme si Bruce Lee rendait visite à Conan le Barbare, revisité par l'équipe de STAR WARS et les dessinateurs de la Marvel.

Sans épaisseur, bordélique, plus stupide que vraiment sympathique, desservi par des effets spéciaux ringards et achevé par des personnages sans intérêt, voir insupportables (le Sage de l'île du Levant qui annonce ses apparitions de manières tonitruantes, Nuage Pourpre et son rire pesant ponctuant chacune de ses répliques) qui s'agitent dans une intrigue très mince, BUDDHA's PALM apparaît au choix comme un ratage pathétique ou un classique du bis décomplexé. Choisi ton camp, camarade mais, en dépit de sa réputation plutôt flatteuse, il est permis de mortellement s’ennuyer devant ce Wu Xia décérébré et outrageusement coloré!

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010