CALIGULA
Titre: Caligola
Réalisateur: Tinto Brass & Bob Guccione
+ Giancarlo Lui (scènes porno additionnelles)
Interprètes: Malcolm Mc Dowell

 

Teresa Ann Savoy
Peter O'Toole
Guido Mannari
John Gielgud
 
 
Année: 1977
Genre: Péplum porno culte
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Tibère se meurt et son petit-fils adoptif, Caligula, se rêve empereur de Rome et, par conséquent, maître du monde. Aidé par son ami Macron, Caligula assassine Tibère sous les yeux du jeune Gemellius. Puis, il fait exécuter Macron. Caligula, épris de sa soeur Drusila, souhaite l'épouser mais celle-ci lui conseille la voie de la sagesse et il prend pour femme la plus libertine des romaines, Caesonia. A la mort de sa soeur, l'empereur sombre dans la démence.

CALIGULA est plus qu'un film, c'est un monument d'excès en tous genre. Ne dit on pas qu'il coûta une véritable fortune? A coup sûr, jamais un film porno n'avait bénéficié de telles largesses financières, ni d'une telle aura sulfureuse. Mais, au delà de son caractère de péplum licencieux, CALIGULA est surtout l'expression de la démesure grandiloquente dans toute sa splendeur païenne et anarchique. L'illustration d'une totale folie, une parabole politique déguisée en film historique ouvertement pornographique. Bref, une aberration filmée, un monstre de foire et de cinémathèque, écrit par Gore Vidal (qui voulut retirer son nom du générique) et filmé par un Tinto Brass finalement démissionnaire. Car, en successeur de Fellini à l'époque du SATYRICON, Brass souhaitait un métrage orgiaque. Alors que la production, assurée par Bob Guccione pour Penthouse, voulait une suite de partouzes justifiées par un alibi historique et culturel. Grosse différence! L'orgie impliquait des demoiselles de toutes formes et de tous physiques. Des maigres, des grosses, des énormes. Des jeunes, des vieilles, des belles et des moches, surprises à copuler dans une ambiance décadente avec des types pas spécialement attirants, au milieu du faste, mais aussi de la nourriture renversée et de la crasse. Divergence complète avec Guccione dont les Penthouse Pets, sont des nymphettes désirables au physique irréprochable.

CALIGULA constitue donc, au final, une aberration, un compromis entre la vision anarchique de Brass et les séquences plus ouvertement érotiques décidées par la production. D'où cette suite de tableaux hallucinants et démentiels dans lesquels les détails les plus triviaux du X de base (fellations, cunni, pénétrations en gros plan, intermèdes lesbiens et cum-shots) voisinent avec l'aspect outré de ces accouplements frénétiques dans des décors gigantesques où Malcolm McDowell, définitivement largué, joue un Caligula légendaire, à la fois attachant et abominable, pathétique et sadique.

Au niveau de l'érotisme, la séquence du bordel impérial reste légendaire: une immense partouze dans laquelle des dizaines de figurants officient dans le décor gigantesque d'une galère. La production caviarda ce passage de six minutes supplémentaires, lui donnant définitivement un statut culte, les plans larges très maîtrisés et les brillants dialogues se voyant "contaminer" par des éléments triviaux répétitifs: accouplements sauvages, masturbations féminines et fellations, filmés en très gros plans (in)dignes d'un porno de base. D'où, paradoxalement, une impression de décadence complète finalement plutôt convaincante et réussie. Mais la scène de la nuit de noce de la vestale, déflorée par l'empereur, est également grandiose. Caligula, après avoir violé la jeune vierge, octroie un fist fucking à son mari "au nom du Sénat et du peuple de Rome".

Enfin, la séquence du "cirque" du début porte bien la marque de fabrique de Tinto Brass: une série de freaks en tous genre se laissant aller à assouvir leurs instincts sous les yeux de Tibère, lequel demande "davantage de conviction". Si l'érotisme et la pornographie dominent, le gore n'est pas non plus en reste et quelques séquences s'avèrent franchement mémorables. Citons le légionnaire surpris ivre à son poste et gavé de vin comme une outre, le pénis lié par un lacet de botte, avant de l'éventrer dans un déluge de sang. On n'oublie pas non plus la machine géante qui décapite des prisonniers enterrés jusqu'au cou, ni le massacre final de l'empereur, sa famille et ses fidèles, mis en pièce ou décapités par la garde prétorienne excédée.

