A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY
Titre: Mun ching sap daai huk ying
Réalisateur: Bosco Lam
Interprètes: Yvonne Yung Hung

 

Lawrence Ng
Julie Lee
Siu-Kei Lee
Elvis Tsui
Kwong Leung Wong
Mai Ching
Année: 1995
Genre: Erotique / Horreur / Tortures / Drame
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Cette production du prolifique Wong Jing (spécialiste des sujets racoleurs coupables de quelques incontournables comme SEX AND ZEN, EBOLA SYNDROME ou la très excessive pentalogie des RAPED BY AN ANGEL) constitue un bon exemple de CategorieIII, ces films hongkongais interdits aux moins de 18 ans qui, généralement, mélangent érotisme et violence de façon très décomplexée. Le réalisateur méconnu Bosco Lam (huit long-métrages au cours des années ’90) s’y amuse à détailler un nombre élevé de tortures, à la manière des classiques de la naziexploitation ou des films consacrés à l'Inquisition.

Cependant, en dépit d’un titre prometteur et de quelques scènes corsées, A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY se veut également (et même essentiellement) une comédie érotique à l’humour particulièrement outrancier et irrévérencieux. Bref, un film complètement irresponsable mais franchement marrant dans sa manière de piétiner toutes notions de bon goût et de politiquement correct.

Un homme est retrouvé mort, victime d’une explosion du pénis causé par une surdose d’aphrodisiaque destinés à satisfaire son insatiable épouse, Little Cabbage. Cette-dernière et son amant, un étudiant nommé Yang Ni-mu, sont conduits devant un juge cruel et accusé d’adultère et d’assassinat. Or, les véritables coupables sont, en réalité, la femme de Yang Ni-mu et le fils du juge ! Pour sauver son fils, le magistrat n’a d’autre choix que de prouver la culpabilité de Little Cabbage qu’il soumet à moult tortures et humiliations afin de lui faire avouer « son » crime.

Complètement inimaginable en Occident A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY est une comédie érotique alternativement drôle (les gags sont énormes mais souvent efficaces) et brutales (les tortures sont imaginatives !) qui enchantera les « bisseux » amateurs de long-métrages décalés et désolera les allergiques au second degré. Si les descriptions de dispositifs sanguinaires rappellent les classiques déviants comme ILSA LA LOUVE DES SS ou LA MARQUE DU DIABLE, le ton général d’A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY reste, pour sa part, incroyablement léger.

Dans cette production Wong Jing, l’humour domine et toutes les cruautés étalées le sont, la plupart du temps, dans un but comique. Justifiées par un scénario narré en flashbacks qui vire rapidement à l’absurde, ces tortures permettent surtout de pimenter une intrigue prétexte riche en invraisemblances et jamais crédible. Mais l'important n'était manifestement pas dans cette trame narrative vite expédiée mais plutôt dans les nombreux passages déjantés et amusants qui ponctue la projection. Le long-métrage aligne, par conséquent, les personnages farfelus et les séquences hilarantes comme toutes celles où intervient un type au sexe démesuré! Notre « Rocco » asiatique manque de noyer un rongeur sous des litres d’urines ou asperge copieusement les murs d’une quantité de sperme astronomique. De grands moments !

Datant de 1994, A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY se permet également de parodier un grand succès américain des années précédentes, le fameux GHOST dont Bosco Lam décalque ici la fameuse scène, souvent parodiée, de la poterie. Dans cette version nettement plus corsée, une prude et virginale épouse doit soulager son époux dont le pénis menace d’exploser s’il ne libère pas rapidement sa semence. La belle, incapable d’accueillir en elle le membre gigantesque, se résout à recourir à une vigoureuse masturbation rythmée par une version réorchestrée à la chinoise du tube « Unchained Melody ». Ce grand moment de déconnage paillard devrait provoquer quelques francs éclats de rire chez le spectateur le plus déprimé. La scène culte, souvent citée, d’A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY intervient cependant lorsque

l’increvable Elvis Tsui, l’homme qui tourne plus vite que son ombre (plus d’une centaine de titres au compteur en une trentaine d’années dont LONG ARM OF THE LAW 2 et EVIL CULT), combat la désirable Julie Lee. Leur affrontement martial, rythmé par le célèbre thème musical de Wong Fei Hung (utilisé dans les IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE), se transforme rapidement en une suite d’acrobaties érotiques aériennes, les deux experts rivalisant de techniques sensuelles pour satisfaire leurs partenaires. A la manière des kung fu « old school », nos deux combattants / amants énoncent chacune de leurs méthodes : « la langue invincible », « la toupie »,…Ce grand moment de n’importe quoi assumé suffit d’ailleurs à justifier la vision du long-métrage !

Malgré ce ton volontiers déconneur, A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY ménage quelques scènes fortes non dénuées d'un érotisme prononcé: les gadgets sexuels sont nombreux (un "soutien-seins" émoustillants, des godes de tous les modèle, un cheval de bois avec vibromasseur intégré, etc.) et les nudités sont fréquentes, y compris intégrales. De plus, le cinéaste ne perd jamais une occasion de ligoter et fouetter ses nymphettes, parfois soumises à divers supplices sexuels pour le plus grand plaisir de l’(a)mateur.

Niveau gore, Bosco Lam concocte quelques passages sévères mais généralement suggérés: castration, ongles arrachés, punitions et soumissions diverses, etc. Cependant, rien de véritablement traumatisant n’est présenté au spectateur, le ton du film restant, globalement, à la rigolade inoffensive. Si A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY ne tient pas réellement les promesses de son titre (on pouvait s’attendre, connaissant l’Asie, à plus de brutalités sadiques), l'ensemble reste suffisamment innovant dans la description des diverses tortures pour que l'amateur d’exploitation ne se sente pas floué devant cette relative retenue.

Loin de la perversité parfois choquante de bandes crapoteuses comme RED TO KILL ou THE UNTOLD STORY, ce mélange sympathique d’humour, de gore et de perversions sexuelles constitue donc une bonne introduction à l'univers détraqué de la CatégorieIII. Sympathique, sans prétention, franchement débile, gentiment sexy, joyeusement gore et jamais ennuyeux, A CHINESE TORTURE CHAMBER STORY s’avère un plaisant divertissement, à découvrir entre copains avec de la bière et des chips en suffisance.

Une bonne tranche de rigolade sanglante à conseiller à ceux qui veulent s’initier à ce sous-genre particulièrement revigorant.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre2013