CATTIVE INCLINAZIONI
Titre: Cattive Inclinazioni
Réalisateur: Pierfancesco Companella
Interprètes: Guido Berti

 

Mirca Viola
Florinda Bolkan
Rosaria de Chico
Eva Robin’s
Franco Nero
 
Année: 2003
Genre: Giallo / Thriller érotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

10 ans après BUGGIE ROSE, une histoire de tueur en série opérant dans les milieux gays, Pierfancesco Companella revient sur les terres du giallo avec ce troisième (et pour l’instant dernier) long-métrage.

L’intrigue mixe vaille que vaille serial killer, machination, érotisme (souvent lesbien), enquête policière et critique des médias toujours prompts à entretenir la peur des citoyens via des faits divers horribles mais le résultat, hélas, manque de nerfs.

L’Italie vit dans la psychose d’un mystérieux tueur qui agresse des jeunes femmes et les poignarde à l’aide d’une équerre métallique (si !). La presse, bien sûr, fait ses choux gras de cette suite d’assassinats sanglants et entretient un climat d’épouvante que compte également exploiter une artiste peintre, Mirta, qui s’inspire des mises en scènes du meurtrier pour ses tableaux. Dans le même immeuble vivent deux lesbiennes, Nicole et Otilia. La première, ancienne gloire de la pop des années ’80, voit dans les crimes une occasion de se placer à nouveau sous les feux des projecteurs en prétendant être victime de menaces. La seconde fréquente un étudiant en architecture, Premio, adepte des relations masochistes au passé trouble qui devient rapidement le principal suspect.

Si tous les éléments essentiels au giallo sont présents (meurtres nombreux, assassin vêtu de cuir noir, arme du crime originale, scènes saphiques, nudité gratuite, suspects à foison, chantage, machination et retournements de situation à profusion), CATTIVE INCLINAZIONI ne fonctionne guère et échoue à renouer avec le charme des thrillers italiens des précédentes décennies. La réalisation, purement fonctionnelle, ne génère aucun suspense, les acteurs sont, dans leur majorité, médiocres, les scènes érotiques se révèlent timorées et les meurtres manquent eux aussi de tonus.

La photographie, la musique et les décors (l’architecture est sous exploitée) ne dépassent jamais le simplement correct et seules de rares scènes dépassent le tout-venant. L’ensemble est, en outre, plombé par un scénario inutilement complexe et peu aisé à suivre qui tente de perdre le spectateur dans les méandres de machinations improbables pour lui éviter de réfléchir aux nombreuses invraisemblances émaillant cette enquête laborieuse.

Les personnages, dans leur majorité antipathique, ne s’éloignent pour leur part guère des clichés éculés, de l’artiste homosexuelle prête à tout pour la célébrité à la journaliste de télévision arriviste en passant par le flic pressé de trouver un coupable bouc-émissaire pour masquer son incompétence. En dépit de sa médiocrité, le film parvient cependant à ne pas ennuyer: son scénario en roue libre fait fi de toute logique mais maintient l’attention et la présence de quelques visages familiers du bis donne à l’ensemble un aspect référentiel plaisant.

Voulant rendre hommage aux grandes heures du cinéma populaire italien, le cinéaste convie Florinda Bolkan (qui renoue avec le giallo deux décennies après CAROLE et LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME de Lucio Fulci), Eva Robin’s (célèbre comédien(ne) transgenre découverte dans TENEBRES d’Argento) et Franco Nero qui incarne un sans-abri prêchant l’apocalypse dans sa tenue de KEOMA.

Si tout cela reste insuffisant pour élever au-dessus de la moyenne ce produit anonymement emballé (on pense beaucoup à un banal téléfilm érotico-policier de seconde partie de soirée), CATTIVE INCLINAZIONI n’est certes pas le pire « neo giallo » de ces dernières années. Nous sommes toutefois loin d’une grande réussite et le film sera, par conséquent, réservé aux inconditionnels absolus du sexy thriller européen.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014