TRAUMA
Titre: Burnt Offerings
Réalisateur: Dan Curtis
Interprètes: Karen Black

 

Oliver Reed
Bette Davis
Lee H. Montgomery
Burgess Meredith
Eileen Heckart
 
Année: 1976
Genre: Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Né en 1927 et décédé en 2006, Dan Curtis fut un scénariste, producteur et réalisateur ayant essentiellement travaillé pour la télévision. Curtis doit ainsi l’essentiel de sa notoriété à la série « Dark Shadows » dont il tira deux déclinaisons pour les grands écrans au début des années ’70, LA FIANCEE DU VAMPIRE et NIGHT OF DARK SHADOWS.

Défenseur du fantastique, Curtis proposa également plusieurs téléfilms renommés comme un DRACULA ET SES FEMMES VAMPIRES ou une adaptation du « tour d’écrou » d’Henry James, tous deux en 1974. On lui doit également, toujours pour la petite lucarne, l’anthologie à sketches TRILOGY OF TERROR (1975) et sa suite, TRILOGY OF TERROR 2 réalisée vingt ans plus tard.

Parmi ses rares réalisations pour les salles obscures, TRAUMA bénéficie d’une réputation enviable, patiemment gagnée au fils des ans, même si le long-métrage n’est pas exempt de faiblesses et apparaît, aujourd’hui, comme assez ennuyeux durant sa première partie. Toutefois, le casting de qualité, la relative originalité de ses prémices et l’un ou l’autre moment réellement angoissant en font une intéressante variation sur le thème de la hantise.

Ben Rolf (Oliver Reed) et son épouse Marian (Karen Black) décident de s’échapper de la grisaille citadine pour s’établir, l’été durant, dans une vaste propriété campagnarde où Ben pourra travailler à sa thèse de doctorat. Le couple emménage donc dans une belle maison, en compagnie de leur jeune fils Davey (Lee Montgomery) et de la tante de Ben, la toujours alerte Elizabeth (Bette Davis). Sur place, les Rolf rencontrent les propriétaires de la demeure, les Allardyce (joué par Eileen Heckart et Burgess Meredith) qui leur demandent simplement de s’occuper de leur mère, une infirme très âgée vivant en recluse dans sa chambre. Vu le loyer modique (à peine 900 dollars) et la beauté de l’endroit, les Rolf acceptent cette clause sans rechigner.

A peine installé, cependant, Ben constate que quelque chose ne tourne pas rond dans la maison : il souffre de cauchemars récurrents impliquant un sinistre croque-mort, la mère Allardyce demeure cloitrée et, au cours d’une innocente baignade dans la piscine, il tente de tuer son fils. Marian, de son côté, devient de plus en plus irritable, commence à détester la tante Elisabeth et refuse de laisser son mari la toucher. La seule obsession de Marian semble être de nettoyer la maison et de lui rendre son lustre d’antan…

Adapté d’un roman de Robert Marasco (paru en France sous le titre « Notre vénéré chérie »), TRAUMA n’innove nullement (l’intrigue égrène tous les clichés de la hantise précédemment vus dans des classiques comme LA MAISON DU DIABLE ou LA MAISON DES DAMNES). Toutefois, Stephen King ne fait pas mystère d’avoir trouvé en TRAUMA une source d’inspiration pour son roman « Shining », ensuite adapté à l’écran par Stanley Kubrik. On retrouve donc dans l’œuvre de Dan Curtis une famille qui part s’installer durant quelques mois dans une propriété isolée afin que le paternel puisse se consacrer à l’écriture. Sur place, chacun est confronté au surnaturel.

Les manifestations maléfiques sont, pour la plupart, très efficaces, en particuliers celles impliquant un terrifiant croque-mort. Imaginé par le cinéaste suite au décès de sa mère, ce personnage cauchemardesque procure de solides frissons même si les scènes dans lesquelles ils se manifestent ne paraissent pas avoir de réelles influences sur le récit dans son ensemble. A moins de supposer que la demeure est « mauvaise » par nature, difficile de comprendre les raisons de ses attaques répétées contre la famille venue habiter dans ses murs. Le vieillissement accéléré de la tante reste, au final, aussi inexpliqué que la tentative de meurtre commise par le père à l’égard de son fiston.

Mais, si TRAUMA ne se montre pas vraiment rationnel ou cohérent, plusieurs séquences atteignent une véritable efficacité horrifique. Outre les rêves déplaisants déjà mentionnés, le climax constitue une jolie réussite capable d’enthousiasmer les amateurs d’épouvante. Malheureusement, le long-métrage souffre également de nombreux défauts, à commencer par un rythme déficient, censé produire un climat angoissant et claustrophobe mais, en réalité, plutôt ennuyeux. La première heure manque de nerf et se déroule à une lenteur exaspérante, d’autant que le spectateur possède toujours une longueur d’avance sur les protagonistes.

D’une durée excessive (près de deux heures et, heureusement, Curtis a coupé un prologue de quinze minutes jugé « emmerdant »), TRAUMA aurait grandement gagné à se voir élagué de certains passages d’exposition qui, au lieu de générer le malaise, suscitent surtout l’ennui.

La mise en scène, elle aussi, trahit le passif télévisuel de Dan Curtis et manque d’ampleur tout en optant pour une photographie classieuse et l’une ou l’autre prétention artistiques de bonnes alois. Certaines séquences contemplatives fonctionnent néanmoins et traduisent cette atmosphère de calme apaisé et cotonneux qui plonge le long-métrage dans une certaine irréalité, aussi onirique que réussie.

Le décor de la maison (plus tard recyclé en salon funéraire dans l’excellent PHANTASM) s’avère lui aussi bien utilisé et les interprètes, dans l’ensemble talentueux, déclament avec conviction des dialogues crédibles même si parfois trop littéraires pour paraître naturels. L’amateur trouvera donc à boire et à manger dans ce long-métrage qui, un temps largement oublié, fut un joli succès dans les vidéoclubs des années 80, probablement grâce à son affiche intrigante.

Aujourd’hui considéré comme un film culte, voire un « classique » des histoires de maison hantée, TRAUMA se révèle languissant et prévisible mais une poignée de scènes mémorables surnagent dans un océan de classicisme. Une semi-déception pour un titre qui, en résumé, promet davantage que ce qu’il offre réellement.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2017