CHRISTINE
Titre: Christine
Réalisateur: John Carpenter
Interprètes: Keith Gordon

 

John Stockwell
Alexandra Paul
Harry Dean Stanton
Robert Prosky
Christine Belford
Kelly Preston
Année: 1983
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

En 1983 John Carpenter se remet de l’échec totalement injustifié qu’il vient de subir avec son pourtant magnifique THE THING en adaptant un roman de Stephen King. A l’époque, l’écrivain n’est pas encore tout à fait la superstar littéraire qu’il deviendra peu après et on ne compte encore qu’un nombre restreint de métrages inspirés de ces œuvres : CARRIE par Brian DePalma, LES VAMPIRES DE SALEM par Tobe Hooper et SHINING par Stanley Kubrick, auquel il faut ajouter le scénario du CREEPSHOW de George A. Romero. Quatre films donc mais réalisés par des pointures du cinéma, rejoint donc par un John Carpenter contraint d’accepter ce boulot de commande pour oublier le flop de THE THING.

D’emblée, Carpenter va prendre de nombreuses libertés avec le roman et supprimer la sous-intrigue mettant en avant le fantôme du précédent propriétaire de la voiture. Pourtant, grâce au DVD nous pouvons à présent, via les scènes coupées, envisager le film sous un éclairage quelque peu différent. En effet l’influence du véhicule maléfique s’exerce de manière plus insidieuse et progressive à l’encontre du jeune adolescent Arnie, lequel devient également visiblement possédé par l’esprit de son prédécesseur. Son comportement change, ainsi que son écriture, et toute cette transformation du jeune garçon timide en individu agressif et sûr de lui s’avère bien mieux amenées…à condition de visionner les scènes coupées ou la version « extended cut ».

L’intrigue se centre donc sur Arnie Cunningham (Keith Gordon, vu précédemment dans LES DENTS DE LA MER DEUXIEME PARTIE et PULSIONS), un adolescent pas vraiment bien dans sa peau mais bon élève et intelligent. Arnie est toujours soucieux de plaire à ses parents et possède un seul véritable ami, Dennis, le sportif star de l’école. De retour à l’école en cette année 1978, Arnie tombe littéralement sous le charme d’une vieille bagnole décrépie nommée Christine anciennement la propriété d’un certain Roland LeBay. Décidé pour une fois à n’en faire qu’à sa tête, Arnie se porte acquéreur du véhicule. Mais Christine exerce rapidement une étrange influence sur le jeune garçon qui gagne en assurance et commence à sortir avec Leigh, une belle jeune fille nouvellement arrivée en ville.

CHRISTINE joue davantage la carte du « teen movie » fantastique que de l’horreur pure et simple et Carpenter refuse donc d’expliquer pourquoi Christine est ce qu’elle est, à savoir une véritable voiture hantée dans laquelle s’est accumulé les énergies négatives de ses précédents occupants et en particuliers du très vicieux Roland LeBay. Le roman s’intéressait davantage à ce phénomène de hantise alors que le métrage, pour sa part, suggère que le véhicule est simplement maudit et ce depuis sa construction sur une chaîne de montage lorsqu’un ouvrier trouve la mort dans son habitacle. Le point de vue de Carpenter n’en reste pas moins intéressant et permet au cinéaste de multiplier les références sexuelles et d’envisager la relation entre Arnie et Christine de manière nettement plus érotique. La caméra montre ainsi la voiture comme un véritable symbole sensuel et s’attarde sur les mouvements caressants du jeune homme devant sa promise qui réagit de manière également très séductrice.

Keith Gordon livre une belle composition en passant du geek réprimé au séduisant garçon assuré et rebelle mais il est dommage que cette transformation se passe trop rapidement pour être véritablement convaincante. Encore une fois on se reportera aux scènes coupées du DVD pour mesurer plus efficacement la performance de l’acteur et les glissements progressifs de sa personnalité. De même sa relation avec son ami Dennis, joué par John Stockwell, s’avère plus intéressante et convaincante à la lumière des passages supprimés, en particuliers les visites d’Arnie à l’hôpital, angoissantes et efficaces.

Servi par une mise en scène d’une belle compétence technique, CHRISTINE s’avère finalement plutôt agréable. La musique composée par John Carpenter lui-même se révèle très réussie et la bande sonore, composée de vieux morceaux rock & roll des années 50 (en particulier le classique « Bad to the bone ») donne un véritable rythme à l’ensemble. Si CHRISTINE n’est pas très effrayant les rares scènes de meurtres sont efficaces et jouent de la suggestion avec une véritable efficacité.

Les effets spéciaux sont eux aussi adroitement utilisés, en particulier dans la séquence la plus fameuse du film qui voit la voiture se réparer d’elle-même. Les cascades et autres scènes d’actions achèvent de faire de CHRISTINE un divertissement certes mineur mais tout à fait sympathique qui se voit avec plaisir.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2009