CHAIR DE POULE - LE FILM
Titre: Goosebumps
Réalisateur: Rob Letterman
Interprètes: Jack Black

 

Dylan Minnette
Odeya Rush
Ryan Lee
Amy Ryan
Jillian Bell
Halston Sage
Année: 2015
Genre: Fantastique familial
Pays: USA / Australie
Editeur
Critique:

La saga « chair de poule » fut, tout d’abord, littéraire et initia le grand chambardement de la littérature fantastique pour la jeunesse qui donna les innombrables collections « young adults » actuelles et les succès d’HARRY POTTER, HUNGER GAMES, DIVERGENTE et bien d’autres. Imaginé par R.L. Stine, d’abord auteur humoristique, la série débute en 1992 avec le très plaisant « La maison des morts » qui revisite le thème du zombie de manière gentillette.

En cinq ans, Stine écrira une soixantaine de romans d’épouvante destinés aux enfants et aux jeunes adolescents, auxquels s’ajoutent de nombreuses séries dérivées (comme « Chair de poule 2000 » qui compte 25 romans). La plupart reprennent les conventions de l’horreur « adulte » mais en les édulcorants pour un public beaucoup plus jeunes : fantômes, monstres, aliens, blob, momie, etc. sont donc de la partie. Très vite le succès est énorme et la plupart des livres sont adaptés sous forme télévisuelle dans une série qui compte quatre saisons (entre 1996 et 1999). Stine devient un des plus gros best-sellers et se définit comme un « Stephen King pour les enfants ». Le film ironise d’ailleurs en pointant que Stine a vendu bien davantage que le King…au faite de sa gloire, chaque roman estampillé « Chair de poule » se vend en effet à quatre millions d’exemplaires. En tout Stine aurait vendu plus de quatre cent millions de livres (!).

Porté la série sur grand écran semblait dès lors une évidence mais c’est sans doute l’engouement récent pour le « fantastique jeunesse » qui a motivé les producteurs, lesquels espèrent évidemment tenir une nouvelle franchise porteuse. L’approche choisie est amusante puisque, dans CHAIR DE POULE – LE FILM, la fiction devient, littéralement, réalité.

L’histoire se centre sur un adolescent, Zack, qui débarque avec sa mère (suite au décès de son père) dans une petite ville perdue. Très vite, Zack est attiré par sa voisine, Hannah, qui se révèle la fille de l’écrivain R.L. Stine (joué par un Jack Black très énergique). Accompagné par son copain Champ, Zack tente d’inviter la jeune femme à un bal mais, dans l’entreprise, ouvre accidentellement un manuscrit de Stine jusque-là sous clé. Or, tout ce que le romancier a écrit à la faculté de devenir réel…et les voici coursés par l’abominable homme des neiges de Pasadena puis un pantin maléfique, un loup-garou et une horde de nains de jardins tous issus des best-sellers de Stine.

Non dénué d’un certain second degré, le film suggère qu’il n’est pas très difficile d’écrire un roman « chair de poule » et que Stine est même capable de s’exécuter en une heure (ce qui permettra d’éviter l’apocalypse). Si l’’épouvante des romans est très légère et destinée aux 10/12 ans, le film dévie quelque peu du schéma et oublie une partie des frissons pour une aventure fantastique échevelée davantage calibrée pour les jeunes adolescents. Le héros ayant 17 ans, on n’échappe pas à une romance d’apparence mièvre mais qui permet, au final, quelques jolis moments et même un peu d’émotions non dénués d’un soupçon de poésie bienvenue… hélas gâchée par un happy end convenu et raté. La mythologie développée par Stine répond de son côté présent afin d’enchanter les fans : le loup garou des marécages, l’abominable homme des neiges de Pasadéna, le blob mangeur d’hommes, les plantes carnivores géantes issues du « sous-sol interdit », les aliens de « l’invasion des extra-terrestres et surtout le « pantin maléfique » Slappy, devenu tellement populaire qu’il revint une demi-douzaine de fois (Dans le film, Stine décrit la vengeance de Slappy, s’arrête l’air inspiré et déclare « Slappy’s revenge serait un bien bon titre pour un prochain livre »). Les meilleurs protagonistes sont néanmoins une horde de nains de jardins animés très agressifs qui nous rejouent une des scènes cultes de EVIL DEAD 3 L’ARMEE DES TENEBRES en se jetant sur les héros.

On aurait aimé que le film joue plus ouvertement la carte du délire et du décalage mais cela reste un bon moment. Ce bestiaire permet un déluge d’effets spéciaux malheureusement souvent assez piteux, en particulier l’horrible loup-garou qui semble issu d’un jeu vidéo déjà bien daté. Les effets purement visuels de type pyrotechnique fonctionnent nettement mieux et rythment adroitement un long-métrage surtout pensé pour les plus jeunes spectateurs. Les adultes ont toutefois droit à quelques touches humoristiques qui fonctionnent efficacement et à l’un ou l’autre clin d’œil sympathique.

Au final Jack Black, campant Stine, introduit Stine jouant Black (ouch !), présenté comme le « nouveau prof de théâtre ». Dans l’ensemble, CHAIR DE POULE n’est pas désagréable et s’avère même plus réussi qu’on ne pouvait le craindre. En dépit de ses nombreux défauts, l’ensemble est enlevé, tonique, rapide (guère le temps de s’ennuyer), pétaradant et bourré jusqu’à la gueule de monstres bizarres et rigolos.

Certains ont déjà pointé les similitudes avec JUMANJI mais CHAIR DE POULE reste appréciable : ça court, ça fonce à 100 à l’heure, ça explose et ça passe plaisamment le temps. On n’en espérait pas plus, le contrat est donc rempli…surtout si on a moins de 15 ans.

Fred Pizzoferrato - Février 2016