CABIN FEVER 2
Titre: Cabin Fever II: Spring Fever
Réalisateur: Ti West
Interprètes: Rider Strong

 

Noah Segan
Alexi Wasser
Rusty Kelley
Marc Senter
Giuseppe Andrews
 
Année: 2009
Genre: Horreur / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petite production horrifique sous l’influences des glorieuses eighties, CABIN FEVER avait, en 2002, révélé le jeune Eli Roth, lequel lança ensuite toute la vague torture porn via son diptyque HOSTEL avant d’aller jouer un des INGLORIOUS BASTERDS de son ami Tarantino. Même si CABIN FEVER avait essuyé son lot de critiques, le métrage avait néanmoins suscité suffisamment l’intérêt pour qu’une suite soit rapidement envisagée. Malheureusement, la situation traina près d’une décennie et cet attendu CABIN FEVER 2 ne sortit finalement qu’en 2009, reprenant la situation peu après la fin (ouverte) de l’original.

L’eau polluée ayant causé bien des déboires poursuit donc son petit bonhomme de chemin et aboutit finalement à une école peuplée des habituels teenagers crétins s’apprêtant à vivre l’événement le plus important de leur existence, à savoir le bal annuel de la promotion. Rapidement, l’un ou l’autre jeune va se trouver en contact avec le liquide infecté et propager une contagion aboutissant à transformer la plupart des lycéens en monstres homicides. Un trio de « héros » composé de John, sa nouvelle copine Cassie qu’il aime depuis son enfance et son meilleur ami tentent de survivre alors que les autorités choisissent l’extermination sans sommation pour juguler l’épidémie.

CABIN FEVER 2 tente manifestement de mélanger les influences des grands classiques du gore humoristiques des années 80 avec la comédie de lycée plus contemporaine, un peu comme si EVIL DEAD 2 rencontrait AMERICAN PIE à grand renfort de gags en dessous de la ceinture. Franchement politiquement incorrect et terriblement vulgaire, CABIN FEVER 2 rappelle aussi les charges corrosives que furent, en leur temps, TOXIC AVENGER, AMERICAN COLLEGE ou STREET TRASH. Mais, en dépit de ses bonnes intentions, la plupart des gags volent tellement bas qu’il faut être réellement bien disposé pour y trouver matière à sourire. Du crétin urinant dans le bol de punch à l’obèse dépucelée dans une piscine qu’elle inonde de sang en passant par une fellation dans les toilettes, Ti West frappe vraiment au plus bas et ne se gêne pas pour surenchérir dans le débile et le scatologique. Peu de gags fonctionnent donc même si la profonde bêtise constamment revendiquée aboutit néanmoins à l’un ou l’autre sourire indulgent et devrait produire son petit effet sur les inconditionnels des productions Troma.

 

Heureusement, si CABIN FEVER 2 ne remplit pas ses promesses au niveau de la comédie, il se rattrape généreusement au point de vue du gore, étalé avec une belle complaisance. Excessif, Ti West se lâche donc et propose une tripotée de séquences assez saignantes, voire même carrément vomitives pour les plus sensibles. Les effets spéciaux, très corrects voire souvent excellents pour ce genre de petit budget, constituent également un point positif et rappellent les grandes heures du cinéma gore des années ’80. La variété des morts dépeintes à grands renforts d’hémoglobine donne donc un certain intérêt au métrage et sauront contenter les fanatiques du genre qui y retrouveront un gore certes extrême et répugnant mais dénué du côté malsain et sadique des récentes productions davantage tournées vers le torture porn.

Les acteurs, eux, sont pour la plupart médiocres mais difficile de blâmer leur performance eut égard à la pauvreté d’un script truffé de dialogues alternativement débiles ou sans le moindre intérêt. Aucune chance d’ailleurs de s’attacher à l’un ou l’autre protagoniste tant la caractérisation des uns et des autres se réduit à une poignée de traits de personnalités grossièrement tracés. Seuls les trois personnages principaux échappent quelques peu à cette tendance et se montrent suffisamment « aimables » pour que l’on puisse s’y attacher un tant soit peu. La musique, efficace et bien choisie, donne elle aussi un rythme appréciable à CABIN FEVER 2 et maintient l’attention du spectateur lors des rares moments ne reposant ni sur l’horreur ni sur le comique bien gras.

L’histoire, aussi simpliste qu’elle soit, se déroule cependant à un tempo élevé et fonce sans grand détour (en dépit de sous intrigues parfois inutiles ou sous exploitées) vers une fin ouverte et une ultime séquence ajoutée par les producteurs. Apparemment renvoyé avant la conclusion du film, Ti West désavoue donc la conclusion de ce CABIN FEVER 2, laquelle, il est vrai, se montre d’une médiocrité crasse au point de laisser le spectateur sur une impression quelque peu désagréable. Dommage car, en dépit de ses faiblesses, le film assurait jusque là un spectacle sans doute vulgaire et mal ficelé mais au moins rythmé, sanglant et tonique. Ces dix dernières minutes ruinent en grande partie CABIN FEVER 2 et paraissent aussi interminables qu’inutiles, en dépit de nouvelles tentatives humoristiques toujours aussi trash, pour ne pas dire immondes.

Même si Ti West fera nettement mieux avec son très référentiel et plus posé HOUSE OF THE DEVIL, cette séquelle du petit « classique » d’Eli Roth se montre suffisamment débile, sanglante et rythmée pour procurer un divertissement satisfaisant aux amateurs de pantalonnades gore. Dans ses pires moments, CABIN FEVER 2 ressemble simplement à ce qu’il est en réalité, à savoir une série Z assez mal fichue, mais, dans ses instants les plus jusqu’au-boutiste, le métrage se rapproche d’une sorte de monstrueux bâtard engendré par John Waters, Lloyd Kaufmann, Jim Muro et le Sam Raimi des eighties.

Pour amateurs de boucherie trash et de gags scatos débiles.

Fred Pizzoferrato - Juin 2010