CAFE FLESH 2
Titre: Café Flesh 2
Réalisateur: Anthony R. Lovett
Interprètes: Jeanna Fine

 

Stacy Valentine
Rebecca Lord
Raylene
John Decker
Kitten Natividad
Veronica Hart
Année: 1997
Genre: Porno / Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Anthony R. Lovett, alias Antonio Pasolini, est un cinéaste apparemment fasciné par les classiques du porno des années 70 et 80 puisque l’essentiel de sa filmographie consiste en des suites / remakes des « chefs d’œuvres » du genre. Pasolini a donc dirigé NEW WAVE HOOKERS 6 et 7, L’ENFER POUR MISS JONES 6 et CAFE FLESH 2 et 3. Malheureusement il ne faut pas en attendre de véritables réussites dans la veine des originaux puisque le bonhomme se contente souvent de reprendre les ficelles archi-usées du porno de base en les enrobant dans un écrin pseudo-intellectuel finalement assez déplaisant.

L’OPA du cinéaste sur les sagas NEW WAVE HOOKERS, L’ENFER POUR MISS JONES ou CAFE FLESH, n’a aboutit, hélas, qu’à des productions hard pratiquement interchangeables. Le réalisateur se limite en effet à proposer un emballage fantastique ou science-fictionnel de bazar et laisse les scènes porno occuper la quasi-totalité du temps de projection. Exit donc les intrigues délirantes et parodiques de Gregory Dark pour NEW WAVE HOOKER, la réflexion quasi métaphysique de Gerard Damiano sur L’ENFER POUR MISS JONES et l’exigence glaciale de Stephen Sayadan avec le définitif CAFE FLESH, classique du X anti-érotique des années 80.

Un métrage aussi déjanté et respecté que CAFE FLESH, dont la notoriété dépasse de loin le strict cadre du cinéma X (une version soft fit les belles soirées de certaines salles orientées « art et essai »), n’avait de toute façon nul besoin d’une séquelle. Ou alors, à la limite, il eut fallut confier ce projet casse-gueule aux mains moites du Gregory Dark de la grande époque. Anthony R. Lovett préféra s’y coller, assurant l’écriture et la mise en scène de ce CAFE FLESH 2 reprenant, quinze ans plus tard, l’argument du chef d’œuvre de Stephen Sayadian.

Après un holocauste nucléaire, la majorité de la population terrestre a été dévastée et les rares survivants sont devenus incapables d’avoir des relations sexuelles normales. La distraction la plus courue reste cependant le cabaret « Café Flesh » dans lequel de rares privilégiés sexuellement actifs « performent » des numéros érotiques pour les masses. Si le scénario n’a pas véritablement changé depuis l’original de 1982, la manière d’aborder cet intrigue étrange s’avère, elle, complètement différente. Alors que Sayadian développait un porno artistique aussi décalé que non érotique, pour ne pas dire glaçant, Anthony Lovett ne retient que le cadre science-fictionnel et l’excès de couleurs flashy pour proposer un spectacle X sinon fort classique.

CAFE FLESH 2 utilise ainsi une série d’actrices interchangeables mais indéniablement sexy (parmi lesquelles on retient surtout Rebecca Lord, Stacy Valentine et Jeanna Fine et un mini caméo de Kitten Nattividad, actrice fétiche de Russ Meyer) accomplissant des séquences porno souvent banales et peu inspirées. Ces passages, mécaniques et même presque robotiques, sont souvent dénués de tout dialogue (fussent ils « dirty ») et apparaissent déshumanisés et plus ennuyeux qu’excitant. Certes, Anthony Lovett s’élève au-dessus de la concurrence (ce qui n’est guère difficile vu le niveau de la production X à la fin des années 90) en offrant de beaux décors d’inspiration science-fictionnelle, des costumes déjantés et une musique plus travaillée que de coutume. Malheureusement ce sont pratiquement les seuls éléments qui distinguent CAFE FLESH 2 de n’importe quel film X « de prestige » disposant d’un budget correct. Toute l’originalité du premier film semble évacuée, de même que les passages dérangeants et glauques, aboutissant à une sorte de bande dessinée pour adultes à grand spectacle (dans les limites du hard évidemment) sans aucune substance. Car, si CAFE FLESH pouvait prétendre être un authentique récit de science-fiction additionné de scènes sexuellement explicites, cette médiocre séquelle se révèle pour sa part n’être qu’un porno standard situé dans un univers sci-fi. Une sacrée différence qui ramène les ambitions au rang d’une aimable parodie, dans la tradition de SEX TREK ou SEX WARS par exemple.

Le métrage ne parvient d’ailleurs pas à décoller véritablement et en dépit d’une longueur conséquence (et excessive !) de plus de deux heures, CAFE FLESH 2 part complètement en couilles (hum !) dans son dernier acte, tant le semblant d’intrigue maintenu vaille que vaille jusque là vole alors en éclat. Selon certaines rumeurs un tiers (!) du scenario aurait été sucré pour des raisons floues (budgétaires sans doute!) et l’histoire ne se conclut donc pas vraiment, laissant une tenace impression d’inachevé au courageux spectateur.

Anthony Lovett applique donc à l’univers de CAFE FLESH un traitement proche de celui de Michael Ninn (mais sans parvenir au même équilibre !) sur les diptyques LATEX et SEX: une esthétique soignée, des couleurs éclatantes, une musique répétitive, des actrices siliconées a l’extrême, des décors futuristes, des costumes improbables, des maquillages et perruques excentriques,…Bref, un ensemble se voulant arty mais le plus souvent inutilement prétentieux en dépit de certaines affèteries visuelles intéressantes tels les reflets des néons apparaissant dans les lunettes teintées d’une actrice.

CAFE FLESH 2 aligne au final 8 séquences hard d’une douzaine de minutes chacune, dont pas une seule ne ressort véritablement du lot. Comparées aux numéros délirants et excessifs de l’original (plus esthétiques que pornographiques d’ailleurs) les scènes de cul sans imagination de cette séquelle sont d’une complète banalité. Seule la séquence de corrida se révèle plus intéressante, avec son actrice toréro domptant un homme taureau devant un habillage de feu synthétique sur fond de musique flamenco torride. Si Anthony Lovett ne s’approche jamais de la volonté anti-érotique du premier CAFE FLESH (ce qui n’était d’ailleurs pas son intention, les ambitions de cette séquelle étant tout autre !), il réussit là un des rares moments pourvu d’un minimum d’intérêt ou de certaine sensualité au cœur d’une œuvre peu passionnante.

Reconnaissons néanmoins que la musique est parfois entrainante (quoique loin de la qualité de celle du premier film orientée vers une new wave synthétique très froide en accord avec le propos) et que le générique final, en hommage aux nudies, est particulièrement mignon.

En résumé, CAFE FLESH 2 se montre peu intéressant et franchement décevant. Comparé à la masse des « porno chic » à gros spectacle et à budget important des années 90 l’ensemble peut toutefois faire illusion et justifier une vision distraite pour les amateurs de X qui y trouveront un paquet de jolies filles agréablement filmées dans des décors dantesques.

Les fans du premier film et les amateurs de science-fiction, pour leur part, peuvent passer leur chemin sans regret.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2009