LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES
Titre: Der Fluch der schwarzen Schwestern
Réalisateur: Joseph W. Sarno
Interprètes: Nadia Henkowa

 

Anke Syring
Ulrike Butz
Nico Wolferstetter
Claudia Fielers
Marie Forså
Flavia Keyt
Année: 1973
Genre: Erotique / Horreur / Fantastique
Pays: Suède / Allemagne / Suisse
Editeur Artus
Critique:

Durant plus de quarante ans, Joseph W. Sarno fut, aux Etats-Unis, un des principaux pionniers et pourvoyeurs de l’érotisme. Né en 1921, il se lance dans la fiction au début des années ’60 et assiste aux différentes (r)évolutions du cinéma sexy, de la « sexploitation » au hardcore. Il travaille ainsi avec les différentes starlettes du genre, comme Dyanne Thorne (ensuite célèbre pour son rôle de ILSA LA LOUVE DES SS), la Suédoise Christina Lindberg (actrice du brutal THRILLER : CRIME A FROID) ou encore Georgina Spelvin, révélée par L’ENFER POUR MISS JONES, sans oublier des hardeuses comme Seka ou Annie Sprinkle.

Le cinéaste décroche un premier grand succès en 1968 avec INGA, tourné en Suède et affublé, aux USA, d’un infâmant classement X. Apparemment peu intéressé par le porno, le cinéaste va cependant se plier, contraint et forcé, aux standards du hardcore lorsque celui-ci envahit complètement le marché au début des seventies. En 1973, Sarno signe son premier porno, SLEEPY HEAD, suivi de bien d’autres, souvent sous pseudonyme, mais réalise également GORGE PROFONDE 2 qui, contrairement à l’original, est un softcore.

Comme la plupart des metteurs en scène spécialisés dans l’érotisme, Joseph W. Sarno sombre dans les années ’80 dans la routine des vidéos X et enchaîne les tournages bâclés pour satisfaire un marché en pleine explosion. A son décès, survenu en avril 2010, à l’âge respectable de 89 ans, il laisse derrière lui 120 réalisations dont environ 75 eurent droit à une sortie dans les salles de cinéma. Jadis décrié, Sarno a, depuis, été réévalué par la critique et eut même droit à un hommage à la prestigieuse Cinémathèque française.

Datant de 1973, LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES constitue une des rares tentatives de Sarno de mélanger l’érotisme au fantastique traditionnel, voir à l’épouvante gothique.

Le résultat, malheureusement, n’est guère convaincant tant la fusion des genres ne s’opère jamais harmonieusement. S’inscrivant dans la lignée des populaires films de vampires lesbiens du début des années ’70 (comme VAMPYROS LESBOS, VAMPYRES, THE VAMPIRE LOVERS, LES LEVRES ROUGES ou encore les nombreux essais de Jean Rollin), LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES fut entrepris à l’initiative de son producteur, Christian Nebe, lequel souhaitait tirer parti d’un château médiéval bavarois en sa possession pour tourner un film érotique. Très vite, la tentation du gothique surgit dans l’esprit de l’équipe, soucieux d’exploiter le potentiel de ce lugubre décor.

L’intrigue, minimaliste, suit par conséquent les codes du genre et présente une secte aux noirs desseins, une sorcière ayant juré de se venger par delà la mort, une peinture à la maléfique influence et une poignée de demoiselles prêtes à succomber à la tentation. Le fatras fantastico-sexy coutumier des long-métrages italiens de la décennie précédente mais, malheureusement, l’atmosphère ne fonctionne pas dans le cas de ce bien ronronnant CHÂTEAU DES MESSES NOIRES.

Dans le château maudit de Varga, une secte d’adoratrices de Satan tente de ramener à la vie la sorcière Varga, une baronne exécutée des siècles plus tôt pour ses actes impies. Wanda Krog, chef de la sororité démoniaque, tente parallèlement de trouver une descendante de la baronne afin que cette dernière puisse se réincarner et répandre le mal à l’époque contemporaine. Elle invite par conséquent deux jeunes filles, Monika et Helga, dans le castel hanté. Peu après, un accident de voiture conduit Peter Manacca et sa sœur, Julia, dans le même lieu sinistre. Or, il apparait que Julia, titillée par des désirs incestueux envers son frangin, n’est autre que la descendante d’Ulla, sœur et ennemie de la sorcière jadis carbonisée. Les envies lubriques de ce petit monde vont, dès lors, s’éveiller et l’horreur ne va pas tarder à se déchaîner…enfin, façon de parler car, en réalité, il faut attendre le dernier quart d’heure pour que le film daigne s’animer quelque peu, Joseph Sarno meublant le reste du temps de projection par de très longues et répétitives danses lascives suivies d’étreintes saphiques prolongées.

Petite consolation pour le public, LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES n’est pas avare de nudité ni de demoiselles souvent charmantes aimant s’occuper seules, en couple ou à plusieurs, trouvant toujours d’intéressantes utilités à divers objets, en particuliers les bougies, lorsque leurs doigts ou leur langue sont fatiguées de s’acharner sur l’intimité de leur compagne. C’est plaisant à l’œil mais aussi, rapidement lassant, le film restant toujours dans le softcore même si celui-ci se révèle relativement épicé.

En dépit de ses faiblesses, LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES offre néanmoins quelques innovations bienvenues, comme ces étranges talismans protecteurs qui remplacent avantageusement les crucifix ou l’utilisation d’une bande sonore envoutante laissant la part belle aux percussions tribales puissamment sensuelles. Cela ne suffit pas, toutefois, à compenser un manque de rythme criant qui laisse souvent le spectateur partagé entre assoupissement et ennui profond, le recours à la touche « accéléré » pouvant, heureusement, lui sauver la mise jusqu’au final un poil plus intéressant.

Quelques séquences laissent également songeur et se révèlent, selon le degré de tolérance « nanar » du spectateur, gentiment évocatrices ou complètement ridicules, à l’image de cette victime persécutée par des chauves-souris invisible. Economie quand tu nous tiens ! Les éclairages adroits, un certain soin dans la composition des scènes, une poignée de clichés horrifiques et un souci esthétique évident élèvent le produit mais ne suffisent pas à le sauver de la vacuité.

D’une durée de près d’une heure quarante cinq minutes, LE CHÂTEAU DES MESSES NOIRES s’avère, en outre, nettement trop long pour maintenir l’intérêt étant donné le peu de substance de son intrigue prétexte. L’aspect fantastique devant se contenter de la portion congrue, seuls les inconditionnels de jeunes filles dénudées apprécieront cette production globalement languissante et ratée.

Il existe de bien meilleur films d’épouvante gothique et de bien plus sensuels films érotiques pour trouver un réel intérêt à cette œuvre bâtarde à réserver essentiellement aux cinéphages curieux.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012