Citons également d'autres passages fameux, comme la mort de l'officier Proculus ("tu es un homme honnête, donc un mauvais romain. C'est une trahison" déclare l'empereur) poignardé à mort, émasculé (le membre est jeté au chien) tandis qu'une jeune lesbienne urine sur le cadavre. Le cinéaste sulfureux Tinto Brass reprend ici la plupart des ingrédients de son précédent SALON KITTY: un décor historique romancé, voire fantasmé, associé à une satire politique entrecoupée de séquences érotiques nombreuses, variées et volontiers provocantes. La réalité historique, d'ailleurs, est finalement accessoire, ce que résume un des slogans utilisés à la sortie de ce métrage hors norme: "Sexe et violence sur fond d'histoire". Le scénario a pourtant été écris par Gore Vidal (responsable de celui de BEN HUR) et suit assez fidèlement les propos de Suétone dans sa "Vie des Douze Césars". Suite aux problèmes précités avec la production, Brass demanda finalement à n'être crédité que comme "directeur des principales prises de vues", les séquences additionnelles et le montage étant entre les mains du magazine Penthouse, sous la direction donc de Bob Guccione et Giancarlo Lui. Le cinéaste poursuivit ensuite dans la même voie avec LA CLE, autre parabole érotique et politique situé dans une époque troublée. Parmi ses meilleurs films, citons encore VICE ET CAPRICE et MIRANDA qui élèvent largement le niveau au-dessus du simple divertissement érotique tout en restant furieusement sensuels.

Souvent décrié, CALIGULA reste, malgré ses défauts (et ils sont nombreux!) un monument du cinéma, une vision démentielle qui ne sera plus jamais tentée, un compromis entre la pornographie, la violence, la satire, la politique et la tragédie antique, servie par un budget pharaonique. Malcolm McDowell y est extraordinaire, totalement habité par son personnage, et nous livre des séquences mémorables, lorsqu'il urine sur le décor, appose le sceau impérial sur des centaines de documents, hurle sa douleur à la mort de sa soeur bien-aimée ou danse, complètement nu, sous une pluie battante. Peter O'Toole est tout aussi convaincant en Tibère, empereur décadent entouré de jeunes filles et garçons ("le peuple ne m'aime pas, il me craint, et c'est bien mieux ainsi!"), affichant une sorte de détachement devant les horreurs perpétrées à ces côtés. John Gielgud s'attire également les louanges dans son rôle, hélas trop court, de conseiller disant toujours la vérité ("il y a eu trois Césars: Jules, Auguste et toi, Tibère, et le meilleur fut ton père Auguste") avant de se suicider en se tranchant les veines dans son bain. A ces interprètes talentueux, le pervers ajoutera les performances physiques des Penthouse Pet: au lit ou au bain, elles sont belles et n'ont pas froid aux yeux. Ni ailleurs, apparemment!

Les dialogues, pour leur part, sont souvent très réussis et s'avèrent caustiques et parfois très drôles. Ainsi un sénateur, au lit d'un Caligula agonisant, lève les bras au ciel et implore Jupiter "qu'il prenne ma vie pour épargner notre empereur". Caligula, soudain revigoré, se redresse et déclare "Jupiter t'a entendu, qu'on l'exécute".

En résumé, CALIGULA est davantage un enfant monstrueux du cinéma qu'un chef d'oeuvre au sens strict du terme. Il n'empêche qu'il boucle superbement trois quarts de siècle d'histoire cinématographique, les premiers métrages jugés licencieux ayant été les péplums des années 20, prompts à dévêtir leurs figurantes ou à faire couler le sang sous prétexte de véracité historique. CALIGULA pousse ces principes à leur paroxysme et s'impose comme un classique indémodable.

Il engendra rapidement une lignée de pornos en costumes comme CALIGULA 2, LES ORGIES DE CALIGULA, CALIGULA ET MESSALINE, etc., mais, faute de budget et de talent, aucun de ces métrages ne parvint égaler sa folie décadente et communicative. Deux versions du film existent actuellement, disponibles sur des DVD différents. L'une dure 150 minutes et comprend toutes les séquences gore et porno. L'autre…euh…l'autre n'a aucun intérêt! Notons qu'il existe également, parait-il, une version complète de 210 minutes, la version "intégrale" que nous connaissons ayant été amputée de plusieurs séquences tournées par Tinto Brass, dont la nomination du cheval au rang de sénateur.

Les bonus DVD, très fournis, comprennent entre autres un exceptionnel documentaire / making of qui revient sur les excès proposés. Bref, CALIGULA s'impose comme un métrage indispensable dans toutes DVDthèque digne de ce nom!

octobre 2006