BUTCHER
Titre: Hatchet
Réalisateur: Adam Green
Interprètes: Kane Hodder

 

Joel David Moore
Tamara Feldman
Deon Richmond
Robert Englund
Tony Todd
John Carl Buechler
Année: 2006
Genre: Slasher / gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Précédé d’un efficace petit buzz et d’une accroche sympathique (« old school american horror »), HATCHET était très attendu par les fans de slashers rétro. Débarquant enfin dans toutes les bonnes boucheries (comprenez les video-clubs), l’objet, même rebaptisé du passe-partout BUTCHER, confirme que l’on avait raison d’y croire. L’intrigue serait venue au réalisateur Adam Green alors qu’il était âgé de 8 ans et séjournait dans un camp de vacances après avoir vu VENDREDI 13 N°2.

Le gamin imagine alors la triste histoire de Victor Crowley, un garçon défiguré et handicapé mental vivant cloitré dans sa maison au fond des bayous de Louisiane. Suite à un incendie provoqué par les petits voyous du coin, Victor se trouve coincé chez lui et son père tente de le délivrer en brisant la porte à coup de hache, frappant accidentellement le pauvre Victor en pleine tête. Eh oui, la hache ça donne toujours mal au crâne. Bref, le bayou où ces événements sont survenus devient rapidement une zone désertée, considérée comme hanté, où personne ne se risque durant 20 ans.

Les années passent et un type désireux de gagner un peu d’argent décide d’organiser des expéditions nocturnes dans le fameux bayou, emmenant sur son petit bateau une poignée de touristes. On trouve là un apprenti réalisateur porno et ses deux soi-disant actrices, un couple de petit vieux en ballade, une demoiselle taiseuse à la recherche de son père et de son frère, portés disparus dans le coin, et deux jeunes fêtards attirés par les festivités du Mardi Gras à la Nouvelle Orléans. La petite bande part donc explorer les lieux hantés et ce qui devait arriver arriva : le bateau coule et laisse nos infortunés au cœur du territoire de Victor Crowley, dont la hache est toujours aussi affutée après tant d’années. Le carnage peut commencer...

Le réalisateur Adam Green est un passionné du cinéma d’horreur, marqué à vie par THE THING et VENDREDI 13 et cela fait plaisir d’entendre ses commentaires enthousiastes dans les bonus. « Un film d’horreur PG 13 n’a aucun intérêt, ce que le public veut voir ce sont des filles à poil et des scènes sanglantes » dit il en substance. L’homme, visiblement, à tout compris au genre et prend une distance radicale avec les chocottes encombrant les plateaux du cinéma horrifique qui prennent un air suffisant en déclarant pompeusement « non, non mon film est un thriller, pas un film d’horreur voyons, soyons sérieux ».

Adam Green, pour sa part, montre clairement sa fierté d’avoir mis en images un bon vieux slasher rétro aux ambitions limitées mais à la générosité exemplaire. Pas question de renouveler le genre ou de le mettre en abîme par l’humour à la façon de URBAN LEGENDS ou SCREAM, non l’idée consiste simplement à reprendre les choses où nous les avons laissé, comme si nous étions encore en 1982 et que venait de débarquer sur les écrans VENDREDI 13, CARNAGE et autre DON’T GO IN THE WOODS ALONE.

Pour prouver sa connaissance du genre, Adam Green convoque d’ailleurs Kane Hodder (qui fut quatre fois le Jason des VENDREDI 13) et lui offre le rôle de Victor Crowley, ainsi que celui de son géniteur. Mr Hodder n’a d’ailleurs pas été cherché très loin son inspiration puisqu’il calque son « jeu » sur celui du Jason précité. A savoir une brute épaisse, sorte de fantôme coincé depuis sa mort dans une sorte de faille temporelle et condamné à tuer encore et encore (jamais plus ? Si si !). Robert Englund (alias Freddy) et Tony Todd (autrement dit Candyman) sont également de la partie pour de petites apparitions référentielles. Le premier interprète un braconnier qui sera la victime du monstre aux côtés de son fiston pas très futé. Le second joue un certain « Révérend Zombie », organisateur de promenades touristiques pour amateur de Vaudou. Deux numéros amusants et bien sympathique même si la présence de ces deux stars de l’horreur tient davantage du clin d’œil que d’un vrai rôle de composition. Citons encore le petit rôle que s’octroie le spécialiste des effets spéciaux et réalisateur John Carl Buechler. D’ailleurs qui d’autre que John Carl Buechler aurait pu nous offrir ces maquillages à l’ancienne, pas toujours parfaits mais tellement bien bricolés ? Le bonhomme a en effet participé aux trois sagas majeures du slasher : VENDREDI 13 (il en réalisa même le septième épisode), HALLOWEEN (pour les quatrième et sixième volets) et FREDDY (également pour les chapitres 4 et 6) et sa présence s’avère un véritable symbole.

Manifestement, chacun désirait donc réaliser un vrai titre « old-school » mais confectionnés avec les moyens actuels, sans vouloir s’écarter outre mesure des préceptes établis par les vénérables ancètres. Et, au niveau du massacre, BUTCHER ne fait pas mentir son titre en proposant une suite de mises à mort extrêmement gore et mémorables. Citons ainsi un incroyable arrachage de tête réalisé par un Victor Crowley déchaîné, lequel introduit ses mains dans la bouche d’une victime avant de tirer très fort pour déchirer les chairs !

Inutile de dire que le sang gicle à gros bouillons. Mais les autres meurtres sont tout aussi inventifs et parfois même carrément inédits comme ce déchiquetage de crâne de bimbo à la ponceuse, un grand moment ! Les bonus détaillent d’ailleurs les véritables prouesses réalisées par un Buechler soucieux de réaliser les boucheries à même le plateau sans recourir aux effets infographiques malheureusement trop souvent de mise dans le gore récent. L’intrigue, elle, reste minimale mais heureusement Green ne perd pas trop de temps à présenter ses personnages stéréotypés, les emmenant rapidement effectuer un tour dans le bayou maudit. Le Noir abruti se désole de ne pas avoir vu suffisamment de paires de seins, le type récemment largué se découvre une nature héroïque, les deux bimbos débiles se prennent pour des actrices et tournent un porno minable pour un arnaqueur s’improvisant producteur,…Un beau catalogue de clichés mais tout ça étant voulu, l’ensemble se suit avec plaisir, d’autant que BUTCHER se rapproche d’une semi-parodie: sans verser complètement dans l’humour devine les responsables du projets parfaitement conscient de la profonde stupidité d’un script enquillant les clichés. Mais ils assument et en rajoutent une couche à coup de répliques effarantes ou de situations volontairement débiles.

Au rythme d’un meurtre hyper sanglant toutes les cinq minutes l’ensemble du casting se trouve rapidement décimé et le cinéaste peut donc se permettre une conclusion un peu expédiée qui rend un hommage très appuyé au final du premier VENDREDI 13.

Le film, comme le proclame la jaquette n'est "ni un remake, ni une séquelle ni une adaptation d'un métrage japonais, c'est juste de l'horreur américaine à l'ancienne". BUTCHER se résume donc à un démastiquage en règle de personnages idiots par un taré armé d’une hache. C’est sans doute peu pour accéder à la postérité du « grand cinéma » mais certainement suffisant pour intéresser les fans de slashers qui apprécient le gore, les plans nichons gratuits, les références cinéphiliques et les clins d’œil humoristique.

Bref, y a bon !!!

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009