CALL OF CHTULHU
Titre: Call of Cthulhu
Réalisateur: Andrew Leman
Interprètes: Ramon Allen Jr

 

Leslie Baldwin
Daryl Ball
John Bolen
 
 
 
Année: 2005
Genre: Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Cette adaptation d’une nouvelle de Lovecraft est une œuvre très originale à la forme particulière. Lovecraft est en effet un écrivain réputé inadaptable et les rares réussites cinématographique le concernant s’intéressent à des titres mineurs (RE-ANIMATOR) ou s’éloignent radicalement du matériel de base (FROM BEYOND, NECRONOMICON). Les titres les plus proches de l’univers de l’écrivain restent sans doute le sympathique DAGON et l’officieux ANTRE DE LA FOLIE de John Carpenter.

Andrew Leman apporte sa pierre à l’édifice en contant l’histoire d’un pauvre homme interné à l’asile psychiatrique d’Arkham. Celui-ci confie à son psychiatre les événements qui, suite au décès de son oncle, l’ont mis sur les traces de Chtulhu, un Grand Ancien, issu d’une race extra-terrestre si vieille et si puissante que les hommes l’assimilent évidemment à un Dieu. Ou un Démon.

N’ayant pas les moyens d’illustrer ce récit avec force effets spéciaux, Andrew Leman choisit une voie risquée mais payante, celle d’un petit budget en noir et blanc d’un peu moins de cinquante minutes, réalisé comme à l’époque à laquelle sont censés se dérouler les événements. Et Leman ose carrément le muet, l’interprétation théâtrale et l’image à l’ancienne ! L’esthétique se trouve donc reproduire les grandes heures de l’expressionisme et semble avoir été tourné à la même époque que NOSFERATU ou LE CABINET DU Dr CALIGARI.

Tourné avec une caméra vidéo, le film a ensuite été privé de ses couleurs et traité de manière digitale pour accentuer artificiellement son âge, des griffures et autres « saletés » étant ensuite plaquées sur l’image tout comme dans le postérieur PLANETE TERREUR. La photographie, très belle, offre pour sa part d’intéressant contrastes et utilisent les ombres à bon escient pour donner à ce CALL OF CHTULHU un aspect cauchemardesque.

Les décors, de leur coté, sont impressionnants en dépit (ou plutôt grâce à) de leur totale irréalité. Leman n’a pas les fonds nécessaires pour les rendre crédibles et préfères intelligemment charger volontairement le sentiment de fausseté qu’ils dégagent. Les effets spéciaux et les maquettes sont, eux aussi, rudimentaires. Les premiers convoquent une animation image par image saccadée héritée du MONDE PERDU et de KING KONG (auquel Leman rend d’ailleurs un bel hommage), les seconds apparaissent clairement comme des créations faite pour le film, sans souci de réalisme mais avec un bel amour du détail significatif, créant par exemple une très intéressante représentation de la cité de R’lyeh. L’utilisation de fumées pour créer une atmosphère, comme dans les bandes horrifiques des années 30, est toute aussi efficace.

Que dire encore si ce n’est que les interprètes offrent des compositions mémorables et fort théâtrales, surjouant un peu comme du temps du muet mais laissant transpirer la folie dans leur rôle avec une belle conviction. Pour soulever quelques points négatifs, le scénario de CALL OF CHTULHU n’est pas toujours aisé à suivre pour les non familiers de l’univers de Lovecraft.

Le film n’hésite pas à balader le spectateur d’un lieu à un autre et à lui demander un certain effort d’attention. Il a été produit par une société de fans de l’écrivain et, manifestement, c’est un public déjà connaisseur qui est visé, le cinéaste ne perdant guère de temps à nous expliquer ce qui se passe. Les fans de l’écrivain se sentiront, eux, en terrain connu avec cette adaptation fidèle et globalement réussie. Sa courte durée permet en effet de reproduire la nouvelle sans devoir y adjoindre des développements superflus et son style très particulier en font une œuvre mémorable et intéressante à voir pour les amateurs de fantastique rétro.

Une belle découverte à effectuer sans tarder !

Fred Pizzoferrato - Novembre 2008