CIAK MULL, LE BATARD DE DODGE CITY
Titre: Ciakmull - L'uomo della vendetta
Réalisateur: Enzo Barboni
Interprètes: Leonard Mann

 

Woody Strode
Peter Martell
George Eastman
Helmuth Schneider
Ida Galli (as Ewelin Stewart)
Alain Naya
Année: 1970
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Seven7
Critique:

Première réalisation d’Enzo Barboni (alias E.B. Clucher), CIAKMULL est un honnête western, au ton sérieux, pour ne pas dire tragique, très éloigné des futurs « fayoteries » du cinéaste qui lança, deux ans plus tard, la vague du western comique avec le fameux ON M’APPELLE TRINITA.

Ici, un amnésique, Ciakmull, s’évade de sa prison en flamme en compagnie de trois autres prisonniers (ces bonnes vieilles trognes de Woody Strode, Peter Martell et George Eastman). Il retourne dans son village, à la recherche de son existence passée et de ses souvenirs. Sur place, Ciakmull tombe en plein conflit entre éleveurs, une rivalité ayant pris des proportions shakespeariennes : en effet, les deux familles s’entretuent depuis des années et le jeune amnésique débarque, comme un cheveu sur la soupe, entres les opposants.

Une intrigue complexe, solide, riche en rebondissements plus ou moins attendu, parfois quelque peu brouillonne mais plaisante à suivre constitue le premier atout de ce western original qui n’hésite pas à s’éloigner des schémas habituels.

Aux classiques histoires de vengeance, Barboni préfère ainsi une sorte de tragédie antique d’une rare noirceur dont aucun protagoniste ne sortira finalement indemne. L’humour est donc rare, malgré quelques passages amusants dans la première moitié (dont une grosse bagarre burlesque, pas vraiment utile à l’histoire mais sympathique) qui s’estompent progressivement pour laisser place au drame, de plus en plus sombre et d’un pessimisme complet, typique du western à l’italienne.

Difficile d’en dire davantage sans dévoiler le nœud dramatique du long-métrage, un twist d’ailleurs convaincant et bien trouvé qui ancre définitivement ce CIAKMULL dans la pure tragédie digne des grandes fresques antiques.

Pour soutenir cette intrigue forte, Barboni dispose d’une distribution solide, dominée par l’Américain Leonard Mann (AMAZONIA, LA JUNGLE BLANCHE) qui, dans un de ses premiers rôles, se révèle très crédible en héros meurtri. A ses côtés, l’amateur retrouve les visages familiers de Peter Martell (DEUX CROIX POUR UN IMPLACABLE) et du vétéran Woody Strode, vu dans quelques classiques du western américain comme L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE ou LES PROFESSIONNELS.

Enfin, George Eastman (DJANGO LE TACITURE, LE DERNIER TUEUR et, bien sûr, ANTROPOPHAGUS) complète le casting masculin tandis que la belle Ida Galli assure, une fois de plus, le quota de charmes et ne démérite pas dans cet emploi.

La mise en scène, elle, se montre solide et efficace, Barboni disposant d’un budget correct, loin de l’indigence des westerns de fin de cycle. La photographie, elle, se montre plaisante et les belles couleurs, à la fois chaudes et bien tranchées rappellent les grandes heures du fantastique italien et font merveilles lors des scènes nocturnes teintées de bleu.

Avec son titre peu engageant, CIAK MULL LE BATARD DE DODGE CITY ressemblait de prime abord à une de ses innombrables séries Z westerns confectionnées à la chaine par les artisans besogneux de la Péninsule. Heureusement, le produit vaut mieux que ce jugement expéditif et se révèle une sympathique surprise dans le domaine, souvent balisé, du « spaghetti ».

Sans être un chef d’œuvre ou un incontournable du genre, la première réalisation de Barboni mérite donc le coup d’œil (ou la redécouverte) pour les amateurs.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013