...A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA
Titre: ...a tutte le auto della polizia / calling all police car
Réalisateur: Mario Caiano
Interprètes: Antonio Sabato

 

Luciana Paluzzi
Enrico Maria Salerno
Gabriele Ferzetti
Elio Zamuto
Ettore Manni
Bedy Moratti
Année: 1975
Genre: Thriller / Poliezsco / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

1975 : une année charnière pour le giallo. Si Dario Argento revient au genre et signe ce qui reste, pour beaucoup, sa quintessence avec le fameux LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, le reste de la production se ralentit sensiblement. On dénombre moins d’une dizaine de thrillers horrifiques cette année-là contre près d’une trentaine durant les années fastes du début de la décennie. La roue tourne et le public, lassé des sadiques gantés de cuir noir, s’intéresse à présent bien davantage aux exploits de flics incorruptibles dont les méthodes musclées rassurent en ces années troublées.

Toutefois, si le poliezsco triomphe, certains cinéastes apprécient encore les tueurs en série du giallo et livrent quelques productions hybrides souvent réussies comme LA LAME INFERNALE, PEUR SUR LA VILLE, MEURTRE SUSPECTE D’UNE MINEURE, THE KILLER WITH A THOUSAND EYES ou BLAZING MAGNUM. Mario Caiano, cinéaste prolifique du bis italien, participe lui aussi à ce mélange des genres via …A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA.

L’homme, en effet, s’est déjà frotté, avec plus ou moins de bonheur, à tous les courants populaires du septième art : pourvoyeur de péplums au début des années ’60, il se reconverti ensuite dans le western puis combine celui-ci au kung fu (MON NOM EST SHANGHAI JOE, sans doute son œuvre la plus connue et sympathique). Par la suite, Caiano goute aux polars musclés et même à la nazi-exploitation avec DESTIN DE FEMME. Sa première incursion dans le giallo (L’ŒIL DANS LE LABYRINTHE) trahissait sa volonté de proposer une œuvre originale, proche du surréalisme, mais ce second essai se contente, pour sa part, de décalquer LA LAME INFERNALE, sorti l’année précédente.

Cependant, le résultat, certes plagiaire, n’en reste pas moins fort agréablement troussé et mérite l’attention. La première moitié de…A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA se concentre sur les investigations d’un policier intraitable dans la tradition du polar à l’italienne, à savoir musclé, moustachu, cynique et réactionnaire joué par Antonio Sabato (à ne pas confondre avec son beau gosse de fiston qui pose pour Calvin Klein). Notre commissaire mène l’enquête sur la disparition suspecte d’une jeune fille issue d’une famille bourgeoise apparemment plus délurée que ses parents ne veulent bien l’admettre.

Durant quarante-cinq minutes, soit jusque l’entracte (mentionné par un carton !), le cinéaste joue la carte de l’énigme et détaille les méthodes des forces de l’ordre pour reconstituer le trajet de la demoiselle, partie de chez elle en maillot de bain et sur un scooter. Une fois le cadavre de l’adolescente retrouvé, le long-métrage s’oriente davantage vers le polar musclé et laisse la part belle aux interrogatoires énergiques et aux intimidations de suspects. Bien sûr, l’oie blanche ne l’était plus depuis longtemps puisqu’elle avait intégré un réseau de prostitution et était enceinte de trois mois au moment de son décès.

Le film de Caiano suit dès lors la voie précédemment tracée par le diptyque de Massimo Dallamano (MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? et LA LAME INFERNALE) dans sa dénonciation du culte des apparences et des sombres secrets cachés derrière le vernis, en apparence respectable, d’une bourgeoisie forcément oisive, riche et tentée par les plaisirs de la chair, de préférence avec des nymphettes à peine pubère. Rien de nouveau sous le soleil mais, en bon artisan consciencieux au savoir-faire efficace, Caiano ne perd pas de vue la fonction première du film, soit le divertissement. D’où le recours à une complaisante nudité, qui frise l’exhibition, de (très) jeunes filles tandis que le scénario, moralisateur à souhait, s’attaque frontalement à la « corruption morale » gangrénant l’Europe. Une approche quasiment schizophrène que le cinéaste ne justifie jamais autrement que par sa volonté de flatter les bas instincts du spectateur.

L’ensemble peine, par conséquent, à s’élever au-dessus d’un bon spectacle pop-corn, la « réflexion » développée par l’intrigue étant trop schématique et esquissée à gros traits pour convaincre. Dommage car certains passages, plus développés, auraient offerts des pistes intéressantes à creuser, comme ce personnage de restaurateur voyeur (Ettore Manni) qui paie les dragueurs locaux pour observer leurs galipettes champêtres et devient rapidement le bouc-émissaire idéal des biens pensants et des forces de l’ordre pressés de trouver un coupable.

Après ce long-détour vers le poliezsco, les dernières vingt-minutes se rapprochent, à nouveau, des standards du giallo avec cette élimination systématique de toutes les personnes pouvant identifier l’assassin. Ce carnage inutile mettra, à contrario, la police sur ses traces et conduira à son arrestation dans les ultimes moments du film, son identité et ses motivations s’avérant d’ailleurs peu surprenants pour les habitués du genre.

Trop inspiré de ses prédécesseurs pour prétendre accéder au statut d’incontournable, …A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA n’en demeure pas moins un thriller solide et distrayant. Ce beau mais conventionnel mélange de giallo, de polar d’action et de policier d’enquête se suit donc avec plaisir et mérite d’être redécouvert par les amateurs.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013