CALIGULA ET MESSALINE
Titre: Caligula et Messalina
Réalisateur: Bruno Mattei et Antonio Passalia
Interprètes: Vladimir Brajovic

 

Françoise Blanchard
Betty Roland
Gino Turini
Piotr Stanislas
Raul Cabrera
Florence Guérin
Année: 1982
Genre: Péplum érotique
Pays: France / Italie
Editeur René Chateau


Critique:

Aujourd'hui, à l'heure du cinéma formaté et conçu pour plaire au plus grand nombre, il est assez agréable de se ressourcer au bis de la fin des seventies / début eighties, en particulier celui en provenance d'Italie. Car les sous-genres fleurissaient alors avec une bonne santé réjouissante. Pensez donc, en moins de dix ans, les Italiens se firent tour à tour champions du mondo movie (une vague lancée dans les sixties par MONDO CANE mais redevenue vraiment populaire suite au succès de FACE A LA MORT), du sous-Emmanuelle polisson (avec BLACK EMANUELLE et sa douzaine de séquelle), du Women In Prison (PENITENCIER DE FEMMES), du Nazi-porn (NAZI HOLOCAUSTE et bien d'autres dans le sillage du SALON KITTY de Tinto Brass), etc. On doit aussi citer la vague cannibale (AU PAYS DE L'EXORCISME et ses succédanés gratinés), mort vivants (L'ENFER DES ZOMBIES), dents de la mer (LA MORT AU LARGE), Mad Max (LES NOUVEAUX BARBARES), New York futuriste (2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK), Con(a)neries (ATOR), nonnes en chaleur (NOVICES LIBERTINES) etc.

Au tout début des années 80 le genre brièvement à la mode fut le "porno-péplum", lancé évidemment suite au succès (tout relatif) du très culte CALIGULA de Tinto Brass. Rapidement, les suiveurs se déchaînent avec LES NUITS DE CALIGULA, MESSALINE IMPERATRICE ET PUTAIN, LES ORGIES DE CALIGULA, CALIGULA LA VERITABLE HISTOIRE, etc. Evidemment, aucun de ces cinéastes ne possède le dixième du budget alloué à Tinto Brass (et encore moins de talent!) mais tous essaient de nous donner un petit cours d'histoires. Comme ils n'y connaissent rien, ils mixent quelques noms connus et vendeurs (Messaline, Néron et Caligula principalement, parfois Poppée pour se donner l'air cultivé!) et se soucient fort peu de l'Histoire proprement dite. De toutes façons le spectateur est surtout là pour voir de belles foufounes alors vous pensez, la Rome antique et l'exactitude historique, le spectateur s'en bat les coucougnettes.

Or donc ce métrage nous propose de suivre la destinée du fameux empereur cinglé Caligula, lequel comme chacun le sait (et surtout justement depuis tous ces péplums cochons des seventies car les cours d'Histoire ont souvent fait l'impasse sur le sujet!) se tape ses sœurs, viole les vestales et n'aime personne si ce n'est lui-même et son cheval qu'il va élire sénateur à la consternation générale. Pendant ce temps, Agrippine complote pour l'assassiner afin que Néron devienne empereur mais Messaline, pour sa part, organise un petit numéro avec sa mère incestueuse et gagne l'attention de Caligula en émasculant un gladiateur dans l'arène. Après la mort de l'Empereur fou le métrage se recentre sur Claude et sur Messaline, la "putain de Rome" et, dès ce moment, l'ensemble glisse encore davantage dans la complète (s)exploitation avec notre belle Messaline (jouée par Betty Roland) devenant davantage nymphomane et désireuse de s'enfiler le membre viril de Salvatore Boccaro, un des grands "physique" (on ne parle même plus de "gueule" pour le décrire), style barbare en chaleur, du bis rital, déjà vu dans NAZI HOLOCAUSTE et SALON KITTY. Et les intrigues se poursuivent jusqu'au carnage final.

Toute petite production vite expédiée, CALIGULA ET MESSALINE est l'exemple typique du "péplum érotique" de série B. N'ayant ni les moyens, ni le casting ni les talents impliqués dans le chef d'œuvre décadent de Tinto Brass, sa seule voie de salut résidait dans la surenchère, à l'image du CALIGULA 2 de Joe d'Amato. Mais les cinéastes n'ont pas osé s'aventurer sur ce chemin glissant, livrant une œuvre bien pâle: le gore est quasiment absent (juste quelques éclaboussures sur les toges romaines en fait) et le sexe, uniquement soft, se situe dans l'esprit des téléfilms de fins de soirée. Pas très palpitant! Même si une version - supposée uncut - de 108 minutes existe en DVD, la version proposée par René Château (de 98 minutes) semble assez complète et les coupes - si il y en a - doivent donc se limiter à peu de choses: l'ensemble est frileux et, forcément, peu mémorable.

Les plus fameuses séquences de la version de Tinto Brass sont néanmoins reproduites, quasi à l'identique: la nuit de noce du "couple vertueux" est rejouée version petit budget, les mariés étant tour à tour déflorés par un Caligula entreprenant. Les bains voluptueux sont également nombreux et on note deux passages de copulations animales totalement hors de propos mais filmés, manifestement, dans le but d'en rajouter une couche.

Dommage que les acteurs ne soient pas vraiment convaincants même si ils essaient manifestement de se montrer concernés, surtout l'interprète de Claude qui déclame très sérieusement des citations latines entre deux moments chauds. Sans vraiment échapper au ridicule, d'ailleurs.

Tout médiocre qu'il soit, CALIGULA ET MESSALINE s'avère pourtant assez distrayant. Les séquences de foules, de batailles, de mouvements (bref tout ce qui ne peut pas être filmé dans une chambre avec deux acteurs à poil) est piqué à d'autres productions plus nanties. Le système Bruno Mattei dans toute sa splendeur, les acteurs se contentant de regarder l'action à travers une fenêtre lorsqu'il ne sont pas filmés en plan très serré. Le tout s'intègre si mal au reste du métrage que le procédé devient transparent même pour le plus conciliant et le moins attentif des spectateurs. D'où quelques éclats de rire pour les plus indulgents.

CALIGULA ET MESSALINE est plutôt ennuyeux mais il se laisse malgré tout regarder d'un œil amusé. D'une part parce que les costumes et décors, aussi cheap soient-ils, sont assez agréables, d'autres part parce que les actrices sont toutes fort mignonnes. Et puis, surtout, parce que l'ensemble dégage un véritable sentiment d'insouciance et de nostalgie, reflet d'une époque révolue où quelques cinéastes de la Péninsule s'amusaientà recréer de mémorables orgies romaines dans un deux pièces tout en "empruntant" les passages les plus mouvementés des classiques des décennies précédentes.

Sympathiquement ringard et relativement distrayant, CALIGULA ET MESSALINE mérite bien un petit coup d'œil distrait pour les inconditionnels du genre.

Fred Pizzoferrato - Juin 2007