CANNIBAL HOLOCAUST
Titre: Cannibal Holocaust
Réalisateur: Ruggero Deodato
Interprètes: Robert Kerman

 

Francesca Ciardi
Perry Pirkanen
Luca Barbareschi
Salvatore Basile
Ricardo Fuentes
 
Année: 1980
Genre: Horreur / Video Nasty / Culte
Pays: Italie
Editeur Opening
Critique:

CANNIBAL HOLOCAUST est un métrage plus ou moins vendu, à l'époque, en tant que snuff-movie. Il faut dire que la mise en scène insiste sur l'aspect amateur de l'ensemble et parvient à donner l'illusion d'un authentique film miraculeusement retrouvé au cœur de la jungle. L'ensemble semble donc bien roublard et propose de nombreuses images horribles tout en dénonçant simultanément le voyeurisme du spectateur. Deodato veut apparemment provoquer le débat : "faut-il montrer l'enfer pour permettre aux gens de savourer leur bonheur ?" nous demande t'il par l'entremise de son héros. La question clôture le film sur trois points de suspension qui appellent presque à la discussion, dans le style des regrettés Ecran Témoin ou Dossiers de l'Ecran.

Niveau violence, la boucherie y est, finalement, moins permanente qu'on pourrait le croire mais le film accumule quelques scènes bien cruelles, en particulier plusieurs mises à mort d'animaux non simulées, en particulier la fameuse et infâmante "séquence de la tortue" qui devrait soulever l'estomac des plus blasés. Deodato souhaite manifestement choquer le spectateur mais nous pouvons regretter la présence de ces passages de "snuff animalier" qui, si ils firent beaucoup pour la réputation nauséeuse du métrage, le condamnèrent également à n'être pour la majorité des critiques qu'une immonde série Z. Or il s'agit aussi et même surtout, d'une formidable réflexion sur le pouvoir des images et des médias. Le passage où les explorateurs découvrent le corps empalé de le jeune indigène est ainsi un sommet de cynisme et de voyeurisme, même si on peut penser que Deodatto essaie de dénoncer ce qu'il propose lui-même. A savoir le culte du sang et du sexe. Les viols aussi sadiques que complaisants sont d'ailleurs nombreux et les indigènes sont dépeints de manière très basique. En gros, ce sont des êtres sanguinaires empêtrés dans des coutumes dignes de l'âge des cavernes. Le réalisateur s'attarde d'ailleurs longuement sur une scène de torture sexuelle locale ainsi que sur un accouchement loin d'être sans douleur. Un peu douteux idéologiquement parlant, mais ne chipotons pas.

La faune locale fournit aussi matière à quelques plans frissonnants (serpent dans une chaussure, araignée sur la poitrine, crocodiles menaçants). Le guide de l'expédition périt d'ailleurs d'une morsure de serpent, malgré un traitement radical : une amputation de la jambe à coups de machette. Bref, les excursions dans la jungle ne sont pas de tout repos!

Enfin, lors des dix dernières minutes, les cannibales se livrent enfin à l'holocauste promis par le titre : castration et démembrement d'un des aventuriers ensuite éviscéré et dévoré ; viol collectif et barbare d'une jeune reporter finalement décapitée, etc. Ces scènes, assez sévères, interviennent après quelques intermèdes érotiques en nu intégral destinés, probablement, à adoucir l'ensemble.

Le réalisme des effets de maquillages, pourtant assez simples, entraîna une vive polémique à l'époque de la sortie de CANNIBAL HOLOCAUST, certains pensant qu'il s'agissait d'un véritable snuff-movie. Deodato dut ainsi s'expliquer devant la justice et chacun put constater qu'il s'agissait d'habiles trucages. Ce qui n'empêcha pas le métrage d'être coupé et censuré un peu partout, voire carrément interdit. La mise en scène de Deodato, très novatrice pour l'époque, utilise efficacement divers procédé pour conditionner le spectateur, d'une pellicule faussement usée à une caméra sans cesse tremblotante (l'ancêtre de la moderne "shaky-cam") et parvient ainsi à secouer le public sans verser dans la surenchère sanglante, alternant les plans suggestifs et d'autres carrément démonstratifs.

Bien plus réussi que le reste de la vague "cannibale", CANNIBAL HOLOCAUST demeure près de trente ans après son tournage un très grand film, à l'intelligence rare. Bien servi par un scénario très efficace qui scinde le métrage en deux, Deodato réemploie les techniques du cinéma mondo (ou "shockumentaire") tout en offrant une vision cynique sur le pouvoir de l'image et le rapport de l'homme dit civilisé à la nature. Indéniablement culte, le film inspira visiblement la campagne publicitaire du médiocre PROJET BLAIR WITCH auquel il est infiniment supérieur.

On appelle ça un classique! Et un chef d'œuvre.

Fred Pizzoferrato - Mars 2008