CHRISTOPHER ROTH
Titre: Christopher Roth
Réalisateur: Max Sender
Interprètes: Joaquim de Almeida

 

Anna Galiena
Ben Gazzara
Francesco Guzzo
Jessica Bonanni
Inigo Placido
 
Année: 2010
Genre: Horreur / Thriller / Giallo
Pays: Belgique / Italie
Editeur  
Critique:

Avec les sorties de AMER et CHRISTOPHER ROTH, le renouveau du giallo, au sens large, semble provenir de la Belgique tant ces deux productions se réfèrent aux thrillers italiens des seventies. Toutefois, CHRISTOPHER ROTH s’inscrit résolument dans une approche plus contemporaine en croisant le giallo avec certaines tendances plus récentes de l’horreur, comme le torture porn et le slasher.

CHRISTOPHER ROTH, le film, traite essentiellement d’un personnage éponyme, un auteur américain réputé de thrillers horrifiques que l’on imagine concurrent de Stephen King et Dean Koontz. Désireux de changer un peu et vexer des commentaires de la critique, l’écrivain envisage d’écrire une romance en dépit des protestations de son agent, pas vraiment convaincu par cette idée. Christopher Roth part donc passer ses vacances en compagnie de son épouse dans un petit village d’Italie où il pense trouver l’inspiration. Manque de bol pour le romancier, un tueur sadique, surnommé le Sanglier, sème la terreur dans la région…

Né en Belgique en 1971, Maxime Alexandre (qui signe ce métrage sous le pseudonyme de Max Sender), n’est pas un nouveau venu dans le domaine du cinéma horrifique puisqu’il fut le directeur de la photographie sur P2 et le récent THE CRAZIES. Il a également travaillé sur LA COLLINE A DES YEUX et MIRRORS pour Alexandre Aja. Max Sender signe ici sa seconde réalisation, un an après HOLY MONEY et, comme pour ce dernier film, il confie le rôle principal à Joaquim de Almeida (vu dans un paquet de longs métrages mais sans doute plus connu du grand public pour sa participation à la saison 3 de « 24 heures chrono »). A ses côtés nous retrouvons Anna Galiena et le vétéran Ben Gazzara, âgé de 80 ans, dont on se souvient pour ses rôles dans THE BIG LEBOWSKI, L’AFFAIRE THOMAS CROWN ou encore, pour les plus pervers, le nanar ROADHOUSE.

Entre le thriller et l’horreur, CHRISTOPHER ROTH prouve que Max Sender connaît les ficelles du giallo et nous retrouvons donc certains éléments indispensables à ce style via un tueur mystérieux terrorisant une région italienne en apparence paisible. Arme blanche et ritualisation du meurtre (l’assassin enfonce des défenses de sanglier dans la bouche de ses victimes), associé à un mobile vague renvoyant à un traumatisme enfantin se situent, eux aussi, dans la lignée des « classiques » de la Péninsule.

Malheureusement, le métrage n’est pas exempt de défauts et souffre d’un style assez terne qui évoque davantage les séries télévisées « policières » récentes que les giallos plus outranciers des seventies. Max Sender se focalise sur l’intrigue, globalement cohérente et vraisemblable (ce qui n’était pas une priorité des réalisateurs italiens de la grande époque, avouons le) mais ne peut éviter certains clichés. Les personnages paraissent ainsi relativement stéréotypés et dès l’annonce « vous constaterez que les portables ne fonctionnent pas ici », le spectateur comprend que la situation va rapidement se détériorer pour l’écrivain vedette.

Les passages introspectifs, les dialogues travaillés et quelques passages plutôt pesants (on n’échappe pas à la lecture d’une lettre devant un verre de vin tandis que l’auteur romanesque joue du piano) ne sont pas toujours franchement convaincants mais CHRISTOPHER ROTH se suit néanmoins sans déplaisir.

Dommage toutefois que le dernier acte délaisse le style giallo pour un banal slasher mâtiné de torture porn peu convaincant. Le genre étant encombré de productions médiocres ne misant que sur la brutalité des séquences de torture, CHRISTOPHER ROTH, dans ses vingt dernières minutes, tire légèrement son épingle du jeu mais ne s’élève toutefois pas vraiment au dessus des clichés vus et revus dans de trop nombreux « direct to DVD » américains. Le cinéaste se laisse toutefois aller, durant ces passages, à une poignée de scènes gore efficaces dont le côté technique se voit assuré par le légendaire maquilleur Giannetto De Rossi, responsable des morts les plus sanglantes de L’ENFER DES ZOMBIES, L’AU-DELA, LA MAISON PRES DU CIMETIERRE, PULSIONS CANNIBALES et, plus récemment, de HAUTE TENSION. Une présence rattachant encore davantage CHRISTOPHER ROTH aux films d’horreur italiens du début des années 80.

Sans parvenir à transcender ses influences, CHRISTOPHER ROTH se laisse regarder sans déplaisir et laisse espérer une carrière intéressante pour Max Sender. Une ouvre non exempte de défauts mais suffisamment intéressante, honnête et sincère pour justifier une vision, en particulier les nostalgiques de l’horreur spaghetti.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010