Critique: |
Ce film constitue le pinacle d'un sous-genre popularisé par les
Italiens: à savoir, le film d'aventure très gore situé chez les
cannibales. Reprenant les grandes lignes du classique CANNIBAL HOLOCAUST
de Ruggero Deodatto, tourné quelques temps plus tôt, notre ami Umberto
Lenzi (du moins il aurait pu l'être!) présente une jeune femme partie
en Amazonie pour écrire une thèse sur les cannibales. Car, dans
ce genre de films, on trouve toujours une belle demoiselle, souvent
aussi crédible en ethnologue que Tracy Lord en bonne sœur, prête
à aller faire la conne dans la jungle au lieu de fréquenter sagement
la bibliothèque de son université.
 |
Evidemment, la jeune femme, Gloria pour la nommer (jouée par la
spécialiste du WIP Lorraine de Salle), part avec son frère et, bien
sûr, ils tombent en panne d'essence mais décident, forcément, de
s'enfoncer dans la jungle au lieu de rebrousser chemin. Logique,
n'est-ce pas? Ils croisent alors le chemin de Mike (Giovanni Lombardo
Radice), une espèce d'aventurier taré, sadique, dealer de came et
violeur occasionnel; ce qui est quand même beaucoup pour un seul
homme. Ce personnage peu fréquentable cherche des émeraudes mais,
ne les ayant pas trouvées, a torturé quelques femmes indigènes d'un
village perdu, profitant lâchement de l'absence des guerriers mâles.
Or, les cannibales reviennent et se payent une sévère revanche,
dans la grande tradition du gore italien, avec cette scène incroyable
au cours de laquelle ils coupent la zigounette du dealer avant de
la manger avec délectation. La copine du trafiquant subira un sort
guère plus enviable puisqu'elle finira pendue par les seins (!)
à des crochets de boucher qui lui déchirent les chairs! Le frère
de l'héroïne, aura, pour sa part, le crâne ouvert pour que les indigènes
puissent lui dévorer le cerveau dans une grande démonstration des
recettes culinaires amazoniennes - une scène manifestement inspirée
par le segment le plus fameux - quoique truqué - de l'anthologie
snuff FACE A LA MORT - qui lui-même s'inspirait sans doute du gueuleton
de CANNIBALIS. Comme quoi, tout est dans tout et vice et versa.
|
Gloria sera finalement sauvée par un flic qui passait par là afin
de coincer le dealer précédemment castré, ce qui prouve à nouveau
l'incroyable illogisme du film: les flics américains, bien sûr,
coursent les criminels - fut ils de "simples" trafiquants, jusqu'en
Amazonie. Quelle conscience professionnel et après certains viendraient
se plaindre du manque de motivation des gardiens de la paix, si
c'est pas malheureux…
CANNIBAL FEROX est donc profondément crétin mais aussi, extrêmement
entraînant, avec une histoire parallèle de trafic de drogue totalement
inutile et stupide, une morale édifiante coutumière (" le vrai sauvage
c'est l'homme blanc "), un racisme affiché et des scènes gore à
n'en plus finir. Le réalisateur sacrifie également à la mode des
massacres d'animaux exécutés sans trucage, par pur sadisme, afin
de choquer à tout prix un spectateur dont l'estomac est soumis à
rude épreuve durant une heure et demie.
Banni dans 31 pays (dont la Grande-Bretagne), selon son accroche
publicitaire, CANNIBAL FEROX - en dépit de ses faiblesses criantes
- devrait donc satisfaire les amateurs les plus exigeants de boucherie
gratinée. Les pervers reconnaîtront aussi l'ex-star masculine du
porno US des seventies, Richard Bolla, alias Robert Kerman (vu dans
DEBBIE DOES DALLAS, un des classiques incontestés du hard) dans
le rôle d'un officier de police.
Avec ce titre, la petite guerre opposant Lenzi et Deodatto sur
le thème "mon cher, qui de nous deux fera le plus dégueulasse film
de cannibales possibles" se termine…et nul doute que Lenzi est perdant
tant le CANNIBAL HOLOCAUST de Deodatto lui est supérieur à tout
point de vue (plus gore, plus réfléchi et plus efficace, tout simplement!).
Néanmoins, CANNIBAL FEROX garde une partie de son charme justement
par sa volonté de ne jamais élevé le débat: si Deodatto utilise
le cannibalisme, l'horreur et le voyeurisme à des fins ambiguës
mais indéniablement "intellectuelles", Lenzi se contente d'aligner
les atrocités les plus révoltantes possibles dans le seul but de
choquer. C'est sa faiblesse mais aussi sa force car CANNIBAL FEROX
est un divertissement de choix pour les acharnés de l'horreur bis. |
 |
Pour la petite histoire, Lenzi renie aujourd'hui le métrage et
ne veut plus entendre parler de ses trois films de "gore cannibale"
(les deux autres étant CANNIBALIS et LA SECTE DES CANNIBALES). Petite
nature!
|