PULSIONS CANNIBALES
Titre: Apocalypse Domani / Cannibal Apocalypse / Cannibal Massacre / Cannibals In The Streets / Invasion of the Flesh Hunters / Virus
Réalisateur: Antonio Margheriti
Interprètes: John Saxon

 

Elizabeth Turner
Giovanni Lombardo Radice
Cinzia De Carolis
Tony King
Wallace Wilkinson
Ramiro Oliveros
Année: 1980
Genre: Horreur / Gore / Video-Nasty
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Précédé d'une assez bonne réputation, en partie due à son inclusion dans la liste des Video Nasty, PULSIONS CANNIBALES tente le mélange en apparence contre-nature entre plusieurs genres fonctionnant efficacement au box-office des seventies. Film de guerre (et plus particulièrement la thématique des "revenus du Viet Nam), film action, film gore utilisant à la fois les codes des zombies et des cannibales,…Margheriti mélange tout cela et n'oublie pas une pincée de Vigilante et une cuillère de film catastrophe en annonçant carrément l'apocalypse. Beau programme donc même si la mayonnaise ne prend pas vraiment et que la recette, au final, reste un peu indigeste.

PULSIONS CANNIBALES prend le contre-pied total des fleurons du genre (CANNIBAL HOLOCAUST en tête) en envoyant le cannibalisme au cœur de la civilisation plutôt que de plonger des hommes blancs dans l'enfer vert de l'Amazonie. Le métrage débute néanmoins dans la jungle, celle du Viet Nam, avant de revenir aux Etats-Unis, dans une grande métropole où vit le vétéran Norman Hooper (John Saxon). Ce dernier a vécu des choses horribles au Viet-Nam, en particulier lors d'une mission commando au cours de laquelle il a sauvé deux militaires américains enfermés au fond d'une fosse et contraints au cannibalisme.

Les deux soldats, Tommy Thompson et Charles Bukowski (hum! - joué par Giovanni Lombardo Radice, un familier du gore rital) passent une dizaine d'années en hopital psychiatrique aux bons soins du Dr Mendez. Bukowski est finalement libéré et Hooper souffre de cauchemars ainsi que d'une faim de plus en plus dévorante. Lorsque sa voisine, la jeune nymphomane Gina, se présente à lui pour avoir une relation sexuelle, l'ancien soldat préfère la mordre. Peu après Bukowsky l'appelle au téléphone et les deux hommes décident de se revoir pour parler du bon vieux temps. Mais le pauvre Bukowski ne peut plus davantage réfréner son appêtit et il mord une jeune fille dans un cinéma. Traqué par la police il se réfugie dans un super-marché, tue quelques personnes et est finalement capturé grâce aux talents de négociateur de Hooper.

A l'hopital, Bukowski lance une émeute avec son vieux copain Tommy et les deux anciens militaires se mettent à mordre de nombreuses personnes, dont une infirmière avec laquelle ils finissent par fuir, rejoint par un Hooper de plus en plus affamé…Et l'épidémie de cannibalisme se répand. Pourquoi? Parce que nous sommes dans un film gore italien…Oui mais pourquoi? Bon…Selon le Dr Mendez (qui a dû recevoir son diplôme par correspondance) nos anciens du Viet Nam ont en quelque sorte mutés mais au lieu de devenir simplement des X-Men ou des Heroes, bref des gens cool, ils ont développés une sorte de virus transmis par leur salive et qui transforme en cannibale enragé toutes les personnes qu'ils mordent. Bref, on est pas sortis de l'auberge! D'autant que le quatuor (Hooper, ses deux anciens copains soldats et l'infirmière) décident de s'emparer d'un avion pour retourner au Viet-Nam. Pourquoi? Euh…n'en demandons pas plus et sachons apprécier les très sanglants carnages qui occupent le dernier tiers du métrage.

En dépit de sa bonne réputation et de quelques idées sympathiques, PULSIONS CANNIBALES reste globalement décevant. La première heure tente de donner une certaine épaisseur aux personnages mais ne provoque qu'un sentiment d'ennui persistant. Tout semble trop prévisible pour que le spectateur n'ait pas envie d'accélérer un peu le mouvement, alors que Margheriti prend tout son temps et accumule les sous-intrigues pas vraiment exploitées et les dialogues pas toujours crédibles, en particulier tout le fatras pseudo-scientifique ou psychologique. Par contre le jeu d'acteur se révèle assez convaincant et John Saxon compose un personnage plus pathétique qu'effrayant à la manière du MORT VIVANT de Bob Clarke, autre référence plus ou moins avouée du cinéaste.

Parmi les autres points positifs citons aussi la mise en scène bien maitrisée et souvent efficace de Antonio Margheriti, un artisan doué et souvent sous-estimé du bis italien. La musique aussi s'avère dans l'ensemble de bonne qualité même si elle n'est pas toujours utilisée à bon escient et parait parfois un peu datée avec ses sonorités disco-funk. Malheureusement au niveau du négatif il faut regretter l'utilisation abusive de stock-shots (durant les scènes au Viet Nam), le manque de rythme flagrant durant plus de cinquante minutes et la molesse du gore. Réputé pour être extrême, PULSIONS CANNIBALES - y compris dans sa version intégrale non censurée - se révèle assez terne selon les standards actuels. Quelques morsures, des impacts de balles, un ventre littéralement déchiqueté, des égorgements, une énucléation et un découpage à la scie circulaire des plus graphiques constituent l'essentiel des passages sanglants. Cela peut sembler beaucoup aux yeux des néophites mais, mises bout à bout, ces séquences ne totaliseraient pas plus de trois ou quatre minutes de projection. Bien peu si on les compare à des titres actuels, même "grand public", comme SAW 3 ou HOSTEL.

PULSIONS CANNIBALES ressemble d'ailleurs davantage à un film de zombie (comme le VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattéi) et, même si il préfigure 28 JOURS PLUS TARD et autres métrages à base de dingues "infectés" de près d'un quart de siècle, l'ensemble s'avère peu passionnant. L'influence de ZOMBIE est elle-aussi patente mais le final, quoique attendu, est fort bien amené et produit son petit effet. Un bon point qui termine in extremis le métrage sur une note plus positive.

En résumé, PULSIONS CANNIBALES est un bis vaguement distrayant mais qui ne mérite sans doute qu'une vision distraite pour les amateurs de curiosités historiques. Quoique le film possède ses fans acharnés (dont inévitablement Tarentino)…à vous de voir et de juger, donc!

Fred Pizzoferrato - Mai 2008