LE DEFI DE ROBIN DES BOIS
Titre: A Challenge for Robin Hood
Réalisateur: C.M. Pennington-Richards
Interprètes: Barrie Ingham

 

Peter Blythe
John Arnatt
Gay Hamilton
James Hayter
John Gugolka
Eric Flynn
Année: 1967
Genre: Aventures / Cape et épée
Pays: Grande Bretagne
Editeur Seven 7
Critique:

Plus connue des amateurs pour ces nombreuses réussites dans le domaine de l’épouvante gothique, la Hammer a néanmoins livré des titres intéressants dans de nombreux autres genres, que ce soit le policier, la science-fiction ou, comme ici, le « cape et épée ». Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que la Hammer consacre un métrage à « l’homme encagoulé » puisque dès 1954 sortait LA REVANCHE DE ROBIN DES BOIS. Six ans plus tard, la compagnie propose LE SERMENT DE ROBIN DES BOIS et, enfin, en 1967, ce troisième et ultime essai de la compagnie intitulé LE DEFI DE ROBIN DES BOIS.

L’intrigue, bien sûr, ne se veut pas d’une folle originalité et prend place dans l’Angleterre moyenâgeuse. Alors que le Roi Richard est retenu captif, le Prince Jean terrorise le pays et les paysans vivent, ou plutôt survivent misérablement. Au château des Courtenay, Sir John, sur son lit de mort, partage ses biens et possessions à part égales entre ses deux fils, Henry et Roger, et son neveu, Robin. Une décision rendant Roger particulièrement hargneux. Le jeune homme n’hésite pas à assassiner son frère pour toucher l’héritage et il monte un guet-apens conduisant Robin à se voir accuser du meurtre. Parvenant à s’enfuir avec l’unique témoin, le Frère Tuck, Robin de Courtenay trouve refuge dans la forêt de Sherwood et y rencontre une joyeuse bande de hors la loi dont il devient rapidement le chef. Pendant ce temps Roger complote contre Robin en compagnie du Shérif de Nottingham et se propose de faire exécuter Will Scarlet, un ami de Robin, au cours d’une prochaine fête. Devenu le justicier Robin des Bois, l’héritier des Courtenay vole au secours de son ami et de la belle Lady Marianne, retenue prisonnière au château.

LE DEFI DE ROBIN DES BOIS ne se préoccupe guère d’une intrigue complexe ou de personnages bien caractérisés, l’essentiel résidant dans un divertissement familial rythmé et agréable à suivre. Si le cinéaste offre une certaine épaisseur au Shérif de Nottingham, présenté comme manipulateur, intelligent et machiavélique, Roger, pour sa part, assume le rôle du méchant irrécupérable et devient une sorte de criminel de bande dessinée transformant son château en un lieu de débauche. Robin des Bois, de son côté, demeure un justicier unidimensionnel et sûr de son bon droit.

Son arrivée dans la forêt aboutit rapidement à sa prise de pouvoir et tous les hors la loi lui obéissent spontanément. Aucune rivalité ne transparait et le jeune noble se change en un super justicier en l’espace de quelques jours. D'ailleurs, lui aussi verse dans le personnage de comic-book avec son adresse fantastique à rendre jaloux Green Arrow et Œil de Faucon réunis. Il faut voir l’archer abattre, les yeux bandés, un oiseau en plein vol pour mesurer l’aspect résolument outrancier d’un personnage promptement baptisé « Robin Hood » par un gamin hilare. Néanmoins, en dépit de ses excès (lesquels participent cependant au charme nostalgique d’un métrage ouvertement destiné à un public jeune), LE DEFI DE ROBIN DES BOIS se laisse suivre avec plaisir.

Les décors et costumes sont tout à fait corrects, le budget alloué par la Hammer paraissant suffisant pour une reconstitution non pas historiquement fidèle mais à tout le moins crédible dans les limites d’un récit d’aventures grand public. Quelques passages sont même assez spectaculaires, comme celui se déroulant dans une fête donnée à l’occasion de la pendaison de Will Scarlett. En dépit du tragique de la situation le burlesque prend d’ailleurs le dessus et aboutit à un combat de tourtes incongru mais amusant. L’intrigue, pour sa part, se déroule sans anicroches et laisse de nombreuses opportunités à Robin et ses compagnons pour démontrer leur adresse à l’arc ou à l’épée.

Le climat général reste d’ailleurs très léger et gentillet, avec un humour bon enfant pas franchement original mais sympathique. Le duel final se montre lui aussi suffisamment nerveux pour emporter l’adhésion même si son issue ne fait jamais le moindre doute, évidemment. Les dernières secondes laissent pourtant présager une suite mais la Hammer y renonça.

Le réalisateur Pennington Richard, un habitué de la télévision plus que des grands écrans, livre pour sa part un habile travail d’artisan consistant essentiellement à capter l’intérêt du spectateur en proposant un spectacle rythmé et en se focalisant sur les combats à l’épée, plutôt bien chorégraphiés et effectifs.

En ce qui concerne le casting Robin est joué par l’athlétique acteur de télévision Barrie Ingham et la plupart des interprètes ont essentiellement travaillés pour la petite lucarne. Même si aucune stars de la Hammer ne répond présent les acteurs se révèlent tous convaincants et enthousiastes à condition d’accepter un certain cabotinage et les clichés du « cape et épée » familial comprenant les balades chantées au coin du feu, les gros rires complices et les batailles pas vraiment sérieuses.

Dans l’ensemble LE DEFI DE ROBIN DES BOIS se suit donc avec bonheur et un petit sourire complice. Nous sommes loin d’une grande réussite mais, à condition d’accepter les limitations de ce pur divertissement grand public, le métrage se laisse voir sans passion mais sans aucun ennui, ce qui n’est déjà pas si mal même si on le conseillera essentiellement aux inconditionnels de la Hammer ou des histoires de Robin des Bois.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010