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Ce film préfigure LE DERNIER MONDE CANNIBALE mais s'inscrit davantage dans la lignée du récit d'aventures. La tribu qui capture le héros est d'ailleurs pacifique et relativement civilisée. Pas de cannibales à l'horizon, juste des primitifs vivants heureux dans un décor paradisiaque. Certes, on repère quelques éléments indispensables au cinéma d'exploitation: nudités intégrales, sévices cruels (langues coupée), deux viols et l'une ou l'autre séquences plus corsées. Mais rien de très violents. Les moments les plus atroces restent les tueries d'animaux, nombreuses et non simulées. Comme d'habitude, elles n'apportent rien au film, si ce n'est un petit haut le cœur à peu de frais. Chèvre égorgée, crocodile éviscéré vivant, serpent découpé vif, etc. On reconnaît l'influence qu'a eu MONDO CANE et ses dérivés sur le cinéma populaire. A part ça, le film ne mise pas sur le gore et ne cherche guère à choquer mais plutôt à raconter une histoire millénaire, celle du bon sauvage et du civilisé qui réapprend les vraies valeurs (amour, loyauté, amitié, etc.) en situation critique. Le scénario reprend fidèlement la trame du classique western UN HOMME NOMMÉ CHEVAL et déploie une série de péripéties attendues. Situé dans les jungles épaisses de l'Asie, l'intrigue suit le périple d'un certain John Bradley (joué par Ivan Rassimov, un coutumier de l'exploitation italienne) parti en Thaïlande assisté à un match de kickboxing pour les besoins d'un reportage. A la suite d'une querelle avec un Thai, Bradley - ivre - tue l'homme en état de légitime défense mais s'enfuit néanmoins en direction de la frontière birmane. Il décide alors de suivre la rivière en compagnie d'un guide. Malheureusement, celui-ci est tué et Bradley est alors capturé par une tribu de primitifs. Sauvé de la mort par la fille du chef, la belle Maraya (Me Me Lai), notre homme blanc va réapprendre la loi de la jungle. Bradley est ainsi attaché avant d'être percé de flèches. Il subit l'épreuve de la soif, des privations et d'un soleil brûlant, séduit la fille du chef et entame avec elle des dialogues rudimentaires. Avec huit ans d'avance sur Lynch, notre homme, considéré par les indigènes comme un poisson à cause de sa combinaison de plongée, se prend pour Elephant Man et lance un déchirant "I am not a fish, I am a human being!" Dans la grande scène de séduction, nous retrouvons Maraya assise les yeux bandés, attendant ses prétendants. Ceux-ci lui palpent brutalement les seins ou l'entrejambe alors que le héros (pourtant défini au départ comme un macho fini) lui prend la main avec délicatesse. Devant tant de prévenance, la sauvageonne fond aussitôt d'amour et se laisse grimper dans toutes les positions…hors champs malheureusement! Emporté par ce lyrisme érotico gnan gnan, Umberto Lenzi se prend pour Lelouch: les tourtereaux courent aux ralentis, roulent dans la farine et se murmurent des mots tendres, sur une musique sirupeuse à laquelle ne manque que les chabadabadas. Hélas, le bonheur est éphémère: le héros sauve un gamin en pratiquant une trachéotomie improvisée et s'attire l'aménité du sorcier du village. L'homme médecine jette alors un sort à Maraya, qui devient aveugle. Un malheur n'arrivant jamais seul, le village est attaqué par les cannibales (une tribu voisine) qui violent une jeune fille avant de la dévorer. Mais Bradley mène la contre-offensive et, après la naissance de son fils et le décès de son épouse, décide de reconstruire le village dont il est devenu chef. Bref, un beau roman, une belle histoire! Le film, jadis classé nasty, s'avère inférieur à sa réputation de spectacle extrême. Petit métrage assez quelconque, produit par le fameux Ovidio Assonitis, CANNIBALIS est important dans le sens où il lança cette mode juteuse et typiquement italienne mais, pour les coutumiers du (sous-) genre, il risque de décevoir: trop de romance mièvre et pas assez "d'action". Cela dit les paysages sont superbes, la musique parfois efficace, les indigènes jolies et largement dévêtues (en particulier Me Me Lai) et le scénario se défend malgré d'évidents emprunts. Les acteurs s'avèrent convaincants et la mise en scène est adéquate quoique sans génie. Me Me Lai et Ivan Rassimov devait ensuite se retrouver dans les deux principales productions de la vague "cannibale": LE DERNIER MONDE DE CANNIBALE de Ruggero Deodato et CANNIBAL FEROX du même Umberto Lenzi. Il est d'ailleurs amusant de constater que ces 2 cinéastes jouèrent à la surenchère durant une dizaine d'années: Deodato répondit à ce CANNIBALIS par un similaire mais plus violent DERNIER MONDE CANNIBALE tandis que Lenzi contre-attaquait avec LA SECTE DES CANNIBALES et CANNIBAL FEROX. Deodato boucla la boucle avec l'abominable CANNIBAL HOLOCAUST, point culminant du "gore cannibale" ritale. Le dernier métrage important relevant de ce sous-genre fut ensuite AMAZONIA qui, en fait, s'apparente à un retour aux sources reprenant le schéma de ce CANNIBALIS. Agréable et sympathique, le métrage de Lenzi mérite donc au moins une vision. |
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Fred Pizzoferrato - Juillet 2007 |
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