OBSESSIONS CHARNELLES
Titre: Carnalita
Réalisateur: Alfredo Rizzo
Interprètes: Erna Schurer

 

Femi Benussi
Jacques Stany
Michelina Cavaliere
Pupo De Luca
Mario De Rosa
 
Année: 1974
Genre: Thriller / Erotique / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Rattaché au giallo, comme bien d’autres productions méconnues de la même époque, de par son titre aguichant, ses origines géographiques et temporelles et la présence de Femi Benussi, ce modeste effort d’Alfredo Rizzo (qui récidiva l’année suivante avec le plus sympathique L’INSATIABLE SAMANTHA) s’apparente essentiellement à un drame érotique très daté ponctué de rares éléments de thriller.

Un riche homme d’affaires, Luciani, surnommé « Le professeur », a pour principal centre d’intérêt les femmes qu’il courtise constamment. Tandis que sa femme, Elisabeth, atteinte d’une maladie incurable, agonise sur son lit, le tombeur entretient une relation adultérine avec son infirmière, Anna, allant parfois jusqu’à lui faire l’amour aux côtés de son épouse plongée dans le coma. Dans le même temps, Luciani parvient, par des manœuvres frauduleuses, à ruiner un châtelain, le comte Valenti, dont il acquiert la magnifique propriété sur la Riviera pour une bouchée de pain.

Vivant une nouvelle passion avec Marita, sa secrétaire, le séducteur succombe ensuite aux charmes de la jeune Roberta, sauvée de la noyade et invitée sur son yacht. Devant l’importance prise par cette maitresse, Anna décide de jouer son va-tout : elle empoisonne Elisabeth afin d’épouser Luciani. Malheureusement pour elle, notre « professeur » la chasse sans ménagement et lui préfère la nouvelle venue, qu’il installe au château. Roberta se refuse pourtant au businessman jusqu’au jour où ce dernier lui propose de convoler en justes noces…

Sans grand intérêt, OBSESSIONS CHARNELLES s’apparente, durant les trois quart du temps de projection, à un quelconque film érotique de consommation courante. La nudité y est donc généreuse et les actrices principales (Erna Schurer et Femi Benussi) y déambulent dans le plus simple appareil avant de succomber aux charmes virils du peu crédible Jacques Stany, lequel éprouve de sérieuses difficultés à donner le change en Don Juan impénitent.

L’intrigue, fort mince, multiplie donc les passages osés (caviardés de plans hardcore lors de la sortie du film en vhs) sans susciter la moindre excitation. La mise en scène peu inspirée d’Alfredo Rizzo ne sauve pas les meubles, bien au contraire, puisque certaines séquences sombrent dans le grotesque involontaire. Une scène d’orage, par exemple, abuse de stock-shots mal étalonnés qui la rendent ridicule d’amateurisme. D’autres passages, voulus sulfureux, ne possèdent, hélas, aucun impact et échouent à communiquer le sentiment de perversité souhaité.

Le dernier quart d’heure, un poil plus intéressant, développe toutefois une petite machination prévisible qui assure au long-métrage son lien, certes ténu, avec le giallo. L’héroïne essaie en effet de supprimer son mari…en l’épuisant sexuellement. Ses motivations, dévoilé dans les derniers moments, ne surprendront d’ailleurs pas les familiers du thriller à l’italienne qui auront rapidement deviné où le cinéaste voulait en venir…au terme de longues et ennuyeuses circonvolutions.

Si le mélange de drame romantique, d’érotisme et de thriller, agrémenté de notes « giallesques » et de quelques touches de comédie dans un cadre gothique aurait pu donner un intéressant hybride à même de contenter les amateurs de curiosités, la sauce ne prend, hélas, jamais et le plat, mal cuisiné, manque d’épices pour satisfaire les inconditionnels du cinéma d’exploitation des années ’70.

La beauté des décors naturels, le superbe castel (qui resservira pour L’INSATIABLE SAMANTHA) et la présence des belles Femi Benussi et Erna Shurer (LA BAMBOLA DI SATANA, NUE POUR L’ASSASSIN) en tenue d’Eve, associés à une bande originale mélodieusement entêtante (quoique répétitive) signée Carlo Savina redent la vision d’OBESSIONS CHARNELLES supportable pour les plus courageux.

Ceux-ci lui pardonneront peut-être, avec beaucoup d’indulgence, ses innombrables et pesantes longueurs. Il s’agit néanmoins d’un titre extrêmement mineur, à l’intrigue rachitique et au rythme anémique, qui ne mérite pas de sortir de l’oubli dans lequel il a sombré.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014