CASTLE FREAK
Titre: Castle Freak
Réalisateur: Stuart Gordon
Interprètes: Jeffrey Combs

 

Barbara Crampton
Jessica Dollarhide
Jonathan Fuller
Massimo Sarchielli
Elisabeth Kaza
Luca Zingaretti
Année: 1995
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur Neo Publishing
Critique:

Alors que, jusqu’au milieu des années 80, les adaptations « officielles » de l’œuvre de Lovecraft au cinéma pouvaient se compter sur les doigts d’une main (LA MALEDICTION D’ARKHAM, DIE MONSTER DIE, LA MALEDICTION DES WHATELEY, LA MAISON ENSORCELE et THE DUNWICH HORROR), la sortie de RE-ANIMATOR remet à l’honneur, en 1985, le reclus de Providence. Stuart Gordon enchaine immédiatement avec FROM BEYOND avant d’aller voguer vers d’autres cieux en réalisant le film de science-fiction FORTRESS, le conte macabre DOLLS et une adaptation d’Edgar Poe avec LE PUIT ET LE PENDULE.

Toutefois, en 1995, le cinéaste revient à l’univers de Lovecraft via un petit budget ne payant pas de mine intitulé CASTLE FREAK. Soucieux, sans doute, de retrouver le succès de RE-ANIMATOR, devenu depuis un classique culte de l’horreur, Gordon convie le scénariste Dennis Paoli, le musicien Richard Band, les producteurs Albert et Charles Band et, bien sûr, ses acteurs fétiches, à savoir Jeffrey Combs et Barbara Crampton, pour le tournage de ce nouveau récit horrifique aux évidentes inspirations gothiques.

La base de l’intrigue est, une fois de plus, empruntée à Lovecraft, via sa nouvelle « Je suis d’ailleurs », écrite à la première personne et contant la solitude d’un être maudit vivant dans un château et prenant, peu à peu, conscience de sa monstruosité. Bien sûr, cette courte nouvelle va être fortement étoffée et la créature reléguée au second plan, le métrage se référant tout autant, sinon davantage, aux films d’horreur gothiques italiens dans lesquels un individu hérite d’une demeure supposée maudite et finit par en découvrir l’horrible secret.

CASTLE FREAK ne mentionne d’ailleurs pas directement la paternité de Lovecraft (dont on retrouve aussi, de manière diffuse, certaines thématiques provenant d’autres textes) à cette intrigue, assez conventionnelle et peu originale, se contentant de « remerciements » adressés à l’écrivain lors du générique de fin.

John Reilly a dernièrement vécu un grave accident de voiture ayant causé la mort de son petit garçon et rendu aveugle sa fille Rebecca. Aujourd’hui, John arrive en Italie en compagnie de son épouse Susan et de Rebecca, afin de prendre possession d’un château ancestral dont il vient d’hériter. Susan, pour sa part, ne peut oublier le passé et accable John de reproches tandis que ce dernier tente de recoller les morceaux brisés de son existence. Souhaitant vendre la propriété au plus vite, John se voit cependant contraint de s’y installer quelques temps avec sa petite famille. Rapidement, une présence étrange et agressive se fait sentir dans les couloirs de cette demeure supposée abandonnée…

Production à petit budget, CASTLE FREAK se déroule pratiquement entièrement dans les murs d’un vieux château appartenant à Albert Band et situé à Giove, une commune d’Ombrie, dans la province de Terni. Avec cette contrainte imposée, à savoir une unité de lieu quasi parfaite, Gordon peut s’intéresser à ses personnages et dépeindre avec une vraie réussite les caractères de ces trois principaux protagonistes. Jeffrey Combs incarne un alcoolique brisé par la mort de son fils et soumis aux critiques continuelles de son épouse (Barbara Crampton), laquelle se refuse à lui et surprotège sa fille, adolescente rendue aveugle dans un accident (Jessica Dollarhide, dans son unique rôle sur les grands écrans). Les acteurs accomplissent un travail très appréciable de caractérisation et le métrage, pour une fois, évite le manichéisme, y compris pour dépeindre le « castle freak », une créature solitaire à la fois dangereuse, maladroite et pitoyable.

L’intrigue, elle, avance lentement, en ménageant des rebondissements crédibles et en adoptant un rythme posé basé sur les déambulations des intervenants dans cette immense bâtisse comprenant pas moins de 150 chambres. A l’exception du meurtre un peu gratuit mais efficace d’une prostituée, Stuart Gordon met la pédale douce sur le gore en privilégiant le climat malsain et l’ambiance macabre et oppressante. Seules les quinze dernières minutes se révèlent plus mouvementées et violentes mais CASTLE FREAK parvient à maintenir l’intérêt durant la totalité de son temps de projection. Dommage qu’une photographie assez quelconque atténue la réussite du métrage mais celui-ci possède cependant suffisamment de qualité pour emporter l’adhésion et se suivre avec beaucoup de plaisir.

Renouant avec des thématiques classiques souvent explorées dans les années ’60, le film de Stuart Gordon prend ses distances avec le cinéma d’horreur excessif et humoristique des années 80 et 80 pour retrouver le sérieux des productions d’antan. Une approche salutaire et non dénué d’ironie puisque le cinéaste tourne ici le dos à une manière d’envisager l’horreur qu’il a largement contribué à populariser via ses premiers films.

En dépit d’un scénario en apparence banale, CASTLE FREAK s’avère une réussite surprenante ne sacrifiant jamais ses personnages au profit de l’horreur pure. Le traitement choisi, à la fois classique et moderne, concourt à rendre cette réalisation intemporelle des plus intéressantes et pourra convaincre les amateurs de fantastique gothique, les nostalgiques de l’épouvante d’antan et les adeptes de l’horreur graphique. Une jolie surprise méritant largement la (re)découverte.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010