LE MANOIR DE LA TERREUR
Titre: Le Notti del Terrore / Burial Ground /
Zombie 3 : Night of Terror / Zombie Horror
Réalisateur: Andrea Bianchi
Interprètes: Karin Weil

 

Maria Angela Giordan
Gian Luigi Chrizzi
Peter Bark
Simone Mattioli
Roberto Caporali
 
Année: 1980
Genre: Zombies / Horreur / Gore
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
3 /6
Critique:

A la toute fin des seventies, le sous-genre ayant le vent en poupe semble être le "zombie movie". Dans la lignée du classique de George A. Romero (ZOMBIE), les Italiens lancent sur le marché une première imitation de grande classe (L'ENFER DES ZOMBIES) avant de balancer une série de titres vite expédiés surenchérissant dans le gore craspec comme par exemple ZOMBI HOLOCAUST.

De toute cette vague, LE MANOIR DE LA TERREUR est réputé pour être le plus mauvais (sans doute par des gens n'ayant jamais vu VIRUS CANNIBALE) et pourtant il possède un charme étrange qui le place un cran au-dessus de l'œuvre précitée de Bruno Mattei, ou même de L'AVION DE L'APOCALYPSE de Umberto Lenzi et de LA NUIT EROTIQUE DES MORTS VIVANTS de Joe d'Amato. Il faut avouer que le résultat ne vole pas bien haut mais, quoiqu'on en dise, LE MANOIR DE LA TERREUR reste distrayant par sa volonté manifeste de jeter les pages de son scénario au bout de dix minutes pour ne proposer qu'une suite ininterrompue d'attaques de morts vivants aux effets souvent fort gore.

L'argument est forcément très mince: dans la crypte de la maison de son ami George, un professeur d'archéologie réveille une petite armée de morts vivants étrusques, lesquels le tue immédiatement. Le lendemain, George débarque avec ses amis, sa femme et son beau-fils, Michael. Une belle brochette d'acteurs bis qui comprend donc Peter Bark, un type ayant le visage d'un homme d'âge mûr et le corps d'un adolescent, dans le rôle plutôt glauque de ce Michael sans doute incesteux. Donc, nos nouveaux arrivants investissent la maison, accueillis par les domestiques, et se laissent aller à leurs ébats, chaque couple mettant la nuit à profit pour resserrer les liens et desserrer les slips. Le jour suivant, enfin, les zombies commencent à attaquer les différents protagonistes, ces derniers ayant eu l'excellente idée de se diviser en petits groupes (selon une technique fort courue dans les films d'horreur dont Bigard tira plus tard un de ses meilleurs sketches!) afin de faciliter la tâche des morts qui marchent!

LE MANOIR DE LA TERREUR se trouve alors sur ses rails et les 50 minutes suivantes ne vont guère offrir le moindre développement scénaristique valable, l'important étant les nombreux effets gore. Jadis charcuté pour son exploitation française, le métrage retrouve ici (merci Neo Publishing!) tout son potentiel cradingue par le biais d'une tripotée de séquences sanglantes à souhait. Il ne faut pas, toutefois, espérer le moindre suspense tant la mise en scène de Andrea Bianchi se révèle lénifiante. Le seul moment un peu plus inspiré survient lorsque les zombies décapitent une des domestiques à l'aide d'une faux après l'avoir immobilisée à une fenêtre. Un guillotinage improvisé mais impressionnant… Une autre particularité de ce MANOIR DE LA TERREUR réside dans le sous texte incestueux existant dans la relation entre Michael (le gamin incarné par Peter Bark, donc) et sa mère. Un sous texte largement explicité dans une scène où le garçon commence à "consoler" sa chère maman avant que celle-ci ne le repousse. A la fin du métrage, devenu un mort-vivant, Michael viendra téter la généreuse poitrine de sa génitrice…avant de la dévorer à belles dents.

D'une profonde bêtise et d'une totale gratuité, LE MANOIR DE LA TERREUR accumule les invraisemblances les plus criantes et sacrifie toute crédibilité à sa volonté de surenchère gore. Ainsi, les survivants préfèrent-ils fuir à pieds à travers la campagne plutôt que d'emprunter à nouveau les voitures avec lesquelles ils sont venus dans la villa maudite. L'arrivée de cette petite bande dans un monastère permet un nouveau effet choc à peu de frais (et complètement éventé!) puisque tous les moines sont devenus des zombies: non seulement c'est ridicule mais en prime totalement attendu tant Bianchi patine dans la semoule, livrant une mise en scène d'une incroyable pesanteur.

Heureusement, les effets gore de Gianetto De Rossi possèdent un côté écoeurant assez efficace. Dommage que les maquillages de zombies, signés de Rosario Prestopino, soient pour leur part si médiocres: de simples masques pseudo décomposés à peine plus convaincants que les déguisements vendus pour Halloween. Lorsque l'équipe tombe finalement à court de munitions (comprenez que l'ensemble du cast a succombé aux mangeurs de chairs fraîches), le métrage se termine abruptement. L'idée étant sans doute de proposer une fin ouverte sur le modèle de ZOMBIE ou de L'ENFER DES ZOMBIES sauf que, dans le cas présent, cela ressemble plutôt à du foutage de gueule style "bon, vous en avez eu pour votre argent en terme de litres de sang, on peut en rester là, non", à l'image du similaire (mais beaucoup plus fun) ZOMBI HOLOCAUST.

Bref, pas mal de points négatifs, d'autant que les rares séquences un peu plus réussies sont souvent plagiées sur des productions antérieures, comme la fameuse scène de l'écharde dans l'œil de L'ENFER DES ZOMBIES, ici reproduite quasiment à l'identique. Avec ses dialogues affligeant de banalité (ou involontairement hilarant comme la réplique culte "Ils sont tout rongés par le temps"), son intrigue réduite au minimum vitale, ses acteurs dénués de talent et sa mise en scène molle, LE MANOIR DE LA TERREUR devrait être un complet ratage mais, inexplicablement, il se dégage - comme signalé précédemment - un certain charme de cette accumulation de clichés. L'idée dominante du scénariste (la seule, d'ailleurs!) est de jouer la carte du "beurk" sans la moindre excuse: pas de personnages développés, par de scénario cohérent, pas de progression dramatique réelle,…Juste du "beurk" gratuit.

Les fans acharnés de gore devraient donc y trouver leur compte à condition d'accepter l'aspect ouvertement Z de l'ensemble. Les autres peuvent s'abstenir sans regret.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2006