CANNIBAL FEROX
Titre: Make Them Die Slowly / Cannibal Ferox
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Lorraine de Salle

 

Giovanni Lombardo Radice
John Morghen
Richard Bolla
Bryan Redford
 
 
Année:  
Genre: Cannibales / Aventures / Horreur / Gore / Video-Nasty
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
4 /6
Critique:

Ce film constitue le pinacle d'un sous-genre popularisé par les Italiens: à savoir, le film d'aventure très gore situé chez les cannibales. Reprenant les grandes lignes du classique CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodatto, tourné quelques temps plus tôt, notre ami Umberto Lenzi (du moins il aurait pu l'être!) présente une jeune femme partie en Amazonie pour écrire une thèse sur les cannibales. Car, dans ce genre de films, on trouve toujours une belle demoiselle, souvent aussi crédible en ethnologue que Tracy Lord en bonne sœur, prête à aller faire la conne dans la jungle au lieu de fréquenter sagement la bibliothèque de son université.

Evidemment, la jeune femme, Gloria pour la nommer (jouée par la spécialiste du WIP Lorraine de Salle), part avec son frère et, bien sûr, ils tombent en panne d'essence mais décident, forcément, de s'enfoncer dans la jungle au lieu de rebrousser chemin. Logique, n'est-ce pas? Ils croisent alors le chemin de Mike (Giovanni Lombardo Radice), une espèce d'aventurier taré, sadique, dealer de came et violeur occasionnel; ce qui est quand même beaucoup pour un seul homme. Ce personnage peu fréquentable cherche des émeraudes mais, ne les ayant pas trouvées, a torturé quelques femmes indigènes d'un village perdu, profitant lâchement de l'absence des guerriers mâles. Or, les cannibales reviennent et se payent une sévère revanche, dans la grande tradition du gore italien, avec cette scène incroyable au cours de laquelle ils coupent la zigounette du dealer avant de la manger avec délectation. La copine du trafiquant subira un sort guère plus enviable puisqu'elle finira pendue par les seins (!) à des crochets de boucher qui lui déchirent les chairs! Le frère de l'héroïne, aura, pour sa part, le crâne ouvert pour que les indigènes puissent lui dévorer le cerveau dans une grande démonstration des recettes culinaires amazoniennes - une scène manifestement inspirée par le segment le plus fameux - quoique truqué - de l'anthologie snuff FACE A LA MORT - qui lui-même s'inspirait sans doute du gueuleton de CANNIBALIS. Comme quoi, tout est dans tout et vice et versa.

Gloria sera finalement sauvée par un flic qui passait par là afin de coincer le dealer précédemment castré, ce qui prouve à nouveau l'incroyable illogisme du film: les flics américains, bien sûr, coursent les criminels - fut ils de "simples" trafiquants, jusqu'en Amazonie. Quelle conscience professionnel et après certains viendraient se plaindre du manque de motivation des gardiens de la paix, si c'est pas malheureux…

CANNIBAL FEROX est donc profondément crétin mais aussi, extrêmement entraînant, avec une histoire parallèle de trafic de drogue totalement inutile et stupide, une morale édifiante coutumière (" le vrai sauvage c'est l'homme blanc "), un racisme affiché et des scènes gore à n'en plus finir. Le réalisateur sacrifie également à la mode des massacres d'animaux exécutés sans trucage, par pur sadisme, afin de choquer à tout prix un spectateur dont l'estomac est soumis à rude épreuve durant une heure et demie.

Banni dans 31 pays (dont la Grande-Bretagne), selon son accroche publicitaire, CANNIBAL FEROX - en dépit de ses faiblesses criantes - devrait donc satisfaire les amateurs les plus exigeants de boucherie gratinée. Les pervers reconnaîtront aussi l'ex-star masculine du porno US des seventies, Richard Bolla, alias Robert Kerman (vu dans DEBBIE DOES DALLAS, un des classiques incontestés du hard) dans le rôle d'un officier de police.

Avec ce titre, la petite guerre opposant Lenzi et Deodatto sur le thème "mon cher, qui de nous deux fera le plus dégueulasse film de cannibales possibles" se termine…et nul doute que Lenzi est perdant tant le CANNIBAL HOLOCAUST de Deodatto lui est supérieur à tout point de vue (plus gore, plus réfléchi et plus efficace, tout simplement!).

Néanmoins, CANNIBAL FEROX garde une partie de son charme justement par sa volonté de ne jamais élevé le débat: si Deodatto utilise le cannibalisme, l'horreur et le voyeurisme à des fins ambiguës mais indéniablement "intellectuelles", Lenzi se contente d'aligner les atrocités les plus révoltantes possibles dans le seul but de choquer. C'est sa faiblesse mais aussi sa force car CANNIBAL FEROX est un divertissement de choix pour les acharnés de l'horreur bis.

Pour la petite histoire, Lenzi renie aujourd'hui le métrage et ne veut plus entendre parler de ses trois films de "gore cannibale" (les deux autres étant CANNIBALIS et LA SECTE DES CANNIBALES). Petite nature!

Fred Pizzoferrato - Février 2007