CABIN FEVER
Titre: Cabin Fever
Réalisateur: Eli Roth
Interprètes: Jordan Ladd

 

Rider Strong
James DeBello
Cerina Vincent
Joey Kern
 
 
Année: 2002
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Cinq jeunes partis batifoler dans une cabane perdue en pleine forêt reçoivent la visite imprévue d'un vieux clochard malade qu'ils tuent accidentellement. Malheureusement, ils sont contaminés par le virus ayant déjà infecté le vieil homme. CABIN FEVER est précédé d'une réputation à la fois élogieuse (les avis dithyrambiques de certains, dont Peter Jackson himself!) et catastrophique (beaucoup le considèrent comme une complète daube!). En fait, il s'avère plutôt agréable à suivre, en dépit de ses nombreuses faiblesses.

Le film débute comme un survival classique et le spectateur s'apprête à subir un énième remake de DELIVRANCE mais, finalement, les apparences sont trompeuses. Eli Roth se réfère, en effet, davantage à EVIL DEAD et même un peu à LA NUIT DES MORTS VIVANTS, surtout lors d'un final assez savoureux. On se souvient aussi de bisseries écolo des seventies comme LA NUIT DES VERS GEANTS, PROPHECY et surtout SOUDAIN LES MONSTRES. Des références discrètes à tout un pan de l'épouvante conscientisée, remise au goût du jour via la mode de l'horreur pour adolescents. Hélas, le spectateur doit aussi supporter les principaux défauts inhérents au genre durant le premier tiers du métrage et rien ne lui sera épargné: humour envahissant, gags en dessous de la ceinture, dialogues débiles, longueurs, clichés et séquences chaudes pseudo audacieuses. Pas engageant.

Heureusement, le cinéaste trouve ensuite sa vitesse de croisière et accélère le rythme, dans une seconde partie nettement plus alerte. Niveau gore, Eli Roth appuie sur la pompe à hémoglobine avec une certaine bonne volonté et l'amateur ne sera sans doute pas déçu. Pourtant, la dernière partie - quoique généreuse - ne parvient pas réellement à maintenir la tension (ni l'attention) et délaisse le climat pesant pour une débauche visuelle sympathique (et écoeurante) mais peu originale. Les personnages, eux, sont assez caricaturaux et il est plutôt difficile de s'y intéresser, d'autant que les dialogues ne sont pas très fins et les blagues souvent assez lourdes.

L'ensemble se vautre complaisamment dans le trash (certes grand public) mais ne s'intéresse pas suffisamment à son intrigue pour s'avérer une véritable réussite. Néanmoins, Eli Roth se montre souvent cynique et sévère avec cette poignée de jeunes assez stupides ("les écureuils sont des pédés"), égoïstes et uniquement préoccupés de leurs petites personnes. Ce qui est, probablement, plus réaliste que de les voir s'entraider: ici c'est rapidement chacun pour soi et "mieux vaux que cela t'arrive à toi qu'à moi". D'où une certaine difficulté des spectateurs à s'attacher à des "héros" qui, sans doute, leur ressemble un peu trop…mais aussi une indéniable originalité, quoique trop peu développée.

Si CABIN FEVER justifie une vision c'est donc essentiellement grâce à ses passages écoeurants, ses scènes glauques et ses détails horribles, lesquels sont assez originaux en jouant sur la contamination et la dégénérescence physique. Mais aussi par son esprit anti-politiquement correct et sa vision corrosive de la jeunesse américaine. Reste aussi une poignée de répliques plutôt marrantes ("la carabine c'est pour les négros") et une volonté perceptible de créer un cult-movie en cultivant les clichés sans véritablement chercher à les transcender.

CABIN FEVER est, par conséquent, très référentiel mais également, finalement, assez plaisant. Même si nous sommes loin d'un chef d'œuvre impérissable on passe un fort bon moment et, à l'heure actuelle, c'est déjà très bien. Eli Roth a accouché d'une série B sympa qui rend un hommage appuyé et efficace au cinéma d'horreur / gore des années 80, une sorte de remake insolent et déjanté d'EVIL DEAD, avec suffisamment de sang, de sexe et de comédie pour contenter les amateurs de cinéma de divertissement.

CABIN FEVER ne mérite peut-être pas les éloges de certain (on a vu bien mieux) mais ses qualités réelles ne justifient pas, non plus, la haine viscérale que d'autres lui témoigne.

Fred Pizzoferrato - Juin 2